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D.R.


“La Baignoire et les deux chaises”
Création d’un ovni théâtral
Le Théâtre du Rond Point accueille "La Baignoire et les deux chaises", feuilleton théâtral composé de 15 pièces et fragmenté en 5 soirées. Issues d'un concours regroupant une centaine de textes, les œuvres sélectionnées ont en commun : distribution, décor, durée, bande-son et une réplique imposée. Gilles Cohen (metteur en scène) et Pierre Aussedat (sur scène aux côtés de Marie Vialle et Philippe Hérisson) nous en disent un peu plus long sur cette aventure peu banale...
La naissance d'un feuilleton théâtral en cinq épisodes
"Tout s'est fait un peu par hasard", confie Gilles Cohen. "Nous avions, Jean-Michel Ribes et moi, le projet de travailler ensemble depuis longtemps et un jour, lors d'un dîner, il a lancé l'idée de ce concours, mais comme ça, en deux minutes, presque en rigolant !" Le directeur du Rond-Point imagine un ensemble de contraintes auxquelles se soumettront les auteurs-compétiteurs. Chaque pièce devra durer vingt minutes, faire intervenir une femme et deux hommes dans un décor composé d'une baignoire et de deux chaises, avec une bande-son se résumant à deux mugissements de vache et des dialogues comportant la réplique : "Ce yaourt est périmé." Immédiatement séduit, le metteur en scène relève le gant.
Trois comités de lecture (le ministère de la Culture, l'Association Beaumarchais, le théâtre du Rond-Point) proposent le challenge à une centaine d'auteurs et, une fois les copies rendues, émettent des avis consultatifs sur lesquels s'appuie l'équipe artistique pour effectuer la sélection finale. "On a vraiment choisi les textes que l'on aimait", précise Gilles Cohen, "individuellement, sans chercher à composer un ensemble. Et, au bout du compte, ils se révèlent assez différents les uns des autres. Car, évidemment, les auteurs ont des styles très personnels. Globalement, il y a tout de même beaucoup de pièces humoristiques,
d'humour noir, de tragi-comédies".
Répétition de théâtre, rapports mère/fils, père/fils, histoire de naissance, de création... Si les sujets traités sont variés, de nombreuses correspondances se tissent pourtant entre les différentes pièces. D'ailleurs, le metteur en scène a souhaité mettre en évidence la dimension feuilletonesque du projet. "Des tas de choses se répondent, rebondissent, aussi bien à l'intérieur d'une même représentation, que d'un soir sur l'autre. Par exemple, il y a une pièce qui s'intitule L'Amour d'une mère (de Raphaëlle Valbrune, ndlr). C'est l'histoire d'un garçon de 33 ans qui retourne vivre chez ses parents et qui se voit traité comme un bébé. Il y en a une autre, Taka (de Nathalie Fillion, ndlr), présentant un bébé qui grandit trop vite. Mais, bien sûr, ces deux pièces ne sont pas jouées le même soir, ce serait trop évident... C'est pour ça que je conseille aux spectateurs d'assister à l'ensemble des soirées ! (Rires) Ou alors à l'intégrale, qui aura lieu un samedi de 14 heures à 23 heures. Tous les auteurs seront présents. Le spectacle en tant que tel ne durera que cinq heures, mais de nombreuses pauses sont
prévues, pour boire, pour manger... Ce sera très festif !"

Un exercice artistique "vertigineux"

Participer à un tel projet est sans conteste une gageure artistique. Pierre Aussedat, qui incarne, comme ses deux partenaires, trois personnages par soirée (soit au total quinze rôles différents sur une semaine), avoue avoir eu le tournis lorsqu'il a réalisé l'ampleur de ce qu'allait demander, à chaque interprète, La Baignoire et les deux chaises. Quand on sait que le comédien affiche plus de quarante pièces au compteur (dont Baron de Jean-Marie Besset, mis en scène par l'auteur ; On ne sait comment de Luigi Pirandello, mis en scène par Michel Fagadau ; Rêver peut-être de Jean-Claude Grumberg, mis en scène par Jean-Michel Ribes, L'Heure à laquelle nous ne savions rien l'un de l'autre de Peter Handke, mis en scène par Luc Bondy...), on comprend qu'il ne s'agissait pas là d'une nervosité de jeunesse. "C'est, pour moi, une expérience sans précédent", déclare-t-il, "un exercice de folie absolue sur le plan de la concentration, de la mémoire, une gymnastique mentale et sensible incroyable... Lorsqu'on aborde un nouveau spectacle, il y a toujours, pour un comédien, une notion de traversée de l'Atlantique. Mais là, c'est encore plus fort, c'est vraiment le Cap Horn !".

Ayant déjà deux fois collaboré avec Gilles Cohen (dans Amoureuse de Georges de Porto-Riche et Les Martyrs du bonheur d'Henri Monnier), Pierre Aussedat n'a pas hésité une seconde avant de suivre le metteur en scène dans cette aventure théâtrale. En terre de connaissance et d'estime, il a dit oui presque instinctivement. Ce n'est, d'ailleurs, qu'après les premières séances de travail, qu'il a vraiment réalisé ce qui l'attendait. "Quand on a commencé à faire quelques lectures, j'ai eu le vertige, l'impression de me trouver devant une montagne ! Car lorsqu'on a une seule pièce et un seul personnage à jouer, ou même, à la rigueur, plusieurs personnages, mais dans une même pièce, sur une même écriture, il y a quelque chose de délimité, on entre au sein d'un seul univers. Tandis que là, on est dans les univers de quinze auteurs différents avec, bien sûr, une accumulation de styles très divers."
Vous l'aurez compris, passer ainsi d'un personnage à l'autre requiert, de la part des trois comédiens, une souplesse particulière. Mais finalement, une fois l'ensemble des rôles assimilés, digérés, c'est bien le même spectacle qu'ils composent, de soir en soir. "Ce qui me passionne dans cette histoire", conclut Pierre Aussedat, "c'est vraiment l'addition du tout, c'est le total de toutes les pièces ensemble, qui crée ce spectacle global intitulé
La Baignoire et les deux chaises. Et puis, ce qui me plaît aussi beaucoup, c'est que Gilles Cohen en a fait, avant tout, un spectacle d'acteurs et de personnages. Avec une place très importante donnée au groupe, à la cohésion et au dialogue entre nous tous. Et j'aime ça. J'aime travailler de cette façon-là".

15 auteurs

Pierre Bénézit, May Bouhada-Nordmann, Joseph Danan, Agnès Desarthe, Jean-Paul Farré, Léa Fazer, Christophe Ferré, Nathalie Fillion, Timothée de Fombelle, Jean-Daniel Magnin, Pierre-Yves Millot, Christophe Pagnon, Jacques Séréna, Sébastien Thiéry et Raphaëlle Valbrune.
Dossier par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/01/2005

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