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D.R.


“Le Malade imaginaire”
Au Théâtre 14, Nicolas Briançon propose une version particulièrement pertinente du "Malade imaginaire" dans le plus grand respect de l'œuvre de Molière...
Marie Vincent
joue Toinette

"Votre fille promet ! Vous devriez l'inscrire au Conservatoire." Ça, c'était il y a longtemps "avant la guerre", plaisante-t-elle. Elle était au lycée et jouait ce jour-là Frozine dans L'Avare, devant un parterre de parents d'élèves. Ses parents, enseignants, la laisse alors suivre le traditionnel parcours : Périmony, rue Blanche, Conservatoire de Paris. "Et même, comme j'avais la trouille avec le vide, j'ai beaucoup travaillé au cirque Fratellini !" Depuis, pas de temps morts, Marie Vincent emploie souvent, au fil de la conversation, l'expression "J'ai eu la chance de...". La chance ? De jouer Casque d'or à La Fenice, "de rencontrer Daniel Gélin à qui je dois beaucoup", de travailler avec une compagnie américaine, de faire de beaux doublages pour Milos Forman, pour Steven Spielberg... La chance encore de doubler Demi Moore et Holly Hunter. "Ce travail est formidable, il vous apprend la concision, la rapidité. Ce qu'une comédienne a mis six mois à travailler, vous devez le reproduire en dix jours. C'est aussi un travail d'humilité qui remet les pendules à l'heure." Un exercice dont elle n'irait cependant pas jusqu'à faire son pain quotidien, car le métier d'actrice - il ne faut pas se voiler la face - est un métier d'image fait du désir d'être reconnue pour soi-même.

"J'ai la chance de faire de beaux doublages, ça apprend la concision et c'est une école d'humilité"

Elle n'emploierait pas le terme de fascination pour parler de ce qui fit naître ce désir de devenir comédienne, mais plutôt celui "d'évidence". Que faire d'autre avec une telle personnalité ? Avec cet immense besoin de contact, de donner, de recevoir... Et de rire ! "Mon plus grand intérêt dans la vie, c'est la rigolade." La rigolade n'exclut en rien la rigueur, pas plus que le travail et la remise en question. Autant d'atouts dont la comédienne fait preuve. Être dirigée la comble de bonheur "mais si c'est dans la souffrance, ce n'est pas moi qu'il faut prendre !". On la revoit recevant son Molière de la meilleure révélation féminine pour son interprétation de Madame Marguerite dans Comme en 14, une pièce dont elle était un peu à l'origine en ayant proposé à Dany Laurent de se mettre à l'écriture puis à la réalisation. "C'était surtout en mémoire de mon grand-père qui avait connu les deux guerres. Je trouvais intéressant de parler de ces femmes et de leur courage, car bien peu de choses ont été dites sur elles..." Tendre idée qui, au final, engrange l'an passé trois Molière. La vie de troupe, de compagnie pouvant permettre de ne pas se prendre au sérieux - si le travail y est fait intelligemment -, voilà tout ce qu'aime Marie, dont la rentrée est plus que jamais placée sous le signe du plaisir. Elle est Toinette au Théâtre 14 (en alternance pour cause d'emploi du temps chargé). Ensuite, elle se glissera dans le rôle magnifique de la nourrice dans Roméo et Juliette, au Théâtre 13. Ensuite... chut !


Yves Pignot
est Argan

Comédie-Française, théâtre privé, mise en scène, cinéma et télévision, il investit avec superbe bien des rôles, excepté celui du people médiatique.

"Je pense pourtant qu'il faut aller au-devant de ça, mais je ne le fais pas, je ne fréquente aucune soirée, je m'y ennuie et je vais jusqu'à devenir désagréable. Je n'aime ni ce qui est factice ni cette forme de représentation hypocrite. Je préfère passer une soirée chez moi entre amis. Et voilà !" La chose étant posée il n'en demeure pas moins que ce nom-là fait tilt à l'oreille de tout amateur de théâtre. Yves Pignot adore parler de son métier. "Mais que diable allait-il faire dans cette galère ?" Jeune élève, la scène de la galère des Fourberies de Scapin le fait beaucoup rire et lui ouvre des perspectives. "Je ne connaissais que le cirque, j'adorais le spectacle, mais j'ignorais le théâtre. Il faut dire qu'à l'époque peu de compagnies se préoccupaient de monter des spectacles pour enfants." Lorsque sa mère lui explique que ce Gavroche qui le fascine dans Les Misérables est un petit comédien à qui l'on donne en même temps des cours pour qu'il suivre le programme scolaire tout en travaillant, c'en est fait de son avenir. "J'enviais ce gamin, je ne voulais plus aller à l'école, mon métier était trouvé !" L'idée ne le quitte plus. Durant l'année, il prend racine dans le poulailler de la Comédie-Française pour trois francs six sous, et dévore les classiques.

