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D.R.


Dominique Lurcel
La passion de l’humain
Du 21 septembre au 2 octobre 2005, "Nathan le Sage" fait l'objet d'une reprise exceptionnelle au Silvia-Monfort. À cette occasion, son metteur en scène Dominique Lurcel nous parle de son parcours et de sa vision de la pièce de G.E. Lessing qu'il a traduite.
N'est-ce pas frustrant de jouer cette pièce sur une si courte période ?
Pour nous c'est un cadeau. L'an dernier, nous avons donné trente-six représentations. Malgré le succès, il fut impossible de prolonger, c'est pourquoi Régis Santon m'a proposé, en guise de compensation, ces onze dates.

La demande est aussi venue du public ?
Oui, notamment des enseignants. En effet, Nathan le Sage parle beaucoup aux ados. Certes, quand on leur dit "deux heures trente sans entracte", ils font un peu la tête mais ensuite, ils avouent ne pas avoir vu le temps passer. Cette œuvre profonde qui véhicule des problèmes actuels et brûlants est dans le même temps une folle journée fonctionnant sur des ressorts comiques.
D'où vient votre envie de monter cette pièce ?
Je l'ai découverte dans la magnifique mise en scène de Bernard Sobel en 1987. J'en suis sorti sur un petit nuage et l'envie de la monter un jour. Il s'agit d'une réflexion sur la tolérance, mais aussi sur le rapport à l'autre, ce qui peut unir ou diviser les êtres. Elle est porteuse d'une quête d'humanité très belle. J'ai voulu la rendre lisible, audible et que l'on en ressorte heureux. Vous savez, Nathan - pour reprendre l'expression d'un journaliste - "c'est du théâtre bienfaisant" ! Le spectacle vivant ayant peu de chance de transformer la réalité, il faut qu'il soit un "coin riant".

Pour en venir à votre parcours, il a été assez atypique !
Oui, si vous songez au fait que j'ai été prof de lettres pendant trente ans (j'ai quitté l'enseignement en 1996), mais le théâtre m'a toujours passionné. J'ai eu la chance, très vite, de faire de belles rencontres comme celle d'Armand Gatti en 1968. En 1981, j'ai édité, chez 10-18, des pièces du théâtre de la foire restées dans l'ombre depuis deux cent cinquante ans. Ce livre a fait beaucoup de petits. Des troupes s'en sont emparées. Jean-Louis Barrault, pour sa part, a retenu quatre textes pour en faire le spectacle des 40 ans de sa compagnie, me donnant ainsi l'occasion inespérée de travailler avec lui.

Quelles ont été vos créations les plus marquantes ?
Je citerai le Mystéro Buffo de Dario Fo à La Tempête, deux spectacles de Jean-Pierre Siméon (c'est un ami, un proche), Les Soliloques et Le Stabat Mater Furiosa qui ont tourné pendant quatre ans. Mais également Conversation avec Primo Levi, en 1995.

Vous connaissez bien les ados. Comment les appréhendez-vous ?
Contrairement à ce que l'on croit, ils sont en demande et très soucieux d'échapper à toute opération de formatage. Récemment, dans un lycée, nous avons consacré une semaine à lire de la poésie dans toutes les classes. À une heure précise, on frappait, on entrait et l'on disait un poème. Vous ne pouvez pas savoir les effets sur les adolescents, les remerciements dans les regards ! Après notre action, ils ont demandé que l'action soit poursuivie. Certains se sont mis à écrire des vers. Cette envie est formidable. Elle est déprimante également, parce qu'elle démontre clairement que l'on nivelle les gens par le bas.

"Nathan Le Sage", traduit
par Dominique Lurcel paraîtra
en Folio Théâtre chez
Gallimard en mars 2006.
Interview par Philippe Escalier
Paru le 21/09/2005

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