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© Bernard Richébé
Zoom par Patrick Adler
Diplomatie
Théâtre Hébertot

Quinze ans ont passé après le mémorable duo Arestrup-Dussolier dans cette pièce devenue culte : "Diplomatie". Le metteur en scène Stéphane Meldegg a passé la main et c'est la délicieuse Béatrice Agenin - son ancienne collaboratrice artistique - qui a repris le flambeau avec le talent qu'on lui connait, avec son sens aigu de la précision dans la direction d'acteurs. Retour gagnant donc pour le duo Pinon/Putzulu qu'on vous enjoint à découvrir au Théâtre Hébertot.
Le décor signé Catherine Bluwal est à la fois sobre et élégant. Nous sommes en août 44 à l'Hôtel Meurice et Paris s'apprête à être détruite. Devant le bureau du gouverneur militaire allemand trône le plan de la ville, cette ville qui s'apprête à voir ses ponts sauter, tout comme ses monuments qui font sa splendeur.
Crues et incendies programmés, c'est la chronique d'un désastre annoncé, d'autant que le gouverneur Dietrich von Cholitz n'a - apparemment - pas le choix : c'est la fidélité à Hitler et l'assurance de sauver sa femme et ses enfants, restés en Allemagne et devenus otages du régime ou sauver Paris et ses milliers d'habitants et ne pas devenir seul responsable devant l'Histoire.
Entre loyauté et raison, on va vivre une heure et quelques d'une argumentation étayée et réfléchie, apportée par le consul suédois Raoul Nordling. Dans ce jeu du chat et de la souris, on va devoir supporter l'impensable, les vociférations du gouverneur nazi qui, entre deux quintes de toux et moult prises de médicaments, à deux doigts à chaque fois de l'étouffement - il sera d'aillé sauvé par Nordling - éructe sa haine de l'ennemi, glorifie sa fidélité à un Hitler pourtant en bout de course, allant jusqu'à saisir un pistolet et menacer de mort le consul. Ce dernier lui oppose à chaque fois impassibilité et froideur. Il l'a déjà surpris en apparaissant par une porte dérobée, déjouant ainsi la surveillance de sa garde rapprochée. Cela interroge forcément et comme l'homme ne manque jamais d'arguments, il sait avec agilité et finesse, sans jamais se départir de son flegme, rappeler à la raison le gouverneur, chez qui il lui dit déceler un peu d'humanité.
En actionnant un plan B qui devrait sécuriser sa femme et ses filles, l'allemand rend les armes, d'autant que les nouvelles du front son mauvaises et que Paris tient bon. Chacun sauve donc sa peau. Le consul, qui a pu avoir quelques sueurs froides comme le gouverneur qui a frôlé l'apoplexie et a renvoyé sa loyauté à la corbeille. L'intelligence l'a emporté. Paris s'apprête à être sauvée par les mots d'un homme réfléchi. Des mots qui font sens, des mots qui trouvent un écho, même chez les plus cabossés, les plus entêtés, même chez les fanatisés, des mots posés sur des maux qui eussent pu être dévastateurs.
Dominique Pinon incarne avec brio ce gouverneur cathareux, nerveux, brutal et angoissé. Bruno Putzulu joue la sobriété, ce qui rend son jeu peut-être plus mécanique, moins subtil et rusé que Dussolier mais il n'en est pas moins convaincant. Une chose est sûre : cette reprise attendue et ce très beau texte de Cyril Gély méritaient bien la direction magistrale de Béatrice Agénin.
Paru le 30/09/2026

(2 notes)
DIPLOMATIE
THÉÂTRE HÉBERTOT
Jusqu'au dimanche 3 janvier 2027

DRAME à partir de 14 ans. La rencontre secrète où s'est joué le sort de Paris. Dans la nuit du 25 août 1944, Hitler ordonne la destruction totale de Paris. A l'hôtel Meurice, siège du Gouverneur militaire allemand, le général Dietrich von Choltiz s'apprête à exécuter les ordres. Peu avant l'aube, il reçoit la visite imprév...

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