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Charles Berling
“Le théâtre est un art de partage”
Berling comédien, Berling metteur en scène : l'actualité du grand Charles est belle. Au théâtre de la Gaîté-Montparnasse dans "Pour ceux qui restent", il met en scène Jean-Claude Dreyfus, Valérie Benguigui et Pascal Elbé lui-même, qui signe le texte de la pièce. Au détour d'une rue de Paris, après une heure de jogging, s'arrêtant un moment, il nous livre son "Point de vue".
Prenez-vous le temps de sortir au théâtre voir ce que font les autres artistes ?
Pas assez, mais j'essaye. Cela m'intéresse beaucoup car je peux leur "voler" plein de choses. Pour moi les moyens de parvenir à un projet sont peu importants, ce qui compte c'est l'essence même des choses. Le rapport entre le théâtre et la vie, c'est ce qui m'intéresse. Je n'en ai rien à foutre du théâtre pour lui-même. Je m'intéresse au rapport qu'il entretient avec la vie, avec ma vie, les autres, ce qui m'entoure, la conscience que l'on en a. Quand je vais voir un spectacle, j'espère d'abord que je vais en sortir transformé, que cela va m'apprendre quelque chose sur ma vie. N'importe qui doit être à même d'apprécier le théâtre. Ce n'est pas un domaine de spécialistes, ni de connaisseurs. Si cela le devient, c'est le début d'une décadence, d'une consanguinité dangereuse, cela provoque des monstres. Des monstres étonnants, mais des monstres quand même.

Le fait d'être de la profession ne vous empêche-t-il pas de vous émerveiller ?
Même lorsqu'un spectacle me déplaît totalement, qu'il est mal joué ou mal écrit, je cherche toujours à savoir pourquoi. Je préfère donner toujours crédit aux gens. J'arrive encore à être émerveillé, sinon j'arrêterais. Je ne suis pas blasé du tout. Pour un critique de spectacle, c'est différent. Arrive un moment où il n'est pas naturel d'aller trop au théâtre. Quand on voit trop de choses, c'est comme l'amour : le faire toute la journée c'est rentrer dans un système fermé. Les critiques sont victimes de cela, malgré eux. Toute l'interrogation sur la
critique consiste à intégrer le spectateur normal aux professionnels. Le critique se pose des questions sur son métier et c'est compréhensible. Moi, je n'ai pas l'occasion d'en voir autant. Dans une salle de spectacle, je suis souvent sur le plateau ! C'est fatigant, stressant, on a le trac. Donc, je suis très heureux d'être de l'autre côté, de me reposer, d'être dans le fauteuil à recevoir et non à donner.

Que pensez-vous du théâtre qui se donne à voir actuellement ?
Je suis à la fois bien et mal placé pour en parler, je n'en vois pas assez. Quand j'assiste à une polémique comme celle d'Avignon cet été, de loin sans avoir rien vu, je ne la comprends pas. Qu'il y ait des styles différents, tant mieux. Mais on veut toujours qu'un style en élimine un autre. C'est très humain, pourtant je trouve cela très con. Les choses peuvent s'additionner. Je suis atterré par la question de savoir si le théâtre c'est du texte ou de l'image. Ce sont les deux ! Il peut y avoir un metteur en scène de la veine de Jan Fabre - je ne suis pas sûr que j'aurais aimé son spectacle -, mais la polémique n'est pas de savoir si c'est ou non du théâtre à texte, du vieux ou du nouveau théâtre. Quand je monte la pièce de Pascal Elbé, je fais un théâtre dans un style proche du théâtre psychologique, qui mêle un côté clown à un sujet qui parle de la mort, des rapports humains, sous une forme propre. C'est un autre théâtre que celui de Jan Fabre, mais je ne me dis pas que l'un est bien, l'autre mal. Il faut arrêter de tout voir de manière aussi manichéenne, c'est cela qui est rétrograde. Ce qui m'intéresse dans la culture, c'est ce qui existe ou ce qui n'existe pas, ce qui résonne ou non. À l'instar de ce qui se passe dans la société, il y a au théâtre des réflexes communautaires de plus en plus forts. On est de la communauté du théâtre d'image, du théâtre contemporain, des vieux ringards du privé, de celle du subventionné. Moi j'ai toujours été un fervent destructeur de tous ces clivages. Je vais là où me portent mes désirs. Je ne me dis pas "ça c'est génial et ça c'est nul".

Parlez-moi de votre travail de mise en scène
Je ne me considère pas comme un metteur en scène, mais j'en ai fait quelques-unes. Il se trouve que cette année j'en ressens la forte nécessité, je me sens mûr pour cela. Je me sers beaucoup de mon expérience d'acteur pour travailler la mise en scène, travailler avec les acteurs et pour concevoir un spectacle. C'est la première année que je mets en scène aussi clairement. La pièce de Pascal Elbé est une comédie qui raconte quelque chose sur la société actuelle. J'adore ce spectacle très drôle et très violent dans lequel les gens ne se parlent pas, se haïssent en disant qu'ils s'aiment, et ces travers nous font rire. J'ai rencontré Pascal Elbé lorsque nous avons tourné ensemble dans le film de Michel Boujenah Père et Fils et j'ai découvert ce garçon extrêmement pétillant, avec une grande force d'invention, d'imagination, un humour très particulier, à froid, il m'a proposé de mettre en scène sa pièce et à partir de là, nous avons commencé à travailler ensemble.

Trouvez-vous frustrant de ne pas y jouer ?
Je n'ai pas lu cette pièce comme un acteur à la recherche d'un rôle. Elle ne me concerne que comme metteur en scène. Pour moi, c'est être chef d'orchestre, tout organiser, créer une règle du jeu qui fasse résonner la pièce, qui va faire jubiler les acteurs. C'est cela le théâtre. C'est un immense plaisir d'être relayé par les acteurs, de voir certaines intentions que s'approprient les acteurs. Mettre en scène ou jouer, c'est comme un dialogue, deux choses complémentaires. On prend plaisir à voir se prolonger et se transformer quelque chose. Au théâtre comme au cinéma, on fait un travail qui est un art de partage. Je suis très directif et, en même temps, j'espère être débordé par les acteurs. C'est ce qui se passe.
Interview par François Varlin
Paru le 14/12/2005

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