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Songes de femmes
Sophie Lorotte et Pauline Bureau
Elles sont jeunes, toutes deux comédiennes et metteurs en scène. Depuis le 5 janvier dernier, elles portent à la scène dans deux théâtres de la capitale leur version du "Songe d'une nuit d'été" de Shakespeare. Très différents, emplis des richesses de ce qu'elles aiment et veulent faire aimer. Pauline Bureau qui vient
de sortir du Conservatoire présente le sien au Théâtre du Ranelagh, Sophie Lorotte au Théâtre Mouffetard. Voir l'un ou l'autre... Ou pourquoi pas ?, l'un et l'autre.
Pourquoi monter "Le Songe d'une nuit d'été" ?

Sophie Lorotte : Par défi. C'est une pièce qui réunit plusieurs genres : la poésie, le burlesque, la tragédie, et qui nécessite un grand nombre d'interprètes. Il y a trois ou quatre intrigues, dans trois univers différents. C'est donc un mélange de genres, d'actions et d'univers excessivement tentant pour un metteur en scène. C'est aussi une pièce marquée par les mises en scène de grands hommes de théâtre. Bien que comédienne, je n'y joue pas : cela ne s'y prêtait pas, mais c'est un peu frustrant de ne pas sentir le public respirer avec soi. Le travail d'un bon metteur en scène doit passer inaperçu, c'est "un roi qui abdique" comme disait Vilar.

Pauline Bureau : C'est, pour ma part, lié à l'aventure du Conservatoire. En troisième année, nous avions la possibilité de monter un atelier dans le grand théâtre avec des moyens techniques importants. Nous voulions envisager ensemble le conte, le rêve, la réalité, la folie. Cela nous correspondait bien. C'était l'occasion de travailler sur la machine théâtrale en mettant en place des artifices, en les démontant, en montrant le plateau nu. On nous a proposé de reprendre le spectacle à Vaison-la-Romaine, puis au Théâtre du Ranelagh à Paris et il y aura une tournée au Maroc... Moi, si je ne joue pas dans mes mises en scène c'est parce que je trouve frustrant de ne pas voir mon spectacle !

Y a-t-il plusieurs degrés dans votre lecture de la pièce ?

P.B. : Nous avons retraduit la pièce en prenant une grande liberté. Nous voulions nous l'approprier vraiment. Il y a cette idée de boîte à rêves, de boîte à fantasme, la forêt n'est que la projection mentale du fantasme de chacun des personnages. On a gardé plusieurs niveaux : poétique et onirique, l'humour, et le fantastique. Les boîtes à rêve s'imbriquent comme des poupées gigognes, la forêt est le lieu de tous les désirs, des pulsions. Le titre est Un songe, une nuit d'été, car il y a des millions de songes, des millions de nuits d'été, et celui-là c'est le nôtre. Un parmi d'autres, il y a eu déjà cette histoire avant, il y en aura sans doute beaucoup après, mais elle nous a inspirés, nous a fait rêver.

S.L. : Je veux donner au spectateur du rêve et de la beauté, avec des costumes qui fassent rêver ; le faire entrer dans un autre monde grâce à la musique, au texte à la fois violent et joyeux. Ces personnages sont des merveilles pour un psychiatre ! Les rapports entre les hommes et les femmes y sont particulièrement conflictuels. On n'est pas dans un schéma de théâtre classique avec une progression : les scènes sont assez courtes, il faut y entrer très vite. Les dialogues sont plus importants que l'histoire elle-même, un peu comme dans un film de Woody Allen, dont on sort comme d'un rêve, avec des images et des impressions.

Quels sont vos partis pris dans cette mise en scène ?

P.B. : Nous avons travaillé la scénographie avec des élèves des arts déco. Au début, les personnages sont enfermés dans le rideau blanc d'avant-scène. C'est le palais, oppressant, lieu de la tyrannie évoqué par l'enfermement dans la machine théâtrale. Puis vient la forêt, univers fantasmé et lieu de tous les possibles, c'est le reste du plateau. Nous avons recréé la forêt terrible des contes pour enfant, image d'épouvante faite de branches, il y neige en plein été. C'est une lourde machinerie... J'aime ce qui fait appel à des peurs d'enfants.

S.L. : Pour le Mouffetard, je ne suis pas allée recharger la pièce en ornements et en figurants. J'ai gardé une unité de lieu élisabéthaine : avec un décor léger dans une volonté de suggestion qui fait appel à l'imagination du spectateur. Il n'y a donc qu'une scénographie très simple à partir de laquelle on emmène les gens dans différents mondes. Le passage d'un univers à un autre se fait par la transformation de certains éléments, des éléments tout en verticalité, et des jeux de lumière. On suggère ainsi un palais, une forêt, on crée la hauteur, l'espace.

Quel est l'enjeu de chaque représentation ?

S.L. : Il faut que chaque soirée soit exceptionnelle d'un bout à l'autre. S'ils ne sont pas performants un soir, les comédiens ne peuvent pas se rattraper le lendemain devant les mêmes spectateurs. Ils doivent être bons tous les soirs ! C'est le défi du théâtre qui le singularise du cinéma. Nous sommes là pour le public, non pour nous faire plaisir.

Pour votre part, quels sont vos songes ?

S.L. : Comme comédienne, je rêve de Claudel et de Guitry. J'adore ces extrémités. Comme metteur en scène, je rêve d'auteurs contemporains.

P.B. : J'aimerais continuer de travailler avec les gens que j'aime, avancer et monter des projets variés avec eux.

Et en ce qui vous concerne, quelles sont vos nuits d'été ?

S.L. : De merveilleux souvenirs d'avoir joué en plein air avec pour seul décor la nuit... C'était extraordinaire, nous jouions La guerre de Troie n'aura pas lieu, j'avais 11 ans.

P.B. : La nuit où nous jouions la première du spectacle dans les ruines de Vaison-la-Romaine, et la nuit précédente où un orage avait recouvert de 40 cm d'eau tout le décor. Tout semblait perdu.


Interview par François Varlin
Paru le 15/01/2005

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