Zoom par Patrick Adler
Il fait toujours beau à Hollywood
Apollo Théâtre
Avis de coup de vent, voire de tempête à Hollywood où le code Hays a longtemps sévi (de 1930 à1968, pour être précis). À la pudibonderie des tartuffes, des femmes bientôt "libérées" décident de répondre. Il aura suffi d'un scénario oublié pour que les vieux principes protestants éclatent en morceaux, pour que le corps parle, pour que la parole, même la plus osée, se libère. On en rit comme on en jouit dans cette comédie légère - chantée - qui pointe sur un air badin la censure, les discriminations, le sexisme, le racisme de ces années marquées par la prohibition. C'est drôle, enlevé, merveilleusement interprété par un quatuor complice et malicieux. C'est donc... à voir !
On avait connu "La guerre des Rose" et ce titre - ironique - de Jean Marboeuf semble aller dans le même sens.
"Méfiez-vous des femmes", disait Guitry, leur vengeance est parfois terrible. Et Jessie Hays, la femme du célèbre sénateur puritain, dont le profil hiératique et la plastique avantageuse attirent d'emblée le regard, est de ces femmes qui entendent bien se venger en se libérant enfin de ce carcan "patrimonial".
Le "look nice and please your man", cher à l'Amérique des années 30 n'est plus de mise, il faut - comme dirait Brel - que le "corps exulte" et c'est le tapuscrit d'un scénariste aux fantasmes inassouvis qui va déclencher cette révolution chez elle. Certes, lui n'est en rien à l'image de ses personnages. Timide à l'extrême, encore sous le joug de sa mère - une vraie mère juive -, malgré son âge avancé, il ne saurait répondre favorablement aux assauts de l'amazone, ni à ceux de la soubrette noire, coquine à souhait et autrement plus "libérée".
Ces deux femmes-là, complices à souhait, entendent bien confondre le pleutre sénateur qui passe ses journées à découvrir des "projections privées" osées qui le révulsent, qu'il met aussitôt au panier. Le scénario, par décision de Jessie, va devenir film et achever ce pauvre Heys qui frôle la crise d'apoplexie.
Présentée par séquences (ou saynètes) via un écriteau sur l'écran qui rappelle les films muets d'avant-guerre, la pièce qui voit alterner jeu et chants se déguste avec gourmandise. Si tous les noirs et les annonces peuvent ralentir le rythme, pourtant très soutenu, de la pièce (seul bémol à l'ensemble), la distribution, elle, est étincelante. On ne peut que louer la connivence d'un quatuor très aguerri, qui excelle dans le burlesque.
C'est le grand retour de Claire Nebout. Revue cet été en Avignon dans le brillant "À la folie" de Caroline Loeb, son arrivée - tant attendue - à l'Apollo Théâtre est un événement. Elle est, comme toujours, impériale, juste et variée dans son jeu, sachant se montrer autoritaire et sensuelle vis-à-vis de Hays et du scénariste mais aussi tendre et bienveillante avec son employée de maison (formidable Mata Gabin, dont l'énergie folle subjugue le public). Les répliques fusent comme autant de gifles - méritées - que reçoit le sénateur, toujours dépassé par les événements (épatant Geoffroy Thiebaut). Thomas Chabrol, qui incarne le scénariste émigré juif allemand est croquignolet à souhait dans son accent (qu'il perd parfois lol), ses mimiques de peur et sa posture à chaque coup de fil de sa mère, une réplique à la Marthe Villalonga de la "Génitrix" de François Mauriac.
Cette pièce est une farce joyeuse signée Jean Marboeuf qui, dans son expression - souvent crue, voire gauloise - se déguste sans modération. Alors, ne soyons pas pudibonds, jouissons ensemble de ce joli moment de théâtre !
"Méfiez-vous des femmes", disait Guitry, leur vengeance est parfois terrible. Et Jessie Hays, la femme du célèbre sénateur puritain, dont le profil hiératique et la plastique avantageuse attirent d'emblée le regard, est de ces femmes qui entendent bien se venger en se libérant enfin de ce carcan "patrimonial".
Le "look nice and please your man", cher à l'Amérique des années 30 n'est plus de mise, il faut - comme dirait Brel - que le "corps exulte" et c'est le tapuscrit d'un scénariste aux fantasmes inassouvis qui va déclencher cette révolution chez elle. Certes, lui n'est en rien à l'image de ses personnages. Timide à l'extrême, encore sous le joug de sa mère - une vraie mère juive -, malgré son âge avancé, il ne saurait répondre favorablement aux assauts de l'amazone, ni à ceux de la soubrette noire, coquine à souhait et autrement plus "libérée".
Ces deux femmes-là, complices à souhait, entendent bien confondre le pleutre sénateur qui passe ses journées à découvrir des "projections privées" osées qui le révulsent, qu'il met aussitôt au panier. Le scénario, par décision de Jessie, va devenir film et achever ce pauvre Heys qui frôle la crise d'apoplexie.
Présentée par séquences (ou saynètes) via un écriteau sur l'écran qui rappelle les films muets d'avant-guerre, la pièce qui voit alterner jeu et chants se déguste avec gourmandise. Si tous les noirs et les annonces peuvent ralentir le rythme, pourtant très soutenu, de la pièce (seul bémol à l'ensemble), la distribution, elle, est étincelante. On ne peut que louer la connivence d'un quatuor très aguerri, qui excelle dans le burlesque.
C'est le grand retour de Claire Nebout. Revue cet été en Avignon dans le brillant "À la folie" de Caroline Loeb, son arrivée - tant attendue - à l'Apollo Théâtre est un événement. Elle est, comme toujours, impériale, juste et variée dans son jeu, sachant se montrer autoritaire et sensuelle vis-à-vis de Hays et du scénariste mais aussi tendre et bienveillante avec son employée de maison (formidable Mata Gabin, dont l'énergie folle subjugue le public). Les répliques fusent comme autant de gifles - méritées - que reçoit le sénateur, toujours dépassé par les événements (épatant Geoffroy Thiebaut). Thomas Chabrol, qui incarne le scénariste émigré juif allemand est croquignolet à souhait dans son accent (qu'il perd parfois lol), ses mimiques de peur et sa posture à chaque coup de fil de sa mère, une réplique à la Marthe Villalonga de la "Génitrix" de François Mauriac.
Cette pièce est une farce joyeuse signée Jean Marboeuf qui, dans son expression - souvent crue, voire gauloise - se déguste sans modération. Alors, ne soyons pas pudibonds, jouissons ensemble de ce joli moment de théâtre !
Paru le 03/11/2026
(1 notes) APOLLO THÉÂTRE Jusqu'au lundi 28 décembre
COMÉDIE. A travers quatre personnages, "Il fait toujours beau a Hollywood" dépeint avec humour et irrévérence, la censure, la religion, la liberté artistique, la condition féminine et les discriminations de tous ordres.
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