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© Pascal Ito
Dossier par Philippe Escalier
Laurent Ruquier
Nouveau maître du 15, avenue Montaigne

L'animateur devenu directeur reprend la Comédie et le Studio des Champs-Élysées, qu'il inaugure avec sa propre pièce, « Chante et tais-toi ! ».
L'annonce, faite le 18 avril 2026, a refermé une longue page familiale. En cédant le bail de la Comédie et du Studio des Champs-Élysées à Laurent Ruquier, Stéphanie Fagadau a transmis un héritage reçu de son père, le metteur en scène Michel Fagadau, disparu en 2011 après avoir régné près de trente ans sur ces deux salles. La passation ne doit rien au hasard : c'est la directrice sortante qui est allée chercher son successeur. Laurent Ruquier le reconnaît volontiers, il n'avait pas formé le projet d'acheter un théâtre. Il dit sa gratitude devant un choix qui l'a flatté et, plus encore, devant la constance d'une femme qui n'a jamais dévié malgré les offres reçues. De cette relation, il ne garde qu'un mot : excellente.

L'homme n'est pourtant pas un novice. De 2011 à 2018, il a codirigé le Théâtre Antoine, apprentissage rugueux d'un métier où l'on signe des baux autant que des textes. Le voici désormais à la tête d'un ensemble singulier, logé dans l'immeuble du Théâtre des Champs-Élysées : six cents fauteuils pour la Comédie, deux cent trente pour le Studio, cette salle tout en longueur dessinée par Louis Jouvet, laboratoire de l'avant-garde parisienne des années vingt. La Comédie, née en 1913, garde de l'Art déco l'élégance sévère ; elle abrita en 1920 « Le Bœuf sur le toit » de Jean Cocteau, scandale fondateur.

Sur la programmation, le nouveau directeur ne promet aucune rupture. Il revendique au contraire la fidélité à ce qui a toujours fait la signature du lieu : une exigence populaire et variée, où le classique voisine avec le boulevard et le seul en scène. Il cite les figures tutélaires du répertoire maison, Jouvet, Jacqueline Maillan, et plus près de nous « Les Liaisons dangereuses » adaptées par Arnaud Denis. Cet éclectisme, dit-il, lui correspond. La formule vaut profession de foi : ni maison d'auteur ni antichambre du théâtre subventionné, mais une scène privée assumée, où le public reste le premier commanditaire.

Un lever de rideau signé de sa main


Le 16 septembre 2026, il ouvre son mandat avec « Chante et tais-toi !», comédie dont il est l'auteur et où il monte lui-même sur le plateau. Il n'en avait pas l'intention. L'ont convaincu l'équipe, sa metteuse en scène Anne Bourgeois, forte de près de quatre-vingts spectacles, deux fois lauréate du Molière, et Vincent Niclo. Il ne cache d'ailleurs plus son impatience de jouer aux côtés du chanteur, de Brigitte Winstel, d'Emma Gamet et de Caroline Bal. Le sujet, éminemment contemporain, autorise les rires que l'auteur guette avec une gourmandise avouée : habitué à les provoquer chez les autres, il découvre que les recueillir sur son propre texte relève d'une jubilation d'un autre ordre. Il prévient toutefois que la pièce sait aussi émouvoir et faire réfléchir. Reste, pour le public, le plaisir de retrouver dès l'automne une voix familière là où il ne l'attendait guère, non plus derrière un micro ou devant une caméra, mais sur le plateau d'une maison dont il tient désormais les clés.
Paru le 20/10/2026