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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Côte à côte
Au Théâtre Montparnasse

Rencontre de deux monstres sacrés du théâtre, Daniel Russo et Laurent Gamelon, dans un "Côte à côte" signé Fred Proust. Vraiment réjouissant !
Dans sa chambre d'hôpital à deux lits, Jacques Boyer (Daniel Russo), critique de cinéma atrabilaire et taiseux, avait prévenu qu'ayant besoin de calme pour travailler, il entendait rester seul. Las ! L'infirmière (Fanny Outeiro est délicieuse de naturel) lui annonce que, faute de place, il devra partager sa chambre avec Luigi (Laurent Gamelon) qui, d'ailleurs, déboule aussitôt en trombe et emplit l'espace d'une logorrhée verbale assez triviale. Choc des cultures : Luigi est chauffeur-livreur, brut de décoffrage. Il a le verbe haut, la blague facile, se livre (trop) vite.

La prise de contact est ardue. S'il déballe d'emblée tout son pédigrée dans un langage très "fleuri", le taciturne Jacques n'entend pas se laisser submerger et lui oppose alors des injonctions verbales violentes, voire un silence méprisant. En affirmant, excédé : « Je ne tiendrai pas une semaine ! », la pièce connait une première bascule. Le brave Luigi n'entend pas l'exaspération chez Jacques mais l'affirmation d'une fin de vie proche et il va alors déployer une empathie folle, suivant sa nature débonnaire, allant jusqu'à convoquer des souvenirs familiaux face à Jacques, vieil ours célibataire mal léché.

Entre la gouaille, l'énergie débordante d'un Luigi souriant et le phrasé sentencieux, l'attitude quasi janséniste de l'intellectuel suffisant, féru de musique classique, le fossé se creuse. D'autant que, pour jouir d'une paix durable, Jacques annonce être atteint de la maladie de Crown. Perplexe face à ce mal inconnu, Luigi choisit de s'effacer. Il faudra l'intervention de la délicate infirmière pour pacifier le conflit. Elle va dévoiler à Jacques la maladie - grave - de Luigi et lui demander un peu de clémence. On voit alors apparaître les premiers remords chez Jacques qui reconsidère sa posture de misanthrope et son rapport à l'autre.

L'amitié prend peu à peu corps, chacun se livrant à l'autre, chacun découvrant les joies de l'altérité et du partage. S'il se moquait jadis de la « musique d'église » chère à Jacques, Luigi découvre aujourd'hui le plaisir que le classique procure. Idem pour le cinéma qu'il découvre et qui va le passionner, lui qui n'a jamais vu que trois films dans sa vie. Jacques n'est pas en reste qui entend les leçons de vie distillées par Luigi, sait les écouter, les ingérer, les apprécier.

Ce « Côte à côte » est une ode à l'empathie, une leçon d'humanité qui fait un bien fou, d'autant qu'elle est servie par deux merveilleux comédiens au diapason l'un de l'autre. Fanny Outeiro, qui campe avec bonheur l'infirmière, ponctue la pièce de ses interventions qui sont autant de respirations salutaires. C'est drôle et sensible, c'est beau aussi, comme ce décor minimaliste de Casilda Desazars. On serait presque tenté d'imaginer une suite du genre... "Chacun repart, galvanisé. Jacques s'est trouvé une famille d'adoption via « la tribu » de Luigi : Minouche, l'épouse, ses trois enfants, sa sœur. Luigi s'est remis de sa chimio, un peu grâce aux visites régulières de Jacques qui lui apporte toujours moult vidéos de films".

Alors, Fred Proust ? Prêt pour la suite ?
L'opus actuel est en tout cas convaincant, brillamment écrit, finement mis en scène par le talentueux Philippe Lelièvre et régulièrement salué par une standing-ovation.
C'est du théâtre « feel-good », comme on aime et qu'on vous recommande chaudement !
Paru le 27/10/2026

(87 notes)
CÔTE À CÔTE
THÉÂTRE MONTPARNASSE
Jusqu'au lundi 22 mars 2027

THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Une cohabitation hautement improbable pour une comédie tendre et explosive. Jacques, critique de cinéma, est un homme cultivé, solitaire, tendance légèrement misanthrope. Il passe quelques jours à l'hôpital. Son séjour va se compliquer lorsqu'il va devoir partager sa chambre avec Luidgi, un chauff...

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