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D.R.


“Les Révérends”
Au Théâtre 14, Georges Werler monte “Les Révérends” de Slawomir Mrözek. Interprétée par Marie-France Santon, Maud Rayer, Hélène Seuzaret, Benjamin Egner, cette pièce cocasse met, sans en avoir, l’air l’accent sur nos vilenies…
Au Théâtre 14, Georges Werler monte "Les Révérends" de Slawomir Mrözek. Interprétée par Marie-France Santon, Maud Rayer, Hélène Seuzaret, Benjamin Egner, cette pièce cocasse met, sans en avoir, l'air l'accent
sur nos vilenies.
Marie-France Santon

Enfant, elle adorait découper la viande. En attendant un rôle de bouchère à sa mesure, elle ne connaît pas de temps morts, rayonne de plaisir et manie volontiers l'humour.

Pour l'avoir vue souvent interpréter des personnages peu sympathiques, on attend la grande vilaine avec un brin d'appréhension, lorsqu'elle arrive sourire aux lèvres, gaie, chaleureuse, agréable. La faute à qui si nous mélangeons tout ? Au talent des acteurs sans aucun doute. "Je sais qu'à l'écran, j'ai un visage qui marque, mais vous savez, les rôles antipathiques, les méchantes, les ridicules c'est très amusant à jouer. Ce qui ne m'empêche pas de faire autre chose quand même !" Le rire fuse avant qu'elle n'avoue un vrai regret : celui de n'avoir pas été chanteuse lyrique. Mais, rencontrer Régis Santon, connaître avec lui les enthousiasmes d'une jeune compagnie, épouser le monsieur, et réussir à s'imposer "en dehors", font oublier bien des choses. Une belle aventure qui aurait pu limiter sa carrière si... "J'ai une vénération pour Jean-Louis Thamin, Gérard Vergez, Gabriel Aghion qui m'ont fait confiance les premiers en dehors de ce que je fais avec Régis. C'est drôle, mais quand on est en Compagnie, que l'on travaille avec son mari, les metteurs en scène ont tendance à vous oublier. Mais maintenant, ça va ! ", ça va et ça se voit. La comédienne vient d'achever le tournage de Il ne faut jurer de rien (d'après Musset), mise en scène par Eric Civayan, avec Gérard Jugnot : "J'ai un rôle magnifique ! Je suis ravie, et Gérard Jugnot est quelqu'un de délicieux, très délicat, pudique..." Revenue de tournée (Britannicus et L'Éventail de lady Windermere d'Oscar Wilde), la voici au Théâtre 14 avec
Les Révérends. "C'est très excitant, parce qu'il y a là une écriture vraiment particulière. Le challenge est d'essayer de donner de la chair à des personnages qui sont un peu des marionnettes. On peut voir dans cette pièce une fable très cocasse dans laquelle je joue encore une dame autoritaire !" Qui en impose comme d'habitude... "Mais oui, vous voyez, je viens de jouer Agrippine, une duchesse, une baronne et vous verrez quand je jouerai ma bouchère !", assène-t-elle en riant. Marie-France Santon, c'est viscéral, adore être sur scène, adore le théâtre, aime le risque et se mettre en danger. "Le théâtre c'est donner et tenter de recevoir de la part des autres, c'est oublier sa propre image. Le cinéma c'est l'envie de faire plaisir au réalisateur, c'est tenter d'apprivoiser cette caméra qui fait très peur au début parce qu'elle vous prend tout. C'est complètement narcissique. Au théâtre, on reçoit tout ce qui se passe dans la salle, la sensibilité est complètement exacerbée." Le trac alors ? "Avant, je ne savais pas ce que c'était, maintenant, en vieillissant... Mais comme disait Jouvet : 'Le trac, ça vient avec le talent.' Alors peut-être que je commence à avoir un peu de talent ?" On la quitte à regret, et puis tiens !,
on a envie de le dire, elle est bien mieux "en vrai" que sur la photo.



Maud Rayer

Toute de force et de fragilité, elle absorbe, donne, et se donne au théâtre depuis trente-cinq ans, épousant avec passion la douleur et la joie.

Enfant solitaire et imaginative elle invente des vies aux objets qui l'entourent et rêve de faire du théâtre, avant que sa silhouette menue ne se plie aux exigences du cirque et de la danse. Parallèlement, sans y avoir été véritablement préparée, la jeune fille démarre sa carrière sur les chapeaux de roue avec Georges Wilson. Raymond Rouleau, Roger Planchon, Giorgio Strehler, Pintilie, Jorge Lavelli parmi tant d'autres lui offriront des rôles magnifiques... Elle n'arrête plus, passe du théâtre au cinéma, puis à la télévision, les critiques saluent son talent, pourtant, elle "n'a jamais franchi le cap de la médiatisation". Le regrette-t-elle ? "Pour être honnête... Aujourd'hui, oui, un peu. Simplement, parce que ça permet à la boule de neige de continuer à rouler, sans être obligée de prouver sans arrêt que l'on existe."
Converser avec Maud Rayer, c'est participer à une longue réflexion sur le métier de comédien, c'est toucher du cœur un monde magique et cruel, c'est en appréhender physiquement toute "la chair", c'est - loin des mots convenus -,
réaliser combien la demande de l'acteur est d'être désiré, souhaité, attendu.