"Mon Dieu ! pas de certitudes dans ce métier, le doute est nécessaire à ce travail"

Un métier de crève-la-faim ? Allons donc ! La passion a-t-elle à voir avec les nourritures terrestres ? "J'étais un peu le vilain petit canard, mais je voulais gagner la fierté de mon père en faisant du théâtre." Filière classique et premier prix de conservatoire, il est aujourd'hui un homme "très, très heureux" qui occupe en outre la fonction d'inspecteur pour l'enseignement de l'art dramatique pour la Ville de Paris. Le temps file sans que l'on s'en aperçoive à écouter ce bavard sortir mille anecdotes de ses tiroirs et autant de commentaires sur le théâtre d'hier et d'aujourd'hui. Devant l'humilité des grands avec lesquels il eut le bonheur de jouer dans sa jeunesse, il ne cesse de se répéter : "Mon Dieu ! Pas de certitudes dans ce métier, le doute est nécessaire à ce travail." "Lorsque Myriam de Colombi m'a annoncé que Raymond Jérôme n'osait pas me proposer un rôle dans La Maison du lac avec Edwige Feuillère et Jean Marais, parce qu'il était petit, je n'ai pas réfléchi deux secondes avant de dire oui. Et là je me suis remercié tous les jours d'avoir pris cette décision ! Voilà, si vous faites un portrait, ça c'est moi !" Son seul regret est de n'avoir pu faire partie de l'expérience Jean Vilar. "J'ai cette envie de distraire tout en ayant une implication sociale, démocratique et politique. Ce qui m'intéresse toujours quand je travaille un personnage ou que monte une pièce, qu'il s'agisse d'un Feydeau ou de Comme en 14, ou des auteurs vivants qui me passionnent, c'est ce fond d'humanité."

3 questions à Nicolas Briançon

Ses études terminées il monte à Paris décidé à faire du théâtre. Rapidement engagé dans la troupe de Roger Louret, il y reste trois ans, passe à la Comédie-Française, devient l'assistant de Jean Marais et joue à ses côtés dans Bacchus. Cinéma, télévision, théâtre, entre le jeu et la mise en scène - on lui doit notamment celle de Manège de Florian Zeller, dans laquelle il joue également -, il ne connaît aucun temps mort.

Pour quelle raison avez-vous pris le parti de transposer la pièce à la fin du XIXe siècle ?
Ce qui m'intéresse en montant un classique c'est de me dire : qu'est-ce que ça me raconte aujourd'hui ? Ici l'intrigue repose sur un père qui veut marier sa fille de force au fils d'un médecin, pour avoir un médecin dans sa famille. En 2005, on ne marie plus chez nous ses enfants de force. En gros, les choses ont changé après la guerre de 14 -18. C'est aussi une question d'impératif budgétaire. Faire le choix esthétique du XVIIIe en costumes, nécessite des moyens gigantesques.

Vous avez choisi de conserver les ballets, ce que peu font maintenant pour Le Malade imaginaire...
Si Molière a choisi de faire une comédie ballet c'est qu'il y a une raison. Il ne faut pas oublier qu'il a couru toute sa vie derrière l'idée d'un spectacle total, alors j'ai tourné autour de l'idée du divertissement. Que représente-t-il pour Le Malade ? On s'aperçoit que c'est toujours Béralde, le frère d'Argan qui introduit ces scènes. Il est le porte-parole de Molière qui, lorsqu'il a écrit la pièce, savait qu'il n'avait plus que très peu de temps à vivre. Béralde est contre la médecine, c'est lui le vrai malade, le personnage noir qui va mourir, et non Argan, le malade imaginaire. J'ai pensé alors à Moulin rouge ! et à tous ces types qui crèvent de la syphilis en buvant leur absinthe et en allant au boxon. J'ai l'impression que Molière a poussé là à l'extrême ce goût de la farce qu'on lui a reproché toute sa vie. La farce qui côtoie cette présence étrange et grinçante de la mort.

Vous avez succédé à Jean-Claude Brialy et Francis Perrin à la tête du Festival d'Anjou. Comment envisagez-vous de séduire le public ?
Je voudrais faire en Anjou du bon théâtre populaire. C'est à cette occasion que j'ai choisi de monter Le Malade. J'avais envie de raconter cette histoire-là, et attirer 4 500 personnes en trois représentations, ça veut dire qu'il y a une vraie curiosité. Je vais dire une lapalissade, mais le théâtre ne peut se passer du public, c'est à lui qu'il faut penser...
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 10/10/2005

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