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D.R.


Jean-Laurent Cochet
ou tout…“L’art du comédien pour ne pas être qu’un acteur”
Articulation, respiration, observation... Voilà plus de quarante-cinq ans que Jean-Laurent Cochet perpétue la grande tradition du théâtre français. S'il a formé
une quantité impressionnante d'artistes de renom (Huppert, Luchini, Depardieu...), il n'en a jamais, pour autant, délaissé sa vie de comédien et de metteur en scène. Aujourd'hui sur les planches des Bouffes-Parisiens, il monte l'un des grands succès de Sacha Guitry : "Le Veilleur de nuit".
Vous semblez affectionner particulièrement l'œuvre de Guitry. Pour quelle raison ?

Tout simplement parce qu'il s'agissait d'un artiste de génie ! C'est peut-être le seul auteur de son époque à qui l'on peut, sans se tromper, attribuer ce qualificatif-là. Anouilh avait un superbe talent...,Giraudoux, Montherlant étaient d'immenses auteurs... Mais ce génie spontané de l'art dramatique, du dialogue, du mot placé où il faut, de la construction, de l'intrigue, du rebondissement, du renouvellement de situation : c'est unique ! Même Molière n'avait pas ça !

Le Veilleur de nuit est souvent considéré comme l'une de ses meilleures pièces. Qu'en pensez-vous ?

Je crois que c'est vrai. Car il s'agit vraiment d'une pièce très riche, et d'une audace folle ! C'est l'histoire d'un vieux monsieur qui entretient une dame depuis dix ans et qui sent qu'elle va forcément, un jour ou l'autre, décider de voler de ses propres ailes. Son inquiétude le poussant à devenir philosophe, il va tout simplement prôner le ménage à trois, ce qui n'était jamais arrivé dans le répertoire jusqu'à cette date-là ! Pour une pièce créée en 1911, parler de ça, c'est incroyablement osé !

Comment en êtes-vous arrivé, un jour, à donner des cours de théâtre ?

Cela s'est fait un peu par hasard. En fait, j'ai commencé le théâtre très jeune, vers l'âge de 10 ans. Il m'arrivait donc, tout au long de mes études, de donner des conseils à mes camarades qui étaient, souvent, un peu moins expérimentés que moi. Au conservatoire, les professeurs, s'étant aperçus de cela, m'envoyaient les éléments avec lesquels ils avaient un peu de mal. Quand je suis entré à la Comédie-Française, des élèves du Conservatoire ont continué à venir me voir. Et c'est lorsque j'ai quitté cette maison, en 1964, que j'ai décidé d'ouvrir mon cours.

Qu'est-ce qui constitue la base de votre enseignement ?

Tout d'abord, évidemment, la technique, qui est obligatoire pour aborder les grands textes. Même si, après, il suffit de dire "Passe-moi le beurre", "Merci" ou "Bonjour chez toi !", il vaut mieux que l'on vous entende et que cela soit articulé... Il faut donc une maîtrise de son corps, une parfaite possession de ses moyens respiratoires. Si l'on n'a pas ça, on n'est rien, comme un pianiste qui n'aurait que huit doigts ! Et ensuite, c'est l'approche de toutes les règles concernant la situation théâtrale : comment on construit un personnage en étant fidèle à un style, à un mouvement dramatique. C'est un entretien quotidien qui rejoint l'observation, la lecture, la recherche intérieure... Finalement, c'est l'art du comédien pour ne pas être qu'un acteur.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 01/04/2005

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