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Chenel


Laurent Ruquier
Il aura tout essayé !
Après le triomphe de "La presse est unanime" où il réunissait sur scène sa bande de chroniqueurs pour un Boulevard moderne, Laurent Ruquier confirme son ambition d'auteur dramatique avec "Grosses Chaleurs", une comédie sur fond de canicule interprétée par des pointures du théâtre : Brigitte Fossey, Catherine Arditi,
Jean Benguigui, Annik Alane, un petit nouveau issu du cours Simon, Benoît Petijean et, rescapé de la bande, Pierre Bénichou.
Vu le thème de "Grosses Chaleurs", ça s'annonce comme de l'humour noir plutôt que comme du Boulevard amélioré...
J'adore l'humour noir ! Un de ceux qui m'y a initié, c'est Pierre Doris, avec des bides monumentaux à la clé. Alors, en septembre dernier, quand j'ai vu un article sur les 65 morts isolés durant la canicule, j'ai pensé à la honte qu'on devait éprouver si on avait quelqu'un de sa famille dans cette liste. Ça a été l'idée de base. Ça donne ce que j'appelle une "comédie reality" où un couple de bobos cultureux - Brigitte Fossey et Pierre Bénichou - part en vacances dans le Luberon avec leur fils, mais sans téléphone ni télévision. Bientôt débarque un couple de "bobeaufs" (Catherine Arditi, qui joue la sœur de Brigitte, et Jean Benguigui) qui tiennent un magasin de farces et attrapes, ainsi que la belle-mère. Voilà deux mondes qui s'affrontent jusqu'au jour où le beau-frère achète le journal et tombe sur la fameuse liste... L'idée, c'est plus de proposer une critique de la société que de montrer des vieux mourir. Une critique qui se fait sur le registre d'une comédie ancrée dans la réalité et des personnages en demi-teinte, pas caricaturaux.

C'est votre travail au quotidien à la télé et
à la radio qui vous a donné cette sensibilité à l'actualité ?
C'est sûr que là, c'était un sujet en or. Mais j'ai aussi en vue une autre pièce pour l'année
prochaine consacrée à Landru. Alors...

Diriez-vous que cette pièce vous ressemble plus que la précédente ?
C'est une pièce personnelle dans la mesure où la mort me fascine. J'ai beaucoup de recul par rapport à ça. Ça me fait peur, mais je suis assez fataliste en fait. J'ai été peu touché dans mon entourage, mais quand c'est arrivé, j'ai été triste bien sûr, mais pas très longtemps. Je tourne vite la page pour continuer, mais sans oublier pour autant.

C'était important pour vous de ne pas retravailler avec ceux que l'on appelle "la bande à Ruquier" ?
Si je veux être reconnu dans l'écriture, c'est sûr qu'il faut des gens comme Brigitte Fossey ou Catherine Arditi. Que Patrice Leconte ait accepté de faire la mise en scène apporte aussi un vrai cachet à la pièce. Mais la vérité, c'est que quand j'écris une pièce, je ne pense pas à la bande. Ce n'est pas un secret de dire que c'est par défaut que ce sont eux qui ont pris le risque de jouer La presse est unanime. J'ai toujours allié les deux : la solitude et la bande. Je ne suis pas lassé par ce travail d'équipe, mais c'est bien de pouvoir en sortir.

Entre France 2 et Europe 1, on se demande quand vous trouvez le temps de faire autre chose. Vous avez toujours été aussi boulimique de travail ?
Grosses Chaleurs, je l'ai écrite en deux mois, tous les soirs en rentrant de la télé. J'aime ça, écrire, être seul. Mais il ne faut pas croire : je ne fais pas le quart des idées que je peux avoir, je dis non à des tas de choses. Je suis vraiment tenté quand il s'agit d'idées originales. Et puis, on évite la répétition en variant les plaisirs.

Vos émissions ont maintenant plusieurs saisons derrière elles. Vous n'avez jamais envie d'arrêter ?
Non, même si j'arrête ma chronique d'Europe 1 le matin. Pour le reste, à la rentrée, on va beaucoup changer le contenu de On a tout essayé : Philippe Vandel va devenir rédacteur en chef ; en cours d'année, nous intégrerons de nouveaux chroniqueurs... Ça permet de garder l'envie, ce qui est essentiel. Mais la télé, quand on a comme moi le pouvoir de faire ce que vous voulez, d'inviter qui vous voulez, de dire ce qui vous passe par la tête... c'est difficile de s'en priver.

Cette carrière d'animateur, ça vous aide ou ça vous nuit pour être reconnu comme auteur de théâtre ?
Les portes s'ouvrent plus facilement, en tout cas maintenant, après le succès du précédent spectacle, mais pas autant qu'on pourrait l'imaginer. L'image que j'ai à la télé me dessert un peu pour l'écriture : on me reproche des jeux de mots foireux, des blagues... Mais je n'ai pas honte des conneries que je raconte, de faire de l'animation. On n'est pas 10 000 à pouvoir le faire ! C'est un don d'animer une bande, c'est aussi une qualité. En même temps, je n'ai pas envie de faire de la télé pour faire de la télé. Animer des jeux par exemple, je saurais le faire. Je préfère me consacrer à des choses plus personnelles. Je ne me sens pas prêt à faire des compromis.

En même temps, votre carrière télé où