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Yannick Debain
D.R.


“T’es pas ma mère”
Une fille, deux mères, trois femmes qui écrivent
Adapté du roman éponyme de Prune Berge*, "T'es pas ma mère" nous plonge au cœur d'une histoire familiale marquée par l'adoption et l'accouchement sous X. Tensions, craintes, confidences, déclarations d'amour... Ce texte épistolaire - à travers les missives que s'envoient une jeune fille de 20 ans (Stéphanie Guieu), sa mère adoptive (Françoise Pavy) et sa mère biologique (Ysabelle Lacamp) - tisse les liens d'une famille à recomposer. Les trois comédiennes, mises en scène par Yannick Debain au théâtre Mouffetard, donnent corps à une histoire sur les racines et les fruits de la vie.
Yannick Debain :
"Prune Berge
nous montre
que les enfants n'appartiennent qu'à eux-mêmes"
Yannick Debain n'est pas du genre à attendre que le téléphone sonne. Lorsqu'il a le béguin pour un texte, pour un rôle, il part à la conquête de producteurs. Esprit d'initiative, énergie à revendre, c'est assez naturellement que le comédien est passé de l'autre côté des planches pour mettre en scène "T'es pas ma mère", pièce dont le sujet le touche intimement...

Yannick Debain :
fiche signalétique
- Date et lieu de naissance : 15/11/67, Paris 13e.
- Profession : comédien, metteur en scène.
- Signe particulier : déclencheur de projets.
- Deux dates-clefs : 1988 (premier film pour le cinéma, Le Mariage de Figaro, réalisé par Roger Coggio) ; 1994 (rencontre avec Georges Wilson qui le met en scène dans Henri IV de Luigi Pirandello).

Un texte "universel"
Lorsqu'en 2001, à sa sortie, Françoise Pavy lui dit que le livre de Prune Berge est magnifique, il n'y prête guère attention. Ce n'est que plus tard, lorsqu'il entame une procédure d'adoption, que Yannick Debain se plonge dans cette lecture. Emballé, il appelle son amie comédienne (elle-même mère adoptive) et lui propose d'en écrire, ensemble, une adaptation pour le théâtre. Au-delà même du thème de l'adoption, qui trouve évidemment chez lui un écho particulier, ce qui séduit immédiatement le metteur en scène, c'est que "ce texte parle avant tout d'amour, du tissage des liens entre les êtres, de la force de la vie". Il en est convaincu, même s'il n'avait pas été confronté personnellement à ce type de parentalité, T'es pas ma mère l'aurait tout autant touché. "Ce qui est formidable dans cet écrit, c'est qu'il a quelque chose d'universel. Il s'agit d'une histoire très forte sur les rapports filiaux. Prune Berge nous montre que les enfants n'appartiennent qu'à eux-mêmes, qu'ils se construisent à travers les adultes, mais pas comme eux. On peut éventuellement tendre l'arc pour faire en sorte qu'ils évoluent de la meilleure des façons, mais après, on ne maîtrise pas grand-chose. Et ça, c'est vrai aussi bien pour un enfant adopté que pour un enfant biologique."

Une mise en scène dépouillée
"J'ai essayé de donner dans la simplicité", confie-t-il, "de créer quelque chose de presque cinématographique, comme des gros plans sur les visages, les bustes, car le reste, finalement, n'a pas trop d'importance. Avec des mouvements eux aussi dépouillés, lents, qui ne détournent pas l'attention du texte, de la voix des personnages". Si son souci a été de mettre en avant les interprètes, c'est sans doute parce qu'il se définit plus comme un metteur en place, un directeur d'acteur que comme un metteur en scène-scénographe. "Je pense que le principal travail d'un metteur en scène est d'aller faire chercher aux comédiens la justesse au fond d'eux-mêmes, pour qu'ils soient le plus près possible de la vérité du texte. Car, pour moi, le théâtre, c'est avant tout l'auteur et les interprètes. Si j'avais créé une scénographie trop lourde, trop élaborée, j'aurais sans doute tué la profondeur de cette pièce, ce qu'elle a de plus beau à proposer."


Ysabelle Lacamp :
"Si je n'avais jamais joué,
je ne serais jamais devenue écrivain"

Très tôt plongée dans le monde de la littérature (elle est la fille de l'écrivain Max-Olivier Lacamp et d'une mère coréenne), c'est par hasard qu'elle fait ses premiers pas de comédienne, à 22 ans. Mais, un jour, les Lettres la rattrapent. Devenue romancière, Ysabelle Lacamp n'en prend pas moins de plaisir à renouer avec son premier métier car, pour elle, "la comédie et l'écriture sont extrêmement liées". Interview.

