Zoom par Patrick Adler
Tout le bleu du ciel
Pépinière Théâtre
Il fallait sans doute le talent inouï de Mikaël Chirinian - moult fois encensé dans nos colonnes avec, notamment, son "Josef Mengele" - pour retranscrire l'émotion du road-movie de Mélissa da Costa. Best-seller aux dix millions de lecteurs, son adaptation théâtrale, parfaitement réussie, connait sur scène le même succès depuis Avignon. À la fluidité du récit - 800 pages regroupées pour l'essentiel dans 80 minutes -, il y a la scénographie inspirée (un théâtre d'objets comme ce combi VW et cette maison en miniature, des rochers en carton-pâte, un fond d'écran qui voit projetés des paysages et des ciels changeants) et surtout un duo exceptionnel : Audran Cattin et Blanche Sottou, accompagnés par Laëtitia Franchetti. C'est feel-good et intense, c'est une ode à la vie, au dépassement, à la bienveillance, à l'amour. Coup de coeur !
Émile est solaire. Et pourtant il se sait condamné. Atteint d'un Alzheimer précoce rarissime, il veut désormais manger à pleines dents ce qui lui reste à vivre. Faisant fi de tout apitoiement, de toute sensiblerie, il choisit de quitter sa famille sans même la prévenir et de partir pour un avant-dernier voyage en manière de road-trip à deux.
Une petite annonce aura suffi pour que Joanne, une grande bringue lunaire et perchée le rejoigne dans l'aventure. Ils ne se ressemblent en rien, lui dit "action", elle dit "méditation". Et pourtant ce voyage initiatique va les rapprocher et gagner même en intensité dans le partage. Il a été cash, elle sait que son état va se dégrader, que sa mémoire va défaillir, qu'il ne veut pas finir en assisté de la médecine, en légume. Alors, par un pacte inattendu et magnifique, elle promet au cours du périple de l'accompagner jusqu'au bout.
Ce pourrait être un conte de fées macabre, c'est en réalité l'histoire d'une rencontre inattendue qui prend une folle intensité où chacun se dévoile. Émile l'a fait d'emblée. Johanne le fera par paliers. En le rejoignant, elle a quitté Léon, son compagnon.
On va peu à peu comprendre pourquoi son portable sonne souvent et pourquoi elle refuse de répondre autrement que par l'injonction pour lui de ne pas rappeler. Elle aussi a sa zone d'ombre, une vérité douloureuse. Quand celle-ci éclate, c'est une véritable déflagration émotionnelle pour Émile et... le public.
Cette bouteille à la mer qu'il a lancée et que Johanne a récupérée, sous l'œil imaginaire de Marjorie (la sœur d'Emile) - elle se sert du carnet de bord de son frère où il a tout consigné - elle devient salutaire pour tout un chacun.
Le voyage s'avère être un voyage intérieur, un arrêt sur images bénéfique, magnifié par un Audran Cattin sublime de sincérité, plus attachant que jamais. Repéré dans "Le Cercle des Poètes disparus", nommé aux Molières, il confirme une fois encore sa puissance de jeu dans ce jeune homme condamné, rationnel, pragmatique, volontaire qui va progressivement lâcher prise, écouter, s'émouvoir, pleurer, vibrer de reconnaissance et revivre, même dans l'incompréhension, même dans la douleur.
Blanche Sottou, qui joue une Johanne gauche et "bizarre" (sic), surtout dans ses silences et sa diction saccadée, qui traduit une émotivité folle, est bouleversante dans l'empathie, dans le courage qu'elle déploie pour Émile. Tous deux ont rassemblé les pièces du puzzle de leur vie, aidés par Marjorie (délicieuse Laëtitia Franchetti) qui, en endossant le rôle de fil rouge, de récitante, aide à donner forme à l'histoire de ces deux cabossés unis dans et pour le meilleur.
Après "Oublie-moi", adaptée par Thierry Lopez et Marie-Julie Baup, ce thème de l'Alzheimer revient en force avec la délicatesse et la géniale inventivité de Mikael Chiranian et la leçon de théâtre offerte par ce trio de comédiens étincelants. Courez voir cette merveille !
Une petite annonce aura suffi pour que Joanne, une grande bringue lunaire et perchée le rejoigne dans l'aventure. Ils ne se ressemblent en rien, lui dit "action", elle dit "méditation". Et pourtant ce voyage initiatique va les rapprocher et gagner même en intensité dans le partage. Il a été cash, elle sait que son état va se dégrader, que sa mémoire va défaillir, qu'il ne veut pas finir en assisté de la médecine, en légume. Alors, par un pacte inattendu et magnifique, elle promet au cours du périple de l'accompagner jusqu'au bout.
Ce pourrait être un conte de fées macabre, c'est en réalité l'histoire d'une rencontre inattendue qui prend une folle intensité où chacun se dévoile. Émile l'a fait d'emblée. Johanne le fera par paliers. En le rejoignant, elle a quitté Léon, son compagnon.
On va peu à peu comprendre pourquoi son portable sonne souvent et pourquoi elle refuse de répondre autrement que par l'injonction pour lui de ne pas rappeler. Elle aussi a sa zone d'ombre, une vérité douloureuse. Quand celle-ci éclate, c'est une véritable déflagration émotionnelle pour Émile et... le public.
Cette bouteille à la mer qu'il a lancée et que Johanne a récupérée, sous l'œil imaginaire de Marjorie (la sœur d'Emile) - elle se sert du carnet de bord de son frère où il a tout consigné - elle devient salutaire pour tout un chacun.
Le voyage s'avère être un voyage intérieur, un arrêt sur images bénéfique, magnifié par un Audran Cattin sublime de sincérité, plus attachant que jamais. Repéré dans "Le Cercle des Poètes disparus", nommé aux Molières, il confirme une fois encore sa puissance de jeu dans ce jeune homme condamné, rationnel, pragmatique, volontaire qui va progressivement lâcher prise, écouter, s'émouvoir, pleurer, vibrer de reconnaissance et revivre, même dans l'incompréhension, même dans la douleur.
Blanche Sottou, qui joue une Johanne gauche et "bizarre" (sic), surtout dans ses silences et sa diction saccadée, qui traduit une émotivité folle, est bouleversante dans l'empathie, dans le courage qu'elle déploie pour Émile. Tous deux ont rassemblé les pièces du puzzle de leur vie, aidés par Marjorie (délicieuse Laëtitia Franchetti) qui, en endossant le rôle de fil rouge, de récitante, aide à donner forme à l'histoire de ces deux cabossés unis dans et pour le meilleur.
Après "Oublie-moi", adaptée par Thierry Lopez et Marie-Julie Baup, ce thème de l'Alzheimer revient en force avec la délicatesse et la géniale inventivité de Mikael Chiranian et la leçon de théâtre offerte par ce trio de comédiens étincelants. Courez voir cette merveille !
Paru le 02/11/2026
(35 notes) PÉPINIÈRE THÉÂTRE (LA) Jusqu'au samedi 5 décembre
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Une histoire d'amour inoubliable.
Émile a vingt-six ans, et bientôt il n'en gardera aucun souvenir. Avant que sa mémoire ne l'abandonne, il choisit de partir pour vivre. Vivre vraiment. Avec Joanne, une inconnue énigmatique, ces deux êtres blessés commencent alors une échappée à la fois solaire e...
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