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D.R.


“Feydeau, c’est fou !”
Ils sont tous fous de Feydeau... Nous aussi ! Au théâtre de la Porte Saint-Martin, Tilly met en scène Valérie Mairesse et François Morel dans "Mais n'te promène donc pas toute nue" et "Feu la mère de madame", signées du maître du vaudeville. Théâtre du rire, théâtre de caractère, leurs interprètes se confient.
Valérie Mairesse :

Feydeau est un orfèvre

Une formidable chevelure, deux yeux de braise, une voix inimitable : Valérie Mairesse n'a pas son pareil au cinéma, à la télé ou sur scène ! "Cette voix, j'ai mis du temps à l'aimer. Longtemps je n'ai pas trouvé que c'était un atout. Mon rêve aurait été d'avoir celle de Maria Casarès ou de Marlene Dietrich !" Pour interpréter les deux personnages, dans les pièces de Feydeau qu'elle joue, elle en use. Un ton haut perché pour la femme frivole, un ton plus bas pour la virago qui gourmande son mari. "Il faut aussi du coffre." La première femme qu'elle campe est naïve, gentille, amoureuse : "C'est comme ça que j'aurais voulu être, que l'on croie que je suis ! La seconde, j'ai eu plus de mal à la trouver, mais c'est très jubilatoire de jouer une odieuse ! J'adorerais jouer une femme qui tue, parce que c'est des trucs que l'on ne peut pas faire ! Dans la vie je n'aime pas du tout être cette femme qui emmerde son mari, mais qu'est-ce que c'est bon de le faire sur scène !"

Se réconcilier avec le théâtre

Valérie Mairesse est heureuse de pouvoir tout jouer. Trop longtemps, elle a souffert que ne lui soit pas donnée la possibilité d'exprimer toute sa palette de comédienne. Des débuts heureux au café-théâtre avec le Splendid. La période faste du genre et, surtout, une belle formation sur le tas. Dans les années 80, elle joue La Femme du boulanger sous la direction de Jérôme Savary. L'expérience lui laisse un goût amer : "Un faux beau rôle, j'en étais très fière sur le moment, c'était le rôle-titre, mais je n'ai rien appris, ça m'a beaucoup frustrée. J'étais la petite starlette à la mode après Banzaï... mais ce n'est pas ça qui m'a donné l'amour du théâtre, surtout pas !" Il lui faudra attendre d'être mise en scène par Daniel Benoin en 1993 dans Le Prix Martin, pour se réconcilier avec les planches : "J'y allais vraiment à reculons. J'ai beaucoup travaillé et j'ai commencé à éprouver du plaisir sur scène. Après, il m'a réengagée pour Quadrille de Guitry, et c'était parti !, le déclic était fait."

Jouer Feydeau

Jouer Feydeau, c'est une idée de François Morel. Elle l'en "remerciera toute sa vie". "Pour moi, Feydeau était un peu poussiéreux et tellement massacré dans les cours. Mais c'est extraordinaire. La situation, l'ensemble est drôle. C'est un orfèvre ! Mais si c'est mal joué, ce n'est pas bon. C'est écrit pour les acteurs, mais il faut être à la hauteur du texte. Ce sont des vases communicants." Avec Tilly comme metteur en scène, elle s'est sentie dirigée : "Je suis de la pâte à modeler pour un metteur en scène, mais il faut que ce soit un très bon metteur en scène, car je considère que je suis une très bonne pâte à modeler. Tilly c'est idéal, c'est un grand." Le bonheur, quoi !



François Morel :

"Ne pas chercher à être plus
malin que l'auteur"

François Morel n'est pas sûr de passionner un journaliste : "Un comédien, ce n'est pas très intéressant, un truand qui fait du théâtre, ça l'est plus !" Pourtant, la carrière de François Morel, longtemps liée aux fameux Deschiens de Jérôme Deschamps et Macha Makeieff, a de quoi susciter l'intérêt. "À l'époque, j'évoquais avec Jérôme Deschamps mes envies de jouer Feydeau, ces grandes pièces à gags comme La Puce à l'oreille, Le Dindon. Mais ça ne s'est pas fait, Jérôme racontait l'absurdité du monde autrement que les pièces de Feydeau."