Vous publiez plus de livres que vous ne jouez
la comédie. Pourquoi votre carrière
de romancière a-t-elle pris le pas sur celle de comédienne ?
Sans doute parce que je me suis très vite sentie mieux dans ma peau d'écrivain que dans ma peau de comédienne. Je suis quelqu'un d'introspectif, de lent. Ça me convient donc très bien de rester dans ma tanière, de ne pas trop m'exposer... Et puis, comme j'ai un physique typé, on m'a proposé beaucoup de personnages déterminés par mon "écorce". En tant qu'actrice, j'étais prisonnière d'un carcan, alors que l'écriture a tout de suite représenté, pour moi, une grande liberté. Vous savez, quand on est jeune et asiatique, on vous offre souvent des rôles de fleurs de bitume. Ensuite, avec l'âge, ce sont des rôles d'asiatiques aux ongles longs, derrière un tiroir-caisse ! (Rires.)

Comment en êtes-vous finalement arrivée à écrire ?
Je dois dire que j'ai toujours eu des désirs d'écriture. Mais, je crois que si je n'avais jamais joué, je ne serais jamais devenue écrivain. Car, paradoxalement, même si je me sentais enfermée dans mon "écorce", mes rôles de comédienne m'ont permis de la transcender, de pratiquer de petites fissures dans la muraille, des brèches. Ça a été long, j'ai joué assez longtemps, des choses pas toujours intéressantes, surtout à la télévision. Mais, petit à petit, j'ai crevé mes fausses pudeurs et me suis mise à écrire. Mon premier roman (Le Baiser du dragon, 1987, ndlr), a bien marché, j'ai donc décidé de continuer.

Vos deux activités correspondent-elles à deux parties distinctes de votre personnalité ?
Je l'ai longtemps cru, mais en réalité, ce n'est pas le cas. Car, pour moi, la comédie et l'écriture sont extrêmement liées, comme des vases communicants. Lorsqu'on écrit, on est pris par la musicalité des mots et cette musique, elle amène à jouer. Si on se trouve réellement immergé dans l'écriture d'une scène de roman, on est complètement dans la peau de ses personnages. Je dirais même que l'on retrouve l'espèce de sensation orgasmique que l'on ressent quand on est sur scène. Et puis, de l'autre côté, lorsqu'on joue, comme lorsqu'on écrit, on dépasse l'exposition, la mise en avant de soi. Sinon, ça n'a aucun intérêt...

Qu'est-ce à dire ?
Je pense que, sur scène, on est dans un état réel de solitude, comme quand on écrit. C'est la solitude des grands fonds. Mon expérience du théâtre est assez limitée, mais il me semble que lorsqu'on est totalement immergé dans son rôle, on vibre, on est tout seul, on s'oublie totalement pour vraiment être le personnage.

Quel a été votre sentiment lorsque vous avez lu, pour la première fois, "T'es pas ma mère" ?
C'est d'abord l'auteur qui a réagi. Je me suis dit "zut !, j'aurais aimé écrire un texte comme ça." (Rires.) Parce que Prune Berge a une façon très lumineuse, très charnelle, très limpide de raconter cette histoire. Ce texte comporte des évocations poétiques tellement belles, des choses pragmatiques exprimées avec tellement de sensibilité, de rayonnement, qu'il prend corps très naturellement sur scène.

Vous n'avez jamais encore écrit pour le théâtre ?
Non, c'est vrai, mais je me dis que ça me pend au nez parce que j'adorerais ça ! Pour moi, ce serait sans doute la chose la plus difficile à faire...

Pourquoi ?
Parce que je suis quelqu'un d'assez désordonné, d'assez dispersé dans mes sensations... Je suis un peu "impressionniste". Et, finalement, écrire une pièce de théâtre, ce serait regrouper toutes mes perceptions pour parvenir au cœur des choses à dire. J'ai beaucoup de gens autour de moi qui me poussent à écrire une pièce et je recule toujours... C'est un peu comme arrêter de fumer ! (Rires.)

Si vous franchissiez le pas, quel type de théâtre écririez-vous ?
C'est difficile à dire... Par exemple, dans T'es pas ma mère, ce qui m'intéresse beaucoup, c'est cette faculté de parler de choses profondes très simplement, de trouver la juste expression qui peut susciter l'émotion. C'est vraiment ce que je trouve le plus touchant dans ce texte et, finalement, dans le théâtre en général.
* Éditions Actes Sud.
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/01/2005

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