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© Laurencine Lot


Jean Piat
La beauté du diable
Salieri, c'est lui. Face à Lorànt Deutsch en Amadeus, Jean Piat campe le compositeur jaloux du génie de Mozart dans une nouvelle adaptation de la pièce de Peter Shaffer que met en scène Stéphane Hillel au Théâtre de Paris. Portrait d'un monstre sacré.
Le théâtre c'est sa vie. Difficile de dire autre chose quand un homme a passé soixante ans sur les planches. Durant cet impressionnant parcours, Jean Piat a connu tous les honneurs et toutes les gloires de la scène, triomphant aussi bien dans le répertoire lors de son long séjour à la Comédie-Française que dans un registre plus contemporain et léger depuis son départ de la grande maison, sans oublier la popularité acquise grâce à une télévision qui, elle aussi, l'a particulièrement bien servi. "Si je résume, dit-il, j'ai toujours fait ce qui m'amusait. Je n'ai jamais galéré : j'ai toujours joué, fait de la radio... Tout n'a pas été facile, mais quand même... J'ai
illustré et exploré toutes les passions humaines possibles par le biais du théâtre, de la télévision, du disque."
À 80 ans, Jean Piat a conservé une vivacité et une forme éclatantes, ainsi qu'une allure que nombre de ses cadets sont en droit de lui envier. Sans parler d'une envie de jouer toujours aussi insatiable. "J'ai le bonheur d'avoir la santé nécessaire pour assumer ce métier. Le jour où je ne me sentirai plus montrable en scène, j'arrêterai. On a sa petite fierté. Mais je veux prendre ma retraite quand je le déciderai. De toute manière, j'ai toujours pensé que le plus important dans ce métier c'était de durer : l'essentiel c'est de se dire "On meurt debout ! ". Aujourd'hui, le bonheur c'est de pouvoir me dire : j'ai soixante ans de maison et on me demande encore !"

Le voilà donc prêt à relever un nouveau défi, ce rôle terrible et magnifique de Salieri immortalisé par F. Murray Abraham dans le film de Milos Forman. "La pièce s'éloigne du film qui est une illustration biographique de Mozart et de son génie musical. La pièce développe une autre idée : cette colère d'un idéaliste, Salieri, contre Dieu avec lequel il a passé un marché - "donne-moi le pouvoir et le talent d'écrire une musique divine et, en retour, je ferai le bien et je te servirai" -, et qui un jour entend une musique véritablement divine venant d'une voix qui parle de merde. Il se sent trahi par Dieu en raison du succès de Mozart et il fera tout pour le détruire. Le drame de Salieri, c'est d'être le seul à Vienne à reconnaître le génie de Mozart, et il en crève ! Ça rejoint pour moi le même ressort psychologique que celui qui mène Robert d'Artois dans Les Rois maudits : il va jusqu'au crime pour récupérer sa terre. Salieri, lui, est prêt à vendre son âme au diable... Il s'agit ici d'une nouvelle version de la pièce, raccourcie par l'auteur : elle a une violence qu'elle n'avait peut-être pas à la création, ainsi que beaucoup d'humour."

Face à Jean Piat-Salieri, Amadeus est incarné par Lorànt Deutsch, jeune comédien surtout connu pour des comédies pour ados au cinéma, autant dire l'exact contraire d'un Jean Piat façonné à l'école de Molière. "C'est Stéphane Hillel qui est responsable de ce choix. Cette opposition est indispensable, elle est le sujet même de la pièce. Il fallait cette énergie, cette force, ce charme insolent et irrespectueux de la jeunesse pour figurer Mozart. On s'entend bien, on a la même attitude : on tâtonne, on patauge, on apprend, on découvre. De toute manière, quand on débute une pièce, on est toujours un débutant."
Cela fait donc six décennies que cela n'en finit pas de débuter pour Jean Piat, acteur qui n'a jamais quitté les planches bien longtemps, enchaînant les tournées à travers le monde du temps du Français et multipliant les succès (des centaines de représentations presque à chaque fois) depuis sa reconversion au Boulevard. "La passion d'exercer ce métier, elle vous conforte, elle vous enrichit en permanence. La passion du travail est une vertu et un bonheur. Cette passion, je l'avais plutôt moins à mes débuts. C'est en faisant ce métier que j'ai découvert ses bonheurs, et plutôt plus depuis que je ne suis plus au Français où on fait partie d'un destin collectif. À partir du moment où je l'ai quitté, je me suis rendu compte que c'était ma responsabilité qui était en jeu."
Cette responsabilité, l'éternel séducteur Jean Piat a su toujours en user pour se renouveler et tenter de nouvelles expériences. La télévision. L'écriture de romans. Le chant. Mais ni mise en scène ni vraiment de cinéma. "Le seul regret que j'ai, c'est de ne pas avoir trouvé au cinéma l'équivalence de qualité de ce que j'ai eu au théâtre et à la télévision. Mais on n'a pas droit à tous les destins. Quant au théâtre, je n'ai jamais dit "Je vais me débrouiller pour faire monter ça ou ça", j'ai toujours laissé les rôles venir à moi. Et puis, vous savez, quand on est très bien servi par la vie, on fait moins d'efforts..."

Jean Piat en quelques dates
1924 : naissance à Lannoy, dans le Nord.
1944 : premiers pas sur les planches.
1947 : entrée à la Comédie-Française et débuts en fanfare avec Le Barbier de Séville.
1960 : triomphe personnel dans Ruy Blas.
1966 : après quelques tentatives peu fructueuses au cinéma, s'impose avec panache à la télévision avec le feuilleton Lagardère.
1972 : quitte la Comédie-Française et tourne Les Rois maudits, son rôle le plus célèbre, pour le petit écran.
1973 : joue Le Tournant de Françoise Dorin : 900 représentations !
1986 : succède à Brel dans L'Homme de
la Mancha, rôle pour lequel il apprend à chanter.
1989 : publie son premier roman, Le Parcours du combattant.
2002 : début d'une longue série de représentations de Prof !
2005 : Amadeus.
Portrait par Didier Roth-Bettoni
Paru le 24/01/2005

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