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D.R.


Les Blancs-Manteaux
renouvellent leur garde-robe
Elles ont l'âge du théâtre :
nées en 1972, Magali et Fabienne ont pris la direction des Blancs-Manteaux il y a sept ans avec l'objectif de leur donner un coup de jeune. Pari réussi pour ce lieu incontournable du café-théâtre parisien qui constitue le triangle d'or du genre avec le Point-Virgule et le Café de la Gare. Ses très vieux murs, dont la première pierre a été posée en 1640, accueillent désormais de jeunes talents ; et l'histoire a souvent montré qu'ils ont abrité les premiers pas de carrières prometteuses.
Racontez-nous. Il y a eu du beau monde qui est passé chez vous ?
Magali et Fabienne : Marianne James, Marc Jolivet, Virginie Lemoine, Michèle Laroque, Jean-Luc Lemoine ou Anne Roumanoff se sont produits ici. Renaud y a même créé Laisse Béton. D'ailleurs, nous serions ravies qu'il revienne nous voir, car nous savons qu'il aime les Blancs-Manteaux, il en parle souvent. Certains d'entre eux nous restent fidèles. Ça a été le cas notamment avec Tex, Jean-Luc Lemoine, Bud... qui ont tous répondu présent quand nous avons organisé une soirée de soutien pour les victimes du tsunami en Asie.

Vous aviez 26 ans lorsque vous avez repris le lieu. Ce n'est pas un peu jeune pour s'occuper d'un endroit aussi fameux ?
M. & F. : Quand le fondateur a voulu vendre, nous avons monté un projet à deux. La reprise s'est faite en deux mois. Le défi nous pétrifiait, mais nous avons voulu tenter le challenge et nous ne le regrettons pas. On aimait cet endroit qui pouvait être un vivier d'artistes sur le secteur de l'humour. Nous étions "vierges" dans ce domaine. Mais nous sommes arrivées avec un œil neuf. Ce lieu vivait sur ses acquis, c'était un peu "la Belle au bois dormant". Au début, on faisait des tableaux Excel à la règle, au crayon et à la gomme. Et avec 12 spectacles par semaine et 5 tarifs différents, il a fallu que l'on se modernise. D'ailleurs, nous avons été le premier café-théâtre à avoir un site Internet.

Comment élaborez-vous votre programmation ?
M. & F. : C'est d'abord un lieu de découverte d'artistes dans moult domaines, notamment musical. On s'arrange aussi pour que les spectacles ne rentrent pas en concurrence les uns avec les autres. En fait, nous voulons donner une nouvelle dimension à la notion de café-théâtre. Nous avons une programmation régulière avec des valeurs montantes. Nous organisons des soirées découvertes avec de nouveaux talents de l'humour ou de la musique en acoustique. Enfin, chaque mois, nous mettons en avant un artiste. Ça été le cas récemment avec Camille ou Isabeau de R. Ce sont nos coups de cœur que l'on défend à fond. Et nous avons décidé de nous diversifier en proposant également des pièces, comme
La Cantatrice chauve en ce moment. D'autre part, nous travaillons en coproduction, ce qui nous permet d'avoir le choix des spectacles. Il y a une prise de risque de notre part, mais on a l'ambition de montrer les stars de demain.

De quelle manière sélectionnez-vous
les spectacles ?
M. & F. : Nous procédons par faisceau
d'indices. On est en contact avec près de 800 demandes et on examine tout. On regarde les dossiers de presse, nous nous rendons aux festivals, on discute avec les professionnels ; en fait c'est un réseau de rumeurs professionnelles. Mais on procède aussi à du repérage : nous menons un travail d'investigation en organisant entre 200 et 300 auditions chaque année. Nous recevons environ 5 artistes par semaine qui disposent chacun de
5 à 10 minutes sur scène. Un vendredi par mois à 22 h 30 : nous organisons un plateau d'humour, et nous avons un parrain à chaque fois. Chantal Lauby, Marc Jolivet, François Rollin sont déjà venus parrainer cet événement. Nous invitons les artistes à se produire devant un public d'amateurs et de professionnels. Notre public est généralement très curieux. Souvent, ensuite, on va au resto avec les artistes et les professionnels, ce qui permet de créer une vraie rencontre.

Quelles ont été vos grosses surprises depuis que vous êtes à la tête des Blancs-Manteaux ?
M. & F. : Il y a eu Ludo qui était notre premier coup de cœur, dans L'Insaisissable Monsieur Crampon : ça a été un gros succès d'estime, mais il n'a pas connu de succès dans les médias. On est aussi très contentes d'Isabeau de R., de Jean-Luc Lemoine ou de Couple ouvert à deux battants qui ont connu de gros succès auprès du public.

