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D.R.


Bruno Abraham-kremer
Jouer avec sa vie
Il y a vingt ans, un coup de balai donné sur un plateau de théâtre fait éprouver à Bruno Abraham-Kremer, pour la première fois, la sensation d'être vivant. Il sera comédien. Une main passée dans les cheveux, et il devient un homme libre. Décoiffé. Au Studio des Champs-Élysées il affiche cette liberté en jouant "L'Amérique".
Quel bilan tirez-vous du succès de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran ?
Monsieur Ibrahim, comme L'Amérique, sont pour une bonne part inspirés de ma vie. Le bilan de cette pièce c'est 4 mois à la création au Studio des Champs, 8 mois de reprise au Théâtre Marigny, 150 dates de tournée en France, et 12 pays visités dans le monde dont le Tchad, l'Éthiopie... Je le redonnerai lors d'une dernière tournée l'an prochain. Savoir que les gens réagissent aux mêmes choses à Paris, avenue Montaigne ou au Gabon, est incroyable. Je laissais aux spectateurs mon adresse Internet et j'ai reçu des messages bouleversants. Je me souviens de cet instituteur qui avait l'impression que je lui racontais mon histoire, comme un ami le ferait à son ami, d'une femme venue enceinte pour que son bébé entende ce texte...

Quelle sera cette nouvelle pièce, L'Amérique ?
C'est le même processus de création, j'ai demandé à Serge Kribus d'écrire pour moi mes années de jeunesse à la fin des années 70, comme Éric-Emmanuel Schmitt l'avait fait pour mon enfance. Dans cette période de liberté j'avais rencontré un grand ami qui a beaucoup compté dans ma vie, m'a aidé à lutter contre ma peur et m'a permis d'avoir le courage de faire du théâtre. C'est un road movie théâtral, deux personnages sur scène, l'un un peu voyou, qui bricole dans la vie, à l'aise, libre, et l'autre, paralysé par la peur, plus idéaliste. Cette rencontre improbable sera le point de départ d'un périple un peu fou. On raconte l'histoire à deux, en jouant tous les autres personnages, accompagnés d'une guitariste. C'est en fait construit sur un grand flash-back car, depuis, cet ami s'est donné la mort... Avant de mourir, il revoit cette histoire d'amitié.

Pourquoi faire des spectacles avec votre vie ?
J'ai besoin de mélanger du réel et de la fiction pour essayer de devenir l'acteur de ma vie. Si Boris Cyrulnik était là, il vous dirait que c'est une forme de travail de "résilience" ; je ne le fais pas pour cela, mais c'est souvent dans le particulier que l'on peut atteindre le plus large. J'ai besoin de ce frottement, de partir d'éléments particulièrement intimes qui n'ont d'intérêt que s'ils renvoient à quelque chose de bien plus grand. Ma vie en soi n'a pas plus d'intérêt qu'une autre, mais même si l'on est pas un héros, ce peut être une épopée pour les autres. C'est un luxe énorme que je m'offre, le besoin de me réconcilier avec ma propre vie en en faisant quelque chose. Une manière de rendre à chacun ce qu'il m'a donné.
Interview par François Varlin
Paru le 24/10/2005

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