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Robin Renucci
D.R.
Robin Renucci
Le grand retour du séducteur. Un père retrouve son fils après un an de séparation et, pour la première fois de leur vie, ils se parlent… Pour sa rentrée théâtrale, Robin Renucci a choisi la première pièce d’un jeune auteur, Le Grand Retour de Boris S., de Serge Kribus, où il a pour partenaire Michel Aumont. Rencontre avec un acteur qui fait tout avec passion.
Robin Renucci est un stakhanoviste. C'est lui qui le dit : « Je ne crois qu'au travail, au vrai travail. Ça ne m'intéresse pas d'aller frimer. »
Nous sommes au tout début de l'été et c'est vrai que le programme pour lui est chargé, à mille lieues des plages et du farniente. Premier temps : les premières répétitions du Grand Retour de Boris S., une pièce de Serge Kribus qu'il jouera au théâtre de l'Œuvre à partir du 5 septembre. Second temps : l'organisation et la direction des IIIe Rencontres internationales de Haute-Corse, en août, son bébé, sa passion dévorante. Troisième temps : de nouvelles répétitions de « ... Boris S. » avant d'entrer en scène aux côtés de Michel Aumont. « Je dors très peu », croit-il bon de préciser et on le croit volontiers.
La quarantaine séduisante et souriante, Robin Renucci ne change pas ou si peu. Cela fait près de deux décennies pourtant qu'on l'a découvert et que le cinéma a commencé à lui faire les yeux doux. Fort Saganne, Escalier C, Masques, L'Amant magnifique... Il est un des nouveaux visages des années 80, allure romantique, charme discret, élégance parfaite. Durant toute cette période, il garde pourtant toujours un pied au théâtre où Roger Planchon, Patrice Chéreau, Jean Mercure, Jean-Pierre Miquel le dirigent dans des pièces signées de noms aussi divers que Dubillard, Shakespeare, Jules Romains ou Ferenc Molnar. Le point d'orgue de cette période, la consécration, c'est le prix Gérard-Philipe que lui vaut son Don Camille dans Le Soulier de satin de Claudel, mis en scène par Antoine Vitez en 1987. Depuis, si son activité cinématographique s'est réduite au profit d'une belle carrière à la télévision (deux Sept d'or consécutifs tout de même, en 1994 et 1995), Robin Renucci ne s'est jamais éloigné longtemps des planches. La longue tournée au cours de laquelle il a interprété, de 1996 à 1999, François Truffaut, correspondance prouve même le contraire : « Le théâtre, c'est ce qu'il y a de plus important pour moi en ce moment », dit-il. Et là encore, on n'a pas de mal à le croire. Car il en faut de la passion pour créer et orchestrer une manifestation comme les Rencontres de théâtre de Haute-Corse, formidable aventure théâtrale dans cette région qui est la sienne, celle « où (mes) enfants vont à l'école » et où il fait germer, au cœur même des villages les plus reculés, des dizaines de spectacles de tous ordres auxquels la population est appelée à s'associer. Lorsqu'il en parle, Robin Renucci est intarissable, on sent toute son énergie tournée vers un désir de donner un second souffle à l'histoire de la décentralisation théâtrale initiée par Vilar, Copeau, Dasté et tant d'autres. « J'ai envie d'être le serviteur d'une histoire qui m'a beaucoup donné. »

Au moment où paraît ce numéro, c'est presque de l'histoire ancienne pour Robin Renucci. L'actualité pour lui, c'est cette première pièce d'un jeune auteur, Serge Kribus, qu'il défend, là encore, avec fougue. « C'est l'histoire de retrouvailles d'un père et de son fils. La pièce commence lorsque le père arrive chez son fils, qu'il n'a pas revu depuis un an, depuis la mort de la mère, pour s'y installer. S'il y a entre eux un an de silence — et beaucoup de non-dits venus du passé —, il y a eu aussi des changements dans la vie du fils : depuis quinze jours, il a successivement perdu sa femme qui l'a quitté et son travail de dessinateur industriel.
Le propos de la pièce est passionnant et me touche beaucoup : c'est la question de l'identité. Ici, l'identité juive : qu'est-ce qu'être Juif ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Pour moi, l'identité corse... » La façon dont il en parle laisse supposer une pièce à la fois tendue comme un huis clos — y plane l'ombre des camps de concentration, la difficulté à se dire qu'on s'aime... — et légère par la grâce de l'écriture. « C'est formidable de découvrir des strates très nombreuses dans l'écriture de personnages. Serge Kribus, qui est acteur lui-même, écrit pour les acteurs, ça se sent. C'est fait pour que les acteurs s'amusent à émouvoir. Il y a beaucoup de sensibilité, de vitalité dans la pièce car les personnages pensent vite, sont volubiles et toujours lumineux. Les mouvements d'âmes, les souffrances sont certes là, mais la pièce ne s'appesantit jamais. »

Le Grand Retour de Boris S., c'est aussi l'occasion pour Robin Renucci de retrouver deux vieux complices : Marcel Bluwal, le metteur en scène, qui l'avait déjà dirigé sur scène au début des années 80 — « C'est lui qui m'a amené la pièce. Il me connaît bien... » — et Michel Aumont qui joue le père. « Nous avons une vraie alchimie avec Michel : nous avons souvent joué le père et le fils. »

Belle affiche, beau sujet, belle passion de comédien : Le Grand Retour de Boris S. mérite toute notre attention.


Le Grand Retour de Boris S., de Serge Kribus, mise en scène de Marcel Bluwal, avec Robin Renucci et Michel Aumont. Théâtre de l'Œuvre à partir du
5 septembre.
Portrait par Didier Roth-Bettoni
Paru le 01/09/2000

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