La musique semble être également un élément important de la vie des Blancs-Manteaux.
M. & F. : Effectivement, et là aussi nous marchons beaucoup aux coups de cœur. Ce fut le cas pour Zlot. C'est un duo dans la veine de la nouvelle chanson française avec d'excellents textes. Ils ont été en programmation pendant plus d'un an. En ce moment, nous avons aussi les deux frères de Volo avec leurs textes qui racontent les histoires de chacun : l'amour, la révolte, la société, la politique, les bars, les copains, les joies, les peines... Maintenant, ils font un concert par mois. On les programme le week-end pour leur
permettre de tourner en province durant
la semaine.

Camille aussi a été une belle opération.
M. & F. : Elle a connu un gros succès. On voulait la voir en concert, donc nous avons pensé que la meilleure façon c'était de la programmer chez nous. Elle ne
faisait pas de salle à Paris. Elle voulait une résidence pour son deuxième album. Toutes les places ont été vendues en une semaine.
Et en plus, notre salle du bas, fait un peu cave à jazz, ça donne un côté très
intimiste qui lui collait parfaitement.

Êtes-vous satisfaites ?
M. & F. : Oui mais nous sommes toujours un peu stressées. On peut dire que nous sommes surtout optimistes, plutôt que satisfaites. On a plein de projets, c'est presque une idée à la seconde. On a la chance de constituer une équipe dynamique, il y a une vraie synergie. On a tous un projet commun et chacun y trouve son intérêt.

Justement, quels sont vos grands projets pour les années à venir ?
M. & F. : On voudrait donner un coup de jeune au bar. On veut aussi sortir les Blancs-Manteaux de ses murs par le biais de la production, mais il faut savoir trouver un équilibre entre nos coups de cœur artistiques et les contraintes financières. n
"La Cantatrice chauve" :
l'absurde à s'en arracher les cheveux !
Cette première œuvre dramatique d'Eugène Ionesco sort de son écrin du théâtre de
La Huchette pour s'installer aux Blancs-Manteaux. Une série de sketches désopilants jusqu'au dénouement tonitruant et digne
des surréalistes.

L'histoire est banale à mourir, et c'est bien là tout son intérêt. Deux couples de bourgeois londoniens se retrouvent dans un appartement lors d'une soirée. L'occasion pour eux d'échanger d'affligeantes banalités malgré les interventions agressives de la bonne. Leurs insignifiantes conversations ne sont entrecoupées que par des sonneries à la porte d'entrée et l'arrivée d'un capitaine de pompiers. C'est toujours un défi passionnant de revisiter cette pièce jouée depuis près de cinquante ans à Paris. Un défi relevé par Arnaud Denis, metteur en scène de 22 ans des "Compagnons de la Chimère". Il a voulu surtout lui donner un coup de jeune. Le décalage entre l'expression ultra-banale du jeu des comédiens et l'absurdité totale de leurs propos fonctionne à fond. Il s'est ensuite beaucoup inspiré de l'univers de Jacques Tati, notamment dans les bruitages. Concession à l'idée initiale de Ionesco qui souhaitait que des nazis envahissent le plateau : la bonne est habillée de cuir et munie d'un fouet, histoire de lui donner un petit côté SS. Jusqu'à l'explosion finale, digne d'un asile de fous.
Il en résulte un petit chef-d'œuvre comique, traité sur l'absurde, variation sur la bêtise et paradoxalement éloge du pouvoir du langage.

Esprit, es-tu là ?
Le docteur Frankenstein voulait créer une créature intelligente en assemblant des macchabées ; ici le docteur Giraud, moins porté sur le bistouri, veut devenir très intelligent en absorbant l'esprit de sommités intellectuelles grâce aux objets qui leur ont appartenu.
À condition de tomber sur les bons objets.

Sans doute fils d'antiquaires - l'histoire ne le dit pas -, le docteur Giraud aime beaucoup les objets. À tel point qu'il est persuadé qu'on peut s'approprier l'esprit des personnes auxquelles ils ont appartenu. C'est la raison pour laquelle il a mis au point une machine invraisemblable permettant de réaliser ce transfert. Mais avant de procéder à l'expérience ultime - aspirer l'intelligence contenue dans un livre que Freud posséda jadis -, il met en place une série de tests avec tout un bric-à-brac chiné dans des décharges. On serait tenté de lui conseiller simplement de lire le livre, plutôt que d'en tirer une éventuelle substantifique moelle. Mais le docteur Giraud est un poil psychorigide et n'en fait qu'à sa tête. Il entraîne son assistante, une contrôleuse de la Sécu et un éboueur dans ses tentatives burlesques et c'est une schizophrénie généralisée qui s'empare de tout le monde. L'auteur, Nicolas Hirgair, surfe sur le thème des objets qui ont une âme avec une troupe de comédiens pleine d'énergie et des répliques qui font mouche. Aux dernières nouvelles, le docteur serait à la recherche du peigne de Fabien Barthez, du livre du Kama-sutra de Christine Boutin et des électrodes "abdo-flex" de Laurence Boccolini, mais en vain.
La science est parfois pleine de déconvenues.
Dossier par Frédéric Maurice
Paru le 30/05/2005

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