Portrait par Philippe Escalier
Michel Fau
La diva au bord du gouffre
Aux Bouffes Parisiens, dans son « Concert très chic », le maître du grandiose ressuscite une cantatrice au dernier soir de sa gloire.
Michel Fau aime le théâtre au point d'en épouser tous les excès. Après « L'Impardonnable Revue », « Récital emphatique » et « Névrotik Hôtel », le comédien et metteur en scène revient aux Bouffes Parisiens, du 12 octobre au 28 décembre 2026, avec « Concert très chic », offrande musicale délicieusement décadente créée en juin dernier au Festival d'Anjou, sur la scène du Grand Théâtre d'Angers. On y retrouve son amour des divas déchues et cette manière inimitable de faire cohabiter le raffinement et le naufrage.
L'argument tient en une soirée. Une grande dame du chant français, qui a triomphé sur toutes les scènes du monde, affronte le répertoire lyrique dans ce qui pourrait bien être son ultime concert. Le vibrato s'affole, la voix trahit, et la cantatrice le sait. Mais, parée de ses plus beaux atours, elle s'obstine à faire illusion, magnifique dans son refus de renoncer. À ses côtés, un ténor arrogant déploie fougue et charme, tandis qu'au piano un accompagnateur patient et blasé s'efforce de sauver les apparences. La mécanique du désastre est en marche, et la variété internationale, convoquée en fin de parcours, achève de faire vaciller l'édifice.
Tout l'art de Michel Fau réside dans cet équilibre entre le sublime et le ridicule, entre la ferveur sincère et l'outrance assumée. Sous le fard, il célèbre la grandeur du chant et la noblesse de ceux qui s'y vouent corps et âme. Son regard, jamais cruel, met une tendresse rieuse dans le portrait de ces monstres sacrés que le temps rattrape. Le rire y côtoie l'émotion, et la caricature devient hommage.
Tragédien exigeant, metteur en scène d'opéra et amuseur souverain, Michel Fau règne aussi bien sur le boulevard, où on l'a vu face à Catherine Frot dans « Lorsque l'enfant paraît » au Théâtre Marigny, que sur ses propres fantaisies musicales. Celles-ci composent une petite comédie humaine peuplée de créatures engoncées dans leurs illusions, que servent des perruques monumentales et des décors d'un kitsch assumé.
Le ténor Philippe Talbot apporte la caution d'une véritable voix d'opéra, lui qui brille sur les plus grandes scènes lyriques, tandis que le pianiste Martin Surot tient le rôle ingrat et délectable du témoin lucide. Le contraste est savoureux entre la rigueur du chanteur authentique et la démesure de cette diva crépusculaire que Michel Fau incarne avec sa gourmandise coutumière.
Théâtre total où la musique, le costume et le verbe se répondent, « Concert très chic » ne se contente pas de divertir. Michel Fau y transforme la scène en un royaume baroque où l'on rit de nos vanités tout en s'émerveillant de leur éclat. Voilà une soirée pour qui aime que le spectacle vivant assume pleinement sa part de folie et de panache.
L'argument tient en une soirée. Une grande dame du chant français, qui a triomphé sur toutes les scènes du monde, affronte le répertoire lyrique dans ce qui pourrait bien être son ultime concert. Le vibrato s'affole, la voix trahit, et la cantatrice le sait. Mais, parée de ses plus beaux atours, elle s'obstine à faire illusion, magnifique dans son refus de renoncer. À ses côtés, un ténor arrogant déploie fougue et charme, tandis qu'au piano un accompagnateur patient et blasé s'efforce de sauver les apparences. La mécanique du désastre est en marche, et la variété internationale, convoquée en fin de parcours, achève de faire vaciller l'édifice.
Tout l'art de Michel Fau réside dans cet équilibre entre le sublime et le ridicule, entre la ferveur sincère et l'outrance assumée. Sous le fard, il célèbre la grandeur du chant et la noblesse de ceux qui s'y vouent corps et âme. Son regard, jamais cruel, met une tendresse rieuse dans le portrait de ces monstres sacrés que le temps rattrape. Le rire y côtoie l'émotion, et la caricature devient hommage.
Tragédien exigeant, metteur en scène d'opéra et amuseur souverain, Michel Fau règne aussi bien sur le boulevard, où on l'a vu face à Catherine Frot dans « Lorsque l'enfant paraît » au Théâtre Marigny, que sur ses propres fantaisies musicales. Celles-ci composent une petite comédie humaine peuplée de créatures engoncées dans leurs illusions, que servent des perruques monumentales et des décors d'un kitsch assumé.
Le ténor Philippe Talbot apporte la caution d'une véritable voix d'opéra, lui qui brille sur les plus grandes scènes lyriques, tandis que le pianiste Martin Surot tient le rôle ingrat et délectable du témoin lucide. Le contraste est savoureux entre la rigueur du chanteur authentique et la démesure de cette diva crépusculaire que Michel Fau incarne avec sa gourmandise coutumière.
Théâtre total où la musique, le costume et le verbe se répondent, « Concert très chic » ne se contente pas de divertir. Michel Fau y transforme la scène en un royaume baroque où l'on rit de nos vanités tout en s'émerveillant de leur éclat. Voilà une soirée pour qui aime que le spectacle vivant assume pleinement sa part de folie et de panache.
Paru le 02/11/2026
(6 notes) THÉÂTRE DES BOUFFES-PARISIENS Jusqu'au lundi 28 décembre
SPECTACLE MUSICAL. Une de nos grandes artistes du chant français qui a brillé sur toutes les scènes du monde, chante les grands airs du répertoire lyrique, accompagnée d’un célèbre ténor au mieux de son talent et de son charme… Mais la Diva est fatiguée, son vibrato est affolant et elle le sait, c’est sans doute son...
|




