Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Philippe Cibille


Les petites scènes
Dans notre exploration des petites salles, nous vous présentons deux lieux riches en créations : le théâtre du Funambule et le théâtre Essaïon qui fête une nouvelle directrice enthousiaste Marie Fabry.
Théâtre Essaïon
Marie Fabry fait son cabaret

Grâce à Marie Fabry, Saint-Germain-des-Prés est passé rive droite ! Au pied de Beaubourg, au théâtre Essaïon, très exactement, qu'elle dirige depuis un an. À la veille de cet anniversaire, Marie Fabry nous convie à une visite des lieux.

Très maîtresse de maison, Marie Fabry est aux commandes des deux salles de l'Essaïon et s'en trouve bien. Pourtant, rien ne vouait cette femme brune avec son sourire plein de charme aux métiers de la scène et de la chanson. Native du Quartier latin, où elle déplore un peu la disparition des librairies et cafés d'antan au profit des boutiques de vêtements, celle qui aimait l'opéra, la chanson et le théâtre, se destine à une autre forme de spectacle : le barreau. Avocate dix années durant, puis responsable d'un groupe de protection sociale paritaire, elle rêve en secret d'ouvrir un cabaret rive gauche. Il y a deux ans, elle enfourche son scooter, se met à sillonner Paris à la recherche de l'endroit rêvé. Des professionnels du spectacle, elle en a rencontré ! Des caves, des restaurants, elle en a visité ! Elle envisage même de s'installer sur une péniche, mais renonce de peur d'y avoir (et le public aussi) le mal de mer... Elle apprend alors que l'Essaïon est disponible : un lieu tout en caves, distribuant deux salles de spectacles, une de cent places avec des sièges en gradins classiques et l'autre de soixante-dix places, voûtée, flanquée de piliers médiévaux.

Du vin et des chansons
"Je voulais créer un lieu festif à vocation culturelle ! Mon but était de recréer un cabaret-chansons à la façon de ceux de l'époque de Saint-Germain-des-Prés. Je rêvais. Aujourd'hui, je ne suis pas loin d'avoir gagné mon pari !" Et le coup d'essai à l'Essaïon se transforme en coup de maître ! "Un an après, ça marche vraiment bien, j'ai une équipe généreuse et nous travaillons beaucoup", s'écrie-t-elle. Le public est au rendez-vous : chaque soir se donnent une pièce de théâtre et un spectacle musical dans la première salle, la seconde étant dévolue au cabaret. Chaque soir, du mercredi au samedi s'y produisent plusieurs artistes, autour d'un petit piano à queue, au-devant de tables où le public consomme avant ou entre les spectacles, à la lueur des bougies. Dès 19 h 30, on peut venir y dîner ; d'une petite cuisine sortent des assiettes du terroir, des foies gras, des fromages, accompagnés de baguette du meilleur boulanger du Marais, des "lentilles de l'Essaïon" et d'une bonne carte de vins d'un sommelier réputé. On peut céder à cette restauration légère ou simplement boire un verre. À 20 h 30, le spectacle commence, il y a des pauses pour parler, d'autres personnes arrivent. Il s'agit d'abord d'une salle de spectacle, et non pas d'un lieu où des artistes se produisent pendant le dîner. Du reste, on n'est pas obligé de consommer. Il est possible d'entrer si la pièce est commencée. On peut aussi quitter l'autre salle après le premier spectacle, et se rendre dans la seconde, s'il reste de la place, bien sûr.

L'anti-boîte à touristes
"Si beaucoup de gens commencent à venir, et à revenir !, c'est parce que le concept cabaret-chansons leur plaît, le lieu est sympathique, ils viennent à la découverte ou parce qu'ils connaissent un des trois artistes, ce qui leur permet de découvrir les deux autres ! Le programme change tous les quinze jours et comprend des auteurs-compositeurs et des interprètes du répertoire. Mais pas question de verser dans le piège à touristes ! Les programmes sont suffisamment éclectiques pour que tous y trouvent leur bonheur, Parisiens ou touristes. Connoté ringard ? C'est peut-être l'idée qu'on en a avant d'être venu. En réalité, c'est à la fois moderne et intemporel. Je vous assure que je devrais être subventionnée par la Sécu, tellement les gens passent une bonne soirée ! Ils sortent de là heureux et requinqués ! Parfois même toute la salle chante à tue-tête !" Il y a l'ambiance, les éclairages, les bougies, le sourire de Marie Fabry qui n'hésite pas à jouer la maîtresse de maison. "J'anime, je reçois, je sers, je produis les artistes, j'organise leurs tournées... je suis peut-être un peu inconsciente, mais j'aime ce que je fais et j'y crois."

La recette d'un succès
Inconsciente ? Vraiment ? Pas tant que ça ! Marie Fabry flaire le talent et se l'attache. Pour cela, elle auditionne une large partie de son temps à la recherche de nouvelles voix. De même, elle veut donner des cartes blanches à des personnalités qui ont envie de faire "leur" cabaret et constituer leur affiche d'un ou plusieurs soirs, pour réaliser sur scène tout ce dont ils ont envie, mais qu'on ne leur propose jamais : déjà Clémentine Célarié est venue y créer des soirées de bonheur, qui ne finissaient pas... de bonne heure ! "Mais ce qui m'amuse aussi c'est de faire ma programmation !", dit Marie. Car la dame s'amuse et semble même très épanouie au fond de sa cave qui sent bon la magie du spectacle : "On dit que la salle aurait été une salle des Templiers, ce qui est vraisemblable vu le nom de la rue derrière - la rue du Temple. L'autre salle aurait été une prison et une écurie souterraine..." Elle rit, s'émerveille de ses premiers succès en effeuillant un dossier de presse aussi épais qu'un annuaire de téléphone, car les journaux s'intéressent beaucoup à elle.

Depuis cet été, au théâtre, elle a choisi de programmer La Tangente, un groupe vocal de cinq jeunes musiciens, tous plus doués les uns que les autres, et Au petit bonheur la chance, une "comédie très musicale" : "Je leur courais après depuis un an pour qu'ils viennent jouer chez moi. J'adore ce spectacle : c'est drôle, c'est très gai, ça bouge, ça chante sans cesse, ce sera un spectacle que l'on gardera longtemps !" Quant au cabaret, il devait continuer aussi tout l'été avec sa programmation multicolore. Et puis, si vous ne pouvez plus quitter le théâtre Essaïon, sachez que vous pouvez même le louer pour des événements, avec ou sans spectacle : rares sont les endroits de Paris où l'on dispose à la fois d'une scène et d'une salle de réception attenante, et où l'on est si bien accueilli. Marie Fabry n'a pas fini de nous y voir pour nous en faire voir !

Théâtre du Funambule
Jean-Marc Casalta, heureux Funambule
Directeur du Théâtre du Funambule, au pied de la Butte-Montmartre, il a créé un cadre qu'il qualifie lui-même de "familial et convivial". Explications.

Comment êtes-vous parvenu à la direction de cette salle ?
À 14 ans, je voulais devenir comédien-metteur en scène. À 15 ans, j'ai compris que je serais plus libre en ayant ma propre salle. À 18 ans, j'ai acheté un ancien hangar à Montreuil et créé mon premier théâtre. À 21 ans, ayant constaté qu'il était difficile de faire venir le public en banlieue, j'ai donc décidé d'ouvrir à Paris ce lieu qui est un ancien entrepôt de peinture et que rien ne destinait à devenir un théâtre, il y a dix-huit ans. Je l'ai transformé. Le soir, c'est une salle de spectacles, mais en journée, il y a des stages de prise de parole, des assemblées. On a aussi ouvert un bar, un point de restauration... et l'on y fait du théâtre jeune public le mercredi.

Peut-on parler de clientèle fidèle dans un théâtre ?
Chaque auteur, chaque spectacle a son public. Mis à part quelques habitués, on ne peut pas parler d'une clientèle fidèle à un théâtre. Certaines salles parisiennes s'adressent à un public qui recherche un genre précis, mais lorsque l'on n'a pas de parti pris, je ne pense pas que l'on ait un public attitré pour un lieu. Ici, il est possible que ce soit la connotation artistique qui prédomine : le Funambule joue l'humour, le bon goût, les textes de qualité ; pas de café-théâtre, ni danse ni musique, et rien de graveleux. Les succès de Cuisine et Dépendances, Un air de famille, Les Palmes de Monsieur Schultz nous ont fait connaître. Nous venons de terminer une création de Teddy Melis et nous avons repris L'Opposé du contraire tout l'été. On m'a souvent reproché de reprendre les anciens succès et de les remonter... C'est pourtant très risqué. Car, généralement, tout le monde a vu la pièce au théâtre ou même à la télévision, et risque de comparer ! Il faut donc la redonner dans un autre contexte... Un public déçu est très difficile à regagner ; je pense ne pas avoir déçu de public depuis une dizaine d'années.

Avez-vous une compagnie attitrée ?
Nous n'en avons pas les moyens. À chaque fois, un metteur en scène et un producteur s'engagent sur un projet avec de jeunes comédiens. Dans une grande salle, il faut tout miser sur la valeur du plateau, la tête d'affiche. Si la Fnac est "découvreur de talents", nous sommes, nous, au Funambule plutôt des "obtenteurs de talents". Ces jeunes comédiens n'ont pas les portes ouvertes d'un théâtre de 700 ou 800 places. En revanche, moi, je leur ouvre celles d'un 100 places. Pour la première fois, nous n'avons pas fermé cet été. En août, il y a, à Paris, de moins en moins de spectacles et de plus en plus de demandes, notamment de comédies. J'aime cette salle... Mais c'est aux autres d'en parler, à ceux qui y ont joué, à ceux qui en sont les spectateurs.

Dossier par François Varlin
Paru le 15/09/2004

-
Haut