Zoom par Philippe Escalier
Elles disent… l’Odyssée
Funambule Montmartre
Écrite à vingt et un ans, la première pièce personnelle de Jean-Luc Lagarce offre une Odyssée renversée, et cinq comédiens lui donnent sa vibration exacte.
Il y a dans Elles disent... l'Odyssée, que donne le Funambule Montmartre, l'émotion d'une naissance, celle d'un auteur qui, en 1978, prend Homère à rebours. Le héros s'efface, et ce sont les voix de Pénélope, de Calypso, de Circé et de Nausicaa qui portent la mémoire du périple, chacune avec sa fièvre propre. Cinq interprètes servent cette partition avec une justesse de chaque instant. Une heure dix d'enchantement, que le public salue chaleureusement.
Elles disent... l'Odyssée, aux sources de Jean-Luc Lagarce
La pièce, créée en janvier 1979 à l'Atelier du Marché de Besançon par le Théâtre de la Roulotte, la troupe amateur que Jean-Luc Lagarce venait de fonder avec ses camarades du conservatoire, a attendu 2019 pour être publiée. Lorsqu'il l'écrivit, son auteur sortait d'une adaptation consacrée à Clytemnestre et vivait dans la fréquentation assidue des Grecs. Il y resserre les vingt-quatre chants d'Homère en dix-huit scènes, dans une langue qui porte déjà sa signature, phrases reprises, corrigées, suspendues, chaque mot pesé avant d'être offert. La beauté du texte tient à cette parole qui retient toute réplique au bord de l'aveu et place le spectateur sur le même qui-vive que ses héroïnes. On y entend en germe J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne, où cinq femmes guettent le retour du fils. Juste la fin du monde, entré au répertoire de la Comédie-Française en 2008, y affleure aussi, avec ce voyageur qui revient annoncer sa mort et repart en la gardant pour lui. Le jeune auteur possède déjà l'art de faire tenir un monde dans une hésitation.
Une troupe fidèle au diapason du texte
Vincent Marbeau, que l'on applaudissait en juillet dans Le Petit Poney de Paco Bezerra au Cadencia, à Avignon, signe la mise en scène et joue sur le plateau. Il dirige ses comédiens avec une maîtrise limpide, ses lumières isolent ou rassemblent les figures, et le jeu, intense et habité, donne à chaque tableau sa pleine mesure. Il réunit autour de lui une compagnie qui se connaît de longue date. Axelle Delisle (merveilleuse Pénélope) et Thomas Bernier avaient joué dans Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard, qu'il montait au Théâtre Libre en 2024. La première forme, avec Vanessa Missé et Lorraine Résillot, le chœur des attendantes, trois timbres qui se répondent et s'entrelacent, tandis que le second prête à Télémaque, le fils sur le départ, une présence qui donne au manque son contrepoint. Tous savent faire respirer la phrase de Jean-Luc Lagarce, et chacun y met son accent.
Pénélope défaisait la nuit l'ouvrage du jour pour retarder l'heure du choix. Dans ces pages de jeunesse, Jean-Luc Lagarce procède de même, ressaisissant ses mots pour différer l'instant où tout sera dit. Près d'un demi-siècle après leur création, ces femmes qui attendent ont trouvé, rue des Saules, le retour qu'elles espéraient.
Elles disent... l'Odyssée, aux sources de Jean-Luc Lagarce
La pièce, créée en janvier 1979 à l'Atelier du Marché de Besançon par le Théâtre de la Roulotte, la troupe amateur que Jean-Luc Lagarce venait de fonder avec ses camarades du conservatoire, a attendu 2019 pour être publiée. Lorsqu'il l'écrivit, son auteur sortait d'une adaptation consacrée à Clytemnestre et vivait dans la fréquentation assidue des Grecs. Il y resserre les vingt-quatre chants d'Homère en dix-huit scènes, dans une langue qui porte déjà sa signature, phrases reprises, corrigées, suspendues, chaque mot pesé avant d'être offert. La beauté du texte tient à cette parole qui retient toute réplique au bord de l'aveu et place le spectateur sur le même qui-vive que ses héroïnes. On y entend en germe J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne, où cinq femmes guettent le retour du fils. Juste la fin du monde, entré au répertoire de la Comédie-Française en 2008, y affleure aussi, avec ce voyageur qui revient annoncer sa mort et repart en la gardant pour lui. Le jeune auteur possède déjà l'art de faire tenir un monde dans une hésitation.
Une troupe fidèle au diapason du texte
Vincent Marbeau, que l'on applaudissait en juillet dans Le Petit Poney de Paco Bezerra au Cadencia, à Avignon, signe la mise en scène et joue sur le plateau. Il dirige ses comédiens avec une maîtrise limpide, ses lumières isolent ou rassemblent les figures, et le jeu, intense et habité, donne à chaque tableau sa pleine mesure. Il réunit autour de lui une compagnie qui se connaît de longue date. Axelle Delisle (merveilleuse Pénélope) et Thomas Bernier avaient joué dans Tom à la ferme de Michel Marc Bouchard, qu'il montait au Théâtre Libre en 2024. La première forme, avec Vanessa Missé et Lorraine Résillot, le chœur des attendantes, trois timbres qui se répondent et s'entrelacent, tandis que le second prête à Télémaque, le fils sur le départ, une présence qui donne au manque son contrepoint. Tous savent faire respirer la phrase de Jean-Luc Lagarce, et chacun y met son accent.
Pénélope défaisait la nuit l'ouvrage du jour pour retarder l'heure du choix. Dans ces pages de jeunesse, Jean-Luc Lagarce procède de même, ressaisissant ses mots pour différer l'instant où tout sera dit. Près d'un demi-siècle après leur création, ces femmes qui attendent ont trouvé, rue des Saules, le retour qu'elles espéraient.
Paru le 19/10/2026
(1 notes) THÉÂTRE FUNAMBULE MONTMARTRE Jusqu'au dimanche 8 novembre
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Déjà vingt années que Pénélope attend chaque jour le retour d’Ulysse. Attendre, c’est ce que Calypso s’apprête à vivre, en le laissant repartir rejoindre sa bien-aimée. Quant à Circé la magicienne elle s’y refuse, sous peine d’en mourir. A travers son périple, c’est un chœur de femmes, à la fois m...
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