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© Laura Bousquet
Zoom par Philippe Escalier
Viva Verdi
Au Théâtre Hébertot

Raymond Acquaviva fait revivre Giuseppe Verdi dans une fresque signée Pierre-Olivier Scotto, où les passions du compositeur rencontrent les grands airs de ses opéras.
Dès les premières minutes de Viva Verdi, le Théâtre Hébertot dévoile son immense plateau jusqu'au mur du fond, et la représentation prend aussitôt toute son ampleur. De cette profondeur surgit Raymond Acquaviva en Giuseppe Verdi, avec une ressemblance si troublante que le siècle du Risorgimento semble entrer avec lui sur scène. Le personnage expose d'emblée sa conception de l'opéra, comme on scelle un pacte avec le public, puis l'histoire s'élance. La pièce, très belle réussite, fait dialoguer le récit d'une existence avec les émotions de la musique. Une soirée ardente et généreuse, où les pages chantées donnent au drame une résonance intime.


Viva Verdi, la vie et l'œuvre d'un même pas

Pierre-Olivier Scotto nourrit une belle ambition, éclairer une personnalité sous un angle un peu différent, en faisant œuvre de pédagogie. Les tableaux rapprochent les épisodes de la vie du compositeur et ses grandes partitions, nouant entre eux des correspondances sensibles. Les dates, les lieux, les rencontres dessinent un parcours aisément lisible, tandis que la musique en fait vibrer les tourments et les passions.

Pour peindre l'homme derrière l'impressionnante statue, l'auteur s'appuie par moments sur Verdi amoureux, que Roselyne Bachelot publia en 2013, année du bicentenaire de la naissance du musicien. La mélomane y cherchait, sous le héros national, un être ombrageux, sensuel, soucieux de ses intérêts. Elle assumait la part subjective d'une vision très personnelle. La pièce emprunte ce regard pour donner au génie une humanité plus rugueuse, quitte à s'aventurer sur le terrain de la conjecture.

Parmi les épisodes savoureux, une scène montre Giuseppe Verdi décidé à séquestrer Francesco Maria Piave, le librettiste de Rigoletto et de La Traviata, pour qu'il se consacre tout entier à l'écriture de son livret. Le trait fait sourire et nourrit le portrait théâtral d'un créateur impérieux, peu disposé à laisser ses collaborateurs lui échapper.


Une voix pour les passions

La présence d'Emmanuelle Jakubek donne au spectacle sa respiration lyrique. Accompagnée au piano par Quentin Morant, la cantatrice prend le relais des comédiens dans des pages de La Traviata ou de Don Carlo. Ces interventions prolongent les scènes parlées et font entendre, dans la musique, les passions que le récit vient d'évoquer. Le passage du dialogue au chant offre à la soirée ses plus beaux élans.

Au détour d'une scène, le personnage du compositeur formule une consigne, « Il faut laisser chanter les silences ». Cette réplique pourrait servir de fil conducteur au spectacle, tant la parole et la musique y cherchent leur juste équilibre.


Raymond Acquaviva, metteur en scène et interprète

Il signe une mise en scène d'une belle sobriété. Quelques valises suffisent au décor, et les comédiens en font leurs sièges au gré des scènes. Un grand rideau de fines lamelles reçoit des projections, comme l'intérieur de la Scala de Milan ou, au dernier tableau, le portrait du compositeur, et ces images donnent au récit ses lieux et son relief.

Sur le plateau, il livre une composition magnifique. Au-delà de la ressemblance, son naturel donne au personnage une présence immédiate. Il joue juste, d'une aisance peu commune qui soutient le récit de bout en bout.

Face à lui, Noémie Bianco impose une Giuseppina Strepponi d'une autorité pleine et entière. Elle trouve l'aplomb d'une maîtresse femme, capable d'occuper sa place auprès d'un homme aussi exigeant. Giuseppina Strepponi, qui créa Abigaille dans Nabucco à la Scala en 1842, devint la compagne du compositeur, puis son épouse en 1859.

Guillaume Petit donne, lui, une intensité passionnée à Emanuele Muzio, l'élève, l'assistant et le confident du maître. Son engagement fait sentir la puissance de cet attachement. Dans le sillage de Roselyne Bachelot, Pierre-Olivier Scotto suggère entre les deux hommes une intimité physique. Cette lecture relève des libertés de la fiction ; la plupart des spécialistes de Giuseppe Verdi tiennent cette relation pour une hypothèse.

L'auteur, qui a cosigné avec Xavier Lemaire Rentrée 42, présenté à la Comédie Bastille en 2024, et dont Madeleine Béjart, une femme libre était à l'affiche cet été à Avignon, se démultiplie lui-même en une galerie de figures. Il incarne notamment Francesco Maria Piave, un prêtre, le père du compositeur, un cafetier, et jusqu'à la Malédiction, ombre du malheur qui traverse le récit ; La maledizione fut un titre envisagé pour Rigoletto. Quentin Morant, également comédien, quitte par instants le clavier pour camper notamment Arrigo Boito, le librettiste d'Otello et de Falstaff, compagnon des derniers chefs-d'œuvre.

Giuseppe Verdi repose à Milan, auprès de Giuseppina Strepponi, dans la Casa di Riposo per Musicisti, la maison qu'il fit bâtir pour accueillir les musiciens âgés et démunis. Il lui légua des capitaux et les droits d'auteur de ses opéras, assurant à cette fondation les moyens de lui survivre. Il la tenait pour la plus belle de ses œuvres. En rapprochant les ombres de l'homme et la grandeur de tels gestes, la soirée d'Hébertot rend au compositeur toute son épaisseur humaine.
Paru le 06/11/2026

(16 notes)
VIVA VERDI
THÉÂTRE HÉBERTOT
Jusqu'au dimanche 3 janvier 2027

THÉÂTRE MUSICAL à partir de 12 ans. Une fiction théâtrale et musicale consacrée à Giuseppe Verdi, à travers la création de ses chefs-d’œuvre mythiques. La pièce nous dévoile le compositeur passionné, l’amoureux tourmenté et l’artiste visionnaire devenu symbole de toute une nation. Portée par la puissance de sa musique, cette créatio...

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