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© D. Michau


Samuel Labarthe
Il y a du Cary Grant, du Vittorio Gasmann, du Gérard Philipe chez ce magnifique comédien. La télévision et le cinéma ne l'ont jamais totalement détourné du théâtre, qu'il considère comme la base même du métier.
Il est grand, a un regard de velours, des traits réguliers, une voix harmonieuse, la belle quarantaine. Dans le jargon du métier, c'est un "jeune premier". Ce n'est plus à la mode. Il arrive peut-être trop tard avec son physique, mais au moins, il n'est pas tombé dans le commercial. "Je me suis battu. J'ai fait des choix. J'ai eu la chance de faire ce que j'aimais." Le principe des vedettes jetables créées de toutes pièces l'exaspère. "L'intérêt médiatique va avec l'air du temps et non la valeur des gens. Aujourd'hui, ce sont les annonceurs qui décident. Ils font du commerce et non de l'artistique." Il reste optimiste. "Les gens ont encore envie d'écouter des histoires et de rêver. C'est ce qu'on fait au théâtre."

"Au théâtre, on fait rêver"
L'art théâtral est sa passion. "Sans le théâtre, je ne vis pas !" S'il n'avait fait que de l'image, il aurait sans doute arrêté le métier. "Le théâtre m'a tout appris et m'a aidé à me remettre en question d'une façon saine." Il s'est initié dans de nombreux cours, avant de terminer au conservatoire. Un long parcours du combattant pour celui qui avoue avoir été un véritable cancre. "Je déteste tout ce qui est école." Drôle de remarque de la part d'un père de trois enfants ! Cet autodidacte me rassure : "Je ne suis pas contre l'enseignement, au contraire. C'est le côté scolaire qui m'a toujours rebuté. J'aime énormément apprendre et j'aurais sans doute pu être un étudiant doué. C'est un peu comme croire en Dieu, mais être contre la religion." Au conservatoire, il étudie avec Michel Bouquet et Gérard Desarthe. Avec Bouquet, il découvre la théorie. Avec Desarthe, l'admiration de l'élève s'est muée en amitié. Il lui doit ses premiers pas sur scène, avec Le Cid et Le Partage de midi. Nous évoquons la guerre fratricide entre subventionné et privé. "C'est toujours du théâtre ! Il faut faire un vrai brassage. Tout ça c'est du snobisme !" Son modèle est le Théâtre Populaire, celui de Vilar, de Planchon. "Il faut faire du théâtre pour le public et pas pour autre chose." Lorsqu'il était au conservatoire, c'était l'âge d'or du subventionné, avec Chéreau, Vitez, Vincent. "Cela faisait rêver !" Il insiste sur le fait qu'il existe des théâtres privés, des producteurs, comme Théâtre Actuel, qui osent prendre des risques. Les productions ont la possibilité de durer et d'être vues par le plus grand nombre. "Des comédiens du subventionné sont souvent surpris et se demandent comment l'on arrive à jouer 500 fois et en parvenant à garder le spectacle frais tous les soirs." Ce qui lui est arrivé avec La Boutique au coin de la rue. Un spectacle qui tient du "phénomène" car ce n'était pas gagné d'avance. Pour certains rôles, la durée est difficile. Ce fut le cas avec La Chatte sur un toit brûlant. "C'était violent. J'étais en état de choc tous les soirs. Il faut se recharger après. On se fait mal."

Un artiste fidèle
C'est un artiste fidèle, à lui-même, à ses rêves, à ses désirs et, surtout, aux gens. Rue de Babylone, la pièce de Jean-Marie Besset qu'il joue au Montparnasse, avec Robert Plagnol, est une histoire de fidélité. À Jean-Marie Besset qu'il aime beaucoup et avec lequel il a souvent travaillé. Au théâtre Montparnasse et à Myriam de Colombi. À un rêve de jeune homme : travailler avec Jacques Lassalle. "Avec Rue de Babylone, je reviens à mes premières amours." Son autre actualité est le film de Jacques Otmezguine, Trois couples en quête d'orage. 2004-2005, l'année Labarthe. C'est tout le bien que nous lui souhaitons.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 25/10/2004

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