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D.R.


Caroline Silhol
L’élégance et la passion
Laurent Terzieff, Fabrice Luchini, Caroline Silhol : éclatante distribution pour "Molly", de Brian Friel, où l'actrice interprète une aveugle qui recouvre la vue. Un spectacle qui lui tient à cœur et dont elle parle avec une passion non feinte.
Qui est Molly Sweeney ?
Une Irlandaise, aveugle de naissance, à l'aise dans sa cécité, heureuse dans son métier de kinésithérapeute. Sa vie bascule lorsque deux hommes "bien intentionnés" lui proposent l'opération qui doit lui rendre la vue : Laurent Terzieff, ex-ophtalmologiste de renom qui, à la suite de "fracas" dans sa vie privée, a vu sa carrière brisée et ne peut résister à la tentation de redorer sa réputation par une opération rarissime (il n'y a eu que 20 cas de guérisons d'aveugles de naissance au cours des vingt
derniers siècles). Fabrice Luchini, le mari de Molly, éternel adolescent insatisfait en quête de "causes à défendre" les baleines, les chèvres iraniennes, l'Éthiopie... et Molly Sweeney, persuadé qu'une nouvelle vie s'offrira à eux si sa femme recouvre la vue. Et Molly a tellement envie de leur faire plaisir ! Elle ne se doute pas de ce qui l'attend et de la difficulté ou plutôt la quasi-impossibilité d'apprendre à voir à 41 ans. Comment faire la différence entre un ballon de football et une fleur, juste en les regardant, sans les toucher, quand on n'a jamais appris à voir autrement qu'avec ses mains, ses oreilles, son odorat ? Je vous laisse découvrir la suite. Cette pièce est une sorte de miracle, un texte venu d'ailleurs, comme dicté de "là-haut" à l'auteur tant chaque phrase est touchante. Le pathétique vient des situations et la drôlerie, l'humour, du regard des personnages sur eux-mêmes. L'un des talents de Friel est de faire rire sur un sujet dramatique.

La pièce va au-delà de cette simple anecdote...
Ce qui est fascinant avec cette pièce c'est que chacun y découvre le "sens de ses sens" autant intellectuellement que par tous les pores de sa sensibilité, et notamment la grande différence qu'il y a entre la vision et la perception. On sait maintenant que la place dévolue à la vision dans le cerveau s'atrophie lorsqu'elle n'est pas stimulée pendant un certain temps et que cette place est prise par les autres sens alors hypertrophiés. Dans ces conditions, on se doute que redonner la vue à un aveugle de naissance n'est pas à coup sûr un service à lui rendre. C'est l'histoire que raconte Oliver Sachs dans Un anthropologue sur Mars, une histoire vraie dont Friel s'est
inspiré pour Molly.

Vous avez beaucoup lu sur ce sujet, rencontré des aveugles pour préparer ce rôle. En avez-vous tiré quelque chose de personnel ?
Dieu sait si ce métier n'a pas que des avantages, mais il offre la possibilité de développer certaines formes de sensibilité, comme les aveugles développent leur perception non visuelle. Un professeur aveugle raconte dans un livre comment il sait précisément ce que provoquent ses cours chez ses élèves, sans les voir. De même un acteur sur scène perçoit le public même plongé dans le noir, par l'épaisseur du silence, la dispersion ou l'attention. J'ai souvent l'impression que je palpe les ondes qui me viennent de la salle comme une aveugle. À l'occasion de cette pièce, en n'utilisant pas mes yeux, même si je les garde ouverts, j'ai la sensation de devenir encore plus réceptive.

On vous sent très impliquée dans ce personnage. Est-ce un moment marquant dans votre parcours ?
Des pièces aussi magnifiques, avec de la chance, on en joue trois ou quatre dans une carrière. Et avec des partenaires aussi merveilleux, aussi fascinants, peut-être une seule.

Vous avez joué des choses très différentes sur scène : "La Machine infernale" de Cocteau,
"La Parisienne" d'Henry Becque, "L'Excès contraire" de Françoise Sagan, "Joyeuses Pâques" de Jean Poiret, "Elvire" d'Henry Bernstein ou "Je m'appelais Marie-Antoinette" d'Alain Decaux et André Castelot mise en scène
par Robert Hossein. Comment expliquez-vous cette diversité ?
J'ai parfois l'impression que ma vie professionnelle est un chemin de traverse sans panneaux indicateurs. J'y aurai vu du paysage à défaut d'être "arrivée". J'ai plus besoin d'évolution, de mouvement, de ne jamais m'appuyer sur ce que j'ai déjà fait, que de reconnaissance. Ne jamais refaire la même grimace.

Interview par Didier Roth-Bettoni
Paru le 24/02/2005

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