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D.R.
Dossier par Philippe Escalier
Le régisseur ou l'art de rendre possible
Les métiers du théâtre

Fiches techniques, plans de feu, nerfs des artistes à ménager. Éric Gomez, régisseur au Théâtre Golovine d'Avignon, raconte une fonction que le spectateur ne voit jamais.
Le public s'installe, la salle s'éteint, une première lumière monte sur le plateau. Rien ne trahit les heures qui l'ont précédée, le plan de feu vérifié perche par perche, la console chargée, le niveau de son repris deux fois. Le régisseur habite cet écart, entre le chantier de l'après-midi et la fluidité du soir. Son travail se mesure à ce que personne ne remarque.

Un savoir de terrain

« Ma formation s'est faite dix ans durant, sur le terrain », résume Éric Gomez, qui a complété cet apprentissage empirique par neuf mois à l'Institut supérieur des techniques du spectacle, à Avignon. Venu des concerts et de l'événementiel, Éric Gomez est arrivé au théâtre voilà une dizaine d'années, au Théâtre Golovine depuis cinq ou six ans, et travaille aussi au Théâtre du Sablier, à Orange, et à Campredon Centre d'art, à L'Isle-sur-la-Sorgue.

Ses fonctions commencent bien avant les soirs de représentation, par l'entretien du parc technique et par le traitement des demandes des compagnies attendues sur le plateau.

La fiche technique et la lumière

Les compagnies n'arrivent jamais les mains vides. Elles ont étudié les plans de la salle, dimensions, nombre et hauteur des perches, et présentent un plan de travail déjà établi. L'été change l'échelle du problème, avec une compagnie par jour, des compatibilités à arbitrer, des temps de montage et de démontage calculés au plus juste. Lorsqu'une troupe se présente sans régisseur, Éric Gomez prend les choses en main. La lumière demeure son domaine de prédilection. « La première chose consiste à comprendre ce que le spectacle raconte, pour que les lumières soient en adéquation avec lui », explique-t-il. La formule dit l'essentiel d'un métier que l'on croit purement technique et qui relève d'abord de l'interprétation.

Le matériel s'est sophistiqué et la panne guette. « On n'est jamais à l'abri d'une défaillance d'ordinateur ou d'interface audio ou vidéo », rappelle Éric Gomez, qui s'est adjoint un renfort inattendu, une intelligence artificielle nourrie de la configuration de son parc et de ses habitudes de travail.

Le facteur humain

Depuis l'épidémie de Covid, la profession connaît une pénurie que les théâtres constatent à chaque recrutement. Éric Gomez préfère pourtant déplacer la question. « À peu de chose près, les régisseurs possèdent tous les mêmes compétences techniques », observe-t-il. Ce qui distingue l'un de l'autre tient donc à autre chose.
« Je considère que mon rôle consiste à produire un spectacle dans les meilleures conditions possibles, et cela passe par l'humain. Il faut que tout le monde soit détendu, en confiance. C'est à moi d'apporter aux artistes la tranquillité dont ils ont besoin au moment où ils doivent jouer. » Voilà le métier ramené à son foyer. Derrière les gradateurs et les fiches techniques veille un homme qui reste dans l'ombre et dont la tâche consiste à rendre le spectacle possible et accessoirement, le trac supportable pour ceux qui sont dans la lumière. Le public, lui, ne saura jamais son nom.
Paru le 10/10/2026