Un projet d'acteurs

Maintenant, il réalise son désir. Sa rencontre avec Valérie Mairesse, sur le tournage d'Un couple épatant de Lucas Belvaux, a été un coup de foudre professionnel : "On a eu envie de continuer ces scènes de comédie que l'on avait ensemble et qui n'étaient pas très
nombreuses. Elle a un sens de la comédie
formidable. On a l'image d'une fille sympa qui fait des émissions de télé, mais c'est une grande comédienne. On s'est dit que ce serait bien que l'on trouve une pièce à jouer ensemble." Et Feydeau revient à l'horizon. Deux courts actes, un théâtre de caractère, de situation, loin des maris trompés, des amants dans les placards et de la mécanique des grandes pièces. François Morel est ravi de cette sélection, les plus noires pièces de Feydeau. "Avec Tilly à la mise en scène, on a fait le choix de quelqu'un qui, comme Feydeau, est un fou de la précision." La pièce a donc été créée l'hiver dernier à La Rochelle, et a connu très vite une belle carrière en tournée, jusqu'aux planches parisiennes cet automne.

Une mécanique d'écriture

François Morel endosse dans la première pièce l'habit d'un député ambitieux, et dans la seconde il interprète un mari qui s'ennuie dans son ménage et qui a envie d'aller faire la fête ailleurs. "On rit toujours à partir de choses graves ou cyniques, sinon ce ne sont que des histoires marseillaises ! J'aime bien que cela touche à des choses sensibles. Il n'y a pas d'humour qui ne soit de l'humour de dérision. Ici, il y a une mécanique d'écriture, pas forcément de situation. Ce n'est pas un théâtre dont on pourrait retirer des mots d'auteurs, mais cela fait rire car une réplique vient précisément après une autre, et que la mécanique d'écriture joue son rôle. Il y a un rythme. Et une cruauté aussi, une méchanceté dans les dialogues qui me font beaucoup rire."
Sans s'attarder sur des mises en scène récentes de Feydeau - tombées à plat -, François Morel laisse comprendre qu'il se situe, avec son équipe à un autre niveau. "Entre la prétention de certaines salles publiques et le relâchement de certaines salles privées, il y a moyen de trouver une place."


Tilly :

"Jouer Feydeau comme c'est écrit"

Comment monte-t-on un Feydeau ?
On monte un Feydeau comme c'est écrit. Il ne faut pas faire de la dramaturgie comme si l'on mettait en scène Marivaux ou Ionesco. J'ai monté ce spectacle exactement comme Feydeau l'a prévu. Tout est indiqué par l'auteur dans le texte : les entrées, les sorties, les portes, la place du lit... Éric Guérin a conçu une scénographie magnifique de grand magasin où les meubles roulent pour se déplacer. Comme il y a deux pièces qui se succèdent rapidement l'une derrière l'autre et qu'il n'y avait aucun entracte, il fallait organiser le passage du décor de l'une à l'autre en un temps record. Le travail que j'ai effectué est plus un travail de chef d'orchestre que de metteur en scène, un travail de rythme. La mise en scène, elle, est réalisée par Feydeau et si on ne la suit pas, on ne fait pas rire. Par le passé, Charron et Hirsch à la Comédie-Française avaient monté Feydeau d'une façon formidable, comme c'était écrit. On l'a déjà jouée cinq mois dans des salles de 1500 places devant des publics très différents, même extrêmement jeunes, et ça fonctionne. C'est du délire !

Feydeau semble être très à la mode ces derniers temps.
Feydeau était régulièrement joué à la Comédie-Française. Il est un peu passé du Boulevard au théâtre subventionné. Stanislas Nordey, Jean-Michel Rabeux et moi-même l'avons chacun proposé dans le subventionné. Je me suis amusé à monter ces pièces, dès la première lecture j'ai ri. Ce sont des textes qu'il a écrits à la fin de sa vie, des petits personnages, du pur divertissement, intelligent, brillant, drôle. Ce n'est pas déshonorant du tout de jouer cela. Je suis très content de le monter, comme je suis heureux de monter À la folie, pas du tout au théâtre de l'Atelier et comme je serai content de monter Ibsen ou Tchekhov.

Vos comédiens disent de vous que vous êtes un homme précis...
Je ne dirige pas les acteurs, un acteur ne se dirige pas. On lui indique ses déplacements, les choses viennent seules. Je travaille sur la forme, le fond vient des comédiens. À la manière d'un peintre ou d'un musicien, je grossis le trait au départ pour ensuite resserrer de plus en plus, il faut que tout soit réglé au bon moment, au millimètre près. Quand je commence une mise en scène, je ne sais pas où ça me mènera, mais après je l'affine, je découvre des choses, il faut aussi laisser les comédiens vivre et respirer, prendre leurs marques. Plus on maîtrise tout, plus on est exigeant, plus on est libre. C'est paradoxal. Si ça marche sur le public, c'est grâce à cela. Feydeau a tellement bien vu les choses, pourquoi inventer autre chose ? J'ai fait un travail dont je suis très fier.
Dossier par François Varlin
Paru le 06/12/2004

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