"Il faut apprendre à se comprendre avant d'apprendre à se quitter"

Converser avec elle est un cadeau, un vrai. "L'art vivant est la plus belle vie qui soit, c'est une implication totale de soi-même, de son éthique, de sa culture, qui peut apporter aux êtres humains bonheur, émotion et réflexion. Il suffit de voir combien ces choses-là sont niées dans les dictatures, pour remercier la vie d'un tel bonheur. Je n'ai à me plaindre de rien. Ce métier, on ne m'a jamais mis un flingue sur la tempe pour que je l'exerce. Je l'ai choisi avec ses joies, ses folies, ses douleurs, et il me comble." La larme à l'œil ou les yeux pleins de rire, elle vibre, cherche le mot, rectifie une pensée, s'étonne et se réjouit d'avoir l'immense chance de connaître ce fabuleux feu sacré qui vous pousse à tout absorber, à donner, donner toujours. "Chaque aventure offre l'opportunité de découvrir d'autres personnes qu'il faut apprivoiser, comprendre, avec lesquelles il faut apprendre à s'entendre, avant d'apprendre à se quitter. C'est unique. Dire adieu à un très beau rôle, sentir qu'il quitte vos souliers, vos genoux, le battement de vos cils, c'est très douloureux. Quand arrive le 20 h 30, c'est comme si je n'avais plus mon rendez-vous d'amour. Puis ça devient plus doux, un beau souvenir s'installe auprès des autres." Au regard de ceux qu'elle a eus le bonheur de jouer, son rôle dans Les Révérends lui semble bien petit. Elle n'a pas l'habitude, mais à la comédienne de le faire exister, de lui donner sa force. Un beau défi à relever que d'apprendre à être tout à la fois actrice et spectatrice pour celle "qui a été jusqu'ici bénie des dieux à travers ce métier qui peut faire si mal, mais qui fait tant briller les yeux". Elle rêve maintenant de faire rire... Quand on ne peut s'empêcher de voir une Mouette se poser sur son épaule...

Trois questions au metteur en scène Georges Werler :
ll compte à son actif plus de 40 spectacles, a travaillé huit ans au T.E.P., enseigné dix ans au Conservatoire national d'art dramatique et quatorze ans au Conservatoire national de musique et de danse de Paris (classe Théâtre).
Sa dernière réalisation est "Le roi se meurt" de Ionesco avec Michel Bouquet au théâtre Hébertot. C'est la quatrième pièce du plus grand dramaturge polonais qu'il met en scène, il s'agit de la "création" en langue française.

Comment définiriez-vous le théâtre de Mrözek, et comment se situent Les Révérends au sein de ce théâtre ?
C'est un théâtre politique qui utilise l'humour pour démonter l'organisation du pouvoir, qu'il soit absolu ou pseudo démocratique. Avec Les Révérends, il y joint la satire sociale et religieuse, et dénonce tous les intégrismes qui masquent souvent les tares, les excès et les perversités des hommes. Son terrain de prédilection est l'imbécillité du monde. L'art de Mrözek est de provoquer un formidable rire ravageur.


Y a-t-il une difficulté particulière à monter Les Révérends ?
Le théâtre de Mrözek est un théâtre apparemment réaliste, mais qui interdit la psychologie. Les Révérends ne font pas exception à la règle. Il n'y a pas de passé chez les personnages, et ils ne peuvent en aucun cas se construire sur les schémas habituels. Ils sont là et il faut en accepter le postulat, il n'y a pas à justifier les comportements ni à les comprendre, c'est ainsi. Nous avons trop tendance à chercher des références - en fait à utiliser des béquilles -, ça rassure. Tomber dans ce piège, tant par la mise en scène que par le jeu, reviendrait, me semble-t-il, à tromper l'auteur en tuant l'efficacité du comique de son style.

Quelles sont, selon vous, les règles que doit s'imposer un metteur en scène ?
Le rôle du metteur en scène comme, celui des acteurs est de "servir" l'auteur. Il y a mille manières de le faire. "À la lettre", ce qui conduit souvent à la trahison, car l'auteur doit être pris à bras-le-corps, et le grand travail est de percer son mystère. Il n'est pas là, question d'imposer une idée "originale" !, mais d'essayer de comprendre le mécanisme particulier de son écriture, si différent d'un auteur à l'autre. Le fond lui appartient, mais la forme, elle, relève de la responsabilité du metteur en scène et des acteurs. Dans l'exaltation de l'œuvre il y a toujours ou presque, un peu de trahison. Cela aussi fait partie de l'histoire sans cesse renouvelée du Théâtre.
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 23/05/2005

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