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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Et n’oubliez pas la pièce
Gaîté-Montparnasse

Après "Le Siffleur" et "La Claque" qui ne désemplissent pas, Fred Radix a choisi de rendre hommage à celles qui sont aussi l'âme du théâtre : les ouvreuses et autres placeuses. Vous ne voyez peut-être pas la différence. Eh bien, sachez que dans les théâtres classiques, à "baignoires", ce sont des ouvreuses, dans les théâtres contemporains, donc sans baignoires, ce sont des placeuses. Ça vous la coupe ? Soyez rassurés, Fred Radix, après cet avant-propos "ludo-pédago", vous a concocté quelques autres coupures. Que diriez-vous par exemple d'une coupure électrique avant la projection de votre film au ciné-club ? Vous êtes en 1978. Le réalisateur austro-hongrois est dans la salle. Ou aux toilettes.
Il va bien falloir distraire le public en attendant. Et si, à votre tour, vous étiez sollicités ?
"Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles", eût dit Voltaire. Las ! Après distribution des places et des friandises, la salle est plongée dans le noir. "Noir, c'est noir, il n'y a plus d'espoir", eût dit Johnny. Heureusement, Amédée le projectionniste, un disciple de Mc Gyver, a la solution. Enfin, pas tout de suite car la panne est générale. Que faire ?

Fred Radix, lui, a la clef. À l'instar de "Joséphine, ange gardien", il a remède à tout et de ce profond handicap, il va en tirer un show éblouissant, dans la grande tradition du music'hall, faisant de ce quatuor de "petites mains" les vedettes d'un soir. Entrée donc en fanfare de Marie-Jo, la plus ancienne des ouvreuses - secrètement amoureuse d'Amédée, le père d'Anita, la gamine du groupe, amoureuse, elle de Pin-pon le pompier - et de Barnabé, un grand gaillard mal dégrossi, gauche et naïf à souhait mais d'une infinie tendresse, surtout après ses "râteaux" répétés auprès d'Anita.

Ce quatuor, en bons professionnels, ne va pas laisser le public en reste. Ils vont donc, contraints mais forcés, "meubler", compenser la gêne, divertir au sens noble du terme, quitte à solliciter le public en lui donnant quelques lampes à mouliner pour faire de la lumière, puis des ballons à gonfler pour "ambiancer". Le show improvisé se met donc progressivement en place : chansons, saynètes, tours de magie. Tout y est.

Bienvenue au cabaret, place au burlesque, au rire et... à l'émotion car, plus on avance dans la soirée, plus les personnages prennent corps, plus ils se dévoilent, se racontent et le public, devenu complice, les reçoit 5/5, s'émeut de leur parcours. Ainsi apprend-on que Marie-Jo était une grande artiste de music'hall avant de redevenir ouvreuse, que Anita est en passe d'entrer au Conservatoire et que Barnabé est apprenti-comédien.

Ce divertissement réglé au cordeau devient par la magie de Fred Radix une comédie musicale joyeuse qui, à cause ou grâce à cette panne, fait un pied-de-nez aux réseaux sociaux, loue le vivre ensemble et la fraternité. Certes, on est en 1978 mais le walkman a déjà fait son apparition et cette première "mise en bulle" préfigure ce que nous vivons aujourd'hui.
C'est joyeux, c'est festif, esthétique et la troupe de très haut vol régale le public qui applaudit à tout rompre.

Au générique, Patricia Samuel, qui n'est pas sans nous rappeler la facétieuse Micheline Presle, la délicieuse et convaincante Eléonore Duizabo, le touchant et surprenant Simon Parmentier (notamment dans ses envolées rocks et son imitation d'Elvis Presley) et Guillaume Destrem, lunaire et fantasque Amédée. Tous sont chanteurs, comédiens, danseurs. Comme dans les comédies musicales.

On restera néanmoins sur sa fin. Quid de ce réalisateur austro-hongrois ? Toujours aux toilettes ? Et si, comble de tout, les wc étaient fermés de l'intérieur... ?
Ce sera peut-être le sujet du prochain opus de Fred Radix qui, une fois encore, par sa poésie, son sens du rythme et de la fantaisie, nous offre là une pièce... qu'on ne saurait oublier !
Paru le 01/10/2026

(5 notes)
ET N'OUBLIEZ PAS LA PIÈCE
THÉÂTRE DE LA GAITÉ-MONTPARNASSE
Jusqu'au mardi 25 mai 2027

COMÉDIE. Après les succès de "La Claque" et de "Le Siffleur", découvrez la nouvelle création de Fred Radix : "Et n'oubliez pas la pièce" ! Ou comment la nuit du 19 décembre 1978 bouleversa la vie d'une ouvreuse de cinéma. Ce 19 décembre 1978, la foule se presse au ciné-club et les ouvreuses Marie-Jo et Ani...

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