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D.R.


Denise Bonal
Loin des faux-semblants
À l'affiche du théâtre du Rond Point, sa dernière pièce : "Les Pas perdus". Comédienne gâtée, elle n'a joué toute sa vie que des chefs-d'œuvre. Auteur, elle accumule les récompenses.
Quatre-vingt-quatre ans. Elle est si modeste, si émouvante avec cette lumière coquine dans le regard et ce petit brin de tristesse qui rôde, qu'en la quittant on aurait envie de l'embrasser. Lorsqu'à 11 ans elle abandonne avec ses parents son Algérie natale, elle emporte dans ses bagages un rêve, celui de mourir comme la Traviata, les mains tendues vers un feu de théâtre. "J'avais 8 ans lorsque mes parents m'ont emmenée à Alger voir ce spectacle pour ma première communion et je me suis dit : "Voilà ce que je ferai un jour ! Je mourrai comme ça." Chose curieuse, je ne connaissais même pas le mot théâtre. C'est un peu obscur vous savez, le cheminement des raisons et des désirs. C'est un ensemble de faisceaux qui se recoupent un jour et qui finissent par déterminer une ligne directrice..." Pourquoi choisit-elle le théâtre ? "Je ne crois pas que l'on choisisse, explique-t-elle, en réalité on est choisi. Il y a en chacun de nous un terrain dans lequel se plante un jour quelque chose qui doit conduire à l'exploitation de sa vie." Durant plus de vingt ans, Denise Bonal joue Claudel, Brecht, Tchekhov, à travers la grande aventure de la décentralisation, à Rennes, au Théâtre national de Strasbourg... Elle adapte des romans pour France Culture, enseigne au Conservatoire national d'Art dramatique de Paris, au cours Florent, avant "d'oser, quelle prétention !", s'exclame-t-elle, écrire pour le théâtre. Car, merci 68 et le bouleversement, des écritures dans lequel tout le monde se lance sans complexes ! En 1974 elle se lance elle aussi. Elle ose et réussit, arrache de sa plume des pièces belles et graves souvent récompensées. L'an passé, Portrait de famille reçoit le Molière du meilleur auteur francophone vivant. Ce qui l'inspire ? "C'est surtout de travailler sur l'injustice sociale, sur les confrontations familiales... L'envie de dire des choses dont on parle au cinéma, mais qui ne sont que rarement abordées au théâtre." Les Pas perdus semblent pourtant annoncer un tournant dans l'œuvre de l'auteur. Il n'y a là aucune volonté de dénonciation, mais en filigrane des rappels de douleurs individuelles et collectives dans un spectacle plutôt comique et bon enfant, dont une gare serait le personnage principal. Une gare dans laquelle s'entrecroisent, juxtaposée par la magie du théâtre, une multitude de trajectoires individuelles. À la tentation que l'on aurait de sentir à travers ces thèmes graves, un parfum autobiographique, Denise Bonal répond qu'elle ne pense pas qu'il faille y voir quelque chose de cet ordre-là. "On ne choisit pas les thèmes, ce sont eux qui vous choisissent. On est destiné à une certaine écriture, on a une certaine idée du monde et puis un jour naît en vous le sentiment de l'injustice, de l'indifférence qui sont des choses épouvantables... Mais la vie reste quand même une chose magnifique !"
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 19/09/2005

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