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D.R.
Zoom par Antoine Fernandez
Roberto Zucco
Au théâtre des Mathurins

Étrange et sombre pièce que ce Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès. Écrite alors qu'il se savait mourir du sida, inspirée par l'avis de recherche d'un dénommé Roberto Succo (Koltès préfèrera un Z), c'est l'agitation effrénée d'un homme qu'on dirait fou, pour qui l'air de ce sale monde est irrespirable et qui n'y voit une échappatoire que dans la destruction et la mort. Le Collectif13 investie avec habileté cette oeuvre monstre.
« On dirait que tu veux mourir, lui lance-t-on.
Je ne veux pas mourir. Je vais mourir. »
Roberto Zucco a tué son père et ce n'est que le premier d'une série de meurtres qu'il va commettre. Rien de prémédité, « moi je suis doux et pacifique » clame-t-il et il y croit. Tout n'est que pulsions, réactions désespérées d'un animal piégé. Mais quelle est cette prison dont s'évade Roberto au début de la pièce ? Et quelle est vraiment la nature de sa folie ?
À cette cavale dévastatrice se mêle l'histoire d'une « gamine », qu'il aime et qu'elle aime, semble-t-il, mais qu'il ne peut pas s'empêcher de violenter. Elle est une femme dans un monde d'hommes bêtes, violents, méchants et sales, et, avec elle, Koltès dresse un portrait cru mais sans compromis du regard dur qu'il porte sur les « mâles » et ce qu'ils font subir aux femmes et au monde.

Axel Granberger endosse le rôle de Roberto ; voix cassée, corps agile qui saute dans tous les sens, tel un fauve en cage (la salle semble trop petite pour lui), il est un Zucco exalté. L'ensemble des comédiens et comédiennes donne tout pour matérialiser la noirceur, la désespérance qu'a mis Koltès dans sa pièce, ce cri d'un humain enragé de ne pouvoir vivre au sens le plus intense, et paradoxalement le plus pur, du mot.

La mise en scène de Rose Noël est pour beaucoup à la réussite de cette pièce. La scène est sobre mais traversée d'images marquantes : des vêtements qui pendent comme autant de morts, deux musiciens au plateau comme des êtres surnaturels et éthérés, des lumières précises, au scalpel, qui entourent les comédiens d'une ombre permanente et menaçante, étouffante. Et la musique de biVio, alias Natalia Bacalov et Martin Sevrin, envoûtante, enivrante, ces voix qui s'élèvent comme des spectres, accompagne magnifiquement toute cette descente vers la mort.

« Je ne veux pas voir le ciel à travers les barreaux d'une cage » crie Roberto Zucco, et c'est peut-être là que réside le coeur de la pièce de Koltès, et de Koltès lui-même.
La Collectif 13 a bien fait, et le fait bien, d'invoquer ce texte intemporel. Ce monde est dur, ce monde est violent, ce monde est fou. Comment faire pour s'en échapper, pour y respirer, pour y vivre un temps soit peu ? Et peut-on vraiment vivre dans ce monde ?

Avant la violence et la désespérance, dès les premières minutes, Koltès donne déjà une piste pour y remédier, au détour d'une conversation anodine entre deux surveillants de prison : « Je trouve inutile d'avoir les yeux ouverts à ne fixer rien, et les oreilles tendues à ne guetter rien, alors qu'à cette heure nos oreilles devraient écouter le bruit de notre univers intérieur et nos yeux contempler nos paysages intérieurs. Est-ce que tu crois à l'univers intérieur ? »
Paru le 28/10/2026

(31 notes)
ROBERTO ZUCCO
THÉÂTRE DES MATHURINS
Jusqu'au lundi 28 décembre

THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Une nuit, Roberto Zucco s’évade de la prison dans laquelle il a été incarcéré pour le meurtre de son père. Commence alors une cavale vertigineuse, jalonnée de rencontres, illustratrices d’une quête d’identité. Alors qu’il est sans cesse traqué par les inspecteurs, son visage d’ange ne fera qu’intr...

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