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D.R.


Marie-Paule Belle
31 ans de carrière, 10 ans de piano-voix
Marie-Paule Belle et le théâtre de Dix-Heures, voilà une histoire née il y a tout juste dix ans. En 1994, c'est là qu'elle décide, pour la première fois, de dépouiller son style et d'apparaître au plus nu avec, pour seul compagnon de scène, un piano. La réussite est totale. Aujourd'hui, fidèle à ce lieu qui l'a également vue
triompher dans son récital "Barbara", elle chante ses propres chansons. Vous le savez depuis longtemps : elle n'est pas parisienne... C'est donc à Neuilly, chez elle, que nous l'avons rencontrée.
Après avoir interprété les chansons de Barbara, vous revenez au théâtre de Dix-Heures, dans votre répertoire. De quoi se compose ce nouveau tour de chant ?
D'anciennes chansons, mais aussi de cinq ou six nouvelles, complètement inédites, écrites par ce que j'appelle notre trio infernal : Françoise Mallet-Joris, Michel Grisolia et moi-même. C'est l'équipe de mes débuts. Ensemble, nous avons créé La Parisienne, Berlin, les années 20... Ça a vraiment été un plaisir fou de nous retrouver.

Justement, au sujet de ces anciennes chansons, qu'est-ce qui a guidé votre choix ?
J'ai essayé de tenir compte des demandes du public. À la fin de chacun de mes spectacles, les gens viennent me parler, me dire quelles chansons ils préfèrent, dans quelles versions...

Vous entretenez donc des rapports assez proches avec eux ?
Oui, et je trouve extraordinaire qu'après plus de trente ans de métier, ils soient toujours là ! J'ai une chance formidable, mon public est très fidèle. Même si je m'aperçois, qu'il y a aussi beaucoup de nouveaux. Je vois des personnes de ma génération, mais aussi des plus jeunes, qui ont dû me découvrir grâce à leurs parents. Je me rends compte, aussi, que les goûts du public ont évolué.

En quoi ont-ils évolué ?
Au début de ma carrière, c'était le côté pétillant, excité, qui plaisait beaucoup. Maintenant, c'est plutôt l'autre facette de ma personnalité, le côté plus grave, les aspects plus émouvants. Je pense que le fait d'avoir chanté le répertoire de Barbara a accentué cette tendance-là. Car les gens qui m'ont redécouverte au moment de ce récital devaient toujours m'imaginer avec une tête bouclée, sautillant sur un tabouret !

Alors, quelles anciennes chansons le public vous a-t-il réclamées ?
Souvent, des titres qu'on ne trouve plus du tout, dans aucune compilation. Ce sont plus des chansons de scène que des chansons radiophoniques. Elles sont très peu passées sur les ondes, à l'époque de leur sortie, encore moins maintenant, comme vous pouvez l'imaginer ! C'est très étrange, d'ailleurs, parce qu'on donne la priorité au marché des ados. Mais, le baby-boom, c'est ma génération, quand même ! Alors à un moment donné, il faudra bien que les diffuseurs essaient de trouver quelque chose qui convienne aux gens de mon âge ! (Rires.) Enfin, dans ce nouveau tour de chant, il y aura aussi des choses que je n'avais jamais chantées sur scène. Des chansons qui, même si elles ont été écrites il y a vingt ou vingt-cinq ans, ont conservé une extrême actualité par rapport à ce qui se passe dans le monde.

Du milieu des années 1980 au début des années 1990, vous êtes un peu sortie de la scène médiatique. Que s'est-il passé ?
À cette époque, mes ventes de disques ont commencé à baisser. Suite à ça, je n'ai pas sorti d'album pendant près de dix ans. Je n'avais plus de producteur, plus de maison de disques. Et comme je n'ai jamais arrêté de tourner, je n'avais pas tellement le temps de m'occuper de ça. Je chantais sans arrêt, je ne me rendais donc pas vraiment compte de ce manque médiatique. Et puis un jour, dans un magasin, une dame m'a dit : "Ah, j'aimais tellement ce que vous faisiez !" Elle parlait de moi à l'imparfait, comme si j'étais morte ! Ça a été un choc... Je me suis dit qu'il fallait que je fasse quelque chose.

Mais avant ça, vous n'aviez pas envie de revenir chanter à Paris ?
Que ce soit en province, en Belgique, en Suisse ou au Québec, j'éprouve toujours le même plaisir à chanter. C'est vrai que Paris me manquait, mais il me fallait une actualité pour revenir. Et comme j'étais tout le temps sur les routes, trouver du temps pour composer de nouvelles chansons était un réel problème. Il a donc fallu que je m'arrête un peu pour écrire un nouveau tour de chant et chercher à l'enregistrer.

Avez-vous eu, un jour, la tentation de changer de genre ?
Oui, il y a eu une période où j'ai essayé de m'adapter, de changer de style, de faire des choses plus rythmiques. Mais ça n'a pas trop marché. Car mon truc, c'est avant tout la mélodie classique, très mélodique, qui vient soutenir des textes parfois graves. Ou alors, pour mes chansons humoristiques, c'est une musique presque rétro, qui accentue le côté drôle des mots. Je me suis donc aperçue qu'au lieu d'essayer de changer, il fallait que
j'enfonce le clou dans ce qui m'était le plus personnel. Et c'est pour ça que le piano-voix a trouvé un tel écho auprès du public, parce qu'on ne peut pas être plus à nu que seule sur scène, on est obligé d'aller au fond de soi-même, de montrer la plus grande sincérité.

C'est donc le piano-voix qui a relancé votre carrière ?
Oui, absolument. Et puis le récital Barbara, qui a déclenché une tonne de concerts en France et à l'étranger. Cela faisait des années que je n'avais pas tourné à un tel rythme .

Votre performance a également été encensée par la critique, ce qui ne gâche rien,
je présume...
(Rires.) Non, c'est vrai. Mais je vous assure que ce n'était vraiment pas gagné d'avance ! On me l'a caché à l'époque, mais avant même que le spectacle ne commence, des journalistes téléphonaient à la production pour dire que c'était une hérésie, que personne ne devait toucher à Barbara. Comme si je voulais faire de l'or sur son dos ! Alors que ma démarche était complètement admirative, respectueuse. C'était vraiment un élan de tendresse et d'amour à son égard, puisque c'est elle et Brel qui m'ont donné envie de chanter.

Vous avez souvent déclaré que, le temps passant, vous deveniez de plus en plus la femme et de moins en moins le personnage. Qu'est-ce que cela signifie ?
J'ai créé un personnage un peu exubérant car je n'avais pas trop confiance en moi. Au départ, on monte sur scène parce qu'on est mal dans la vie, parce que c'est le seul endroit où l'on peut faire passer des choses que l'on ne peut pas faire passer dans la vie. C'est un cri qui dit : "Aimez-moi, regardez-moi !" Aujourd'hui, je n'ai plus besoin de plaire à tout prix. Et je me suis d'ailleurs rendu compte qu'en étant plus moi-même, je plaisais encore davantage.

Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 20/12/2004

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