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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Mes adorées
Apollo Théâtre

Edouard Colin joue, chante, danse. Rompu depuis vingt ans aux pièces de boulevard et autres comédies musicales, il s'est toujours astreint à une discipline de fer. Sportif aguerri, ce presque quadra affiche aujourd'hui une forme insolente. Souriant, décontracté, le grand gamin revient pourtant de loin. Dans ce seul-en-scène sincère, drôle et émouvant à la fois, il met des mots sur les maux de son enfance qui, malgré les turpitudes, n'ont jamais altéré son amour pour ses grands-mères, ses "adorées", à qui il rend hommage.
C'est un homme debout qui se présente à nous. Un homme solide qui est tout sauf "lisse", comme d'aucuns le prétendent. Derrière son sourire, il y a un vécu tourmenté, un manège de la vie qui a souvent tourné à toute vitesse et a pu même frôler la catastrophe mais ces loopings ne lui ont pas donné le vertige. Au contraire, ils l'ont ancré solidement dans le réel et rendu mâture avant l'âge.

Entre un père absent, une mère aimante mais en vrac depuis son accident, un placement à l'ASE et l'arrivée imprévue mais salutaire chez une de ses grands-mères - Mamie adorée -, un personnage à la fois délicieux d'humanité et haut en couleurs, il va devoir jongler car la mère n'est jamais loin, qui squatte, boit, enchaîne les rencontres d'un soir, détrousse sans vergogne et même avec panache ses amants - elle fut un temps comédienne - . Edouard apprend à gérer, à mentir à la police pour éviter la prison à celle qui l'a mis au monde.

Mamie Cocotte, une bourge un peu radine, aux antipodes de Mamie Adorée, vient compléter le tableau et, s'il traine les pieds au départ pour lui rendre visite, elle gagne rapidement en intérêt pour lui. Ces deux piliers vont forger la personnalité de ce garçon qui, dans sa résilience, trouve aujourd'hui presque salutaire ce parcours à obstacles qui trouvera son salut dans le théâtre de boulevard, la comédie, celle qui transmet rires et joie. L'une comme l'autre, chacune à sa façon, aura aimé sans compter, aura su guider le petit Edouard jusqu'à son envol. Lui n'a rien oublié et n'a de cesse de remercier la vie de lui avoir fait connaître, dans son malheur, l'affection de ces deux êtres d'exception.

Il se dégage de ces "Adorées" une infinie sincérité, touchante et parfois même bouleversante. Avec Izabelle Laporte à la mise en scène, il n'y a pas de place pour le pathos. Le rendu est donc fluide, léger, sans fioriture. Pas de décor. Aucun accessoire. Tout repose sur le comédien : le texte, la voix, la gestuelle. Comme il est infiniment souple, il n'a aucun mal à croquer ses personnages qui s'animent devant nous. Les imitations de sa mère, son père et surtout ses grands-mères sont désopilantes. Elles apportent fraîcheur et vie à l'ensemble.
Beaucoup se reconnaîtront sûrement dans cet éternel jeune homme, aujourd'hui apaisé, sans colère, qui porte un regard doux sur ce passé et ne saurait oublier la famille.

Après plus d'une heure, Edouard a refermé le livre de sa vie. Le public savoure, sous des applaudissements, nourris, son plus beau sourire. Il est magnifique et mérite, à son tour d'être... adoré !
Paru le 19/10/2026

(36 notes)
MES ADORÉES - Edouard Collin
APOLLO THÉÂTRE
Jusqu'au lundi 28 décembre

ONE MAN SHOW. Mes Adorées ce sont mes grands-mères : un volcan et un iceberg ! C'est ma mère : ma star au charme ravageur, à la fureur de vivre dont la descente aux enfers m'aura marqué au fer rouge. Leurs rires, leurs forces et leurs faiblesses : c'est mon histoire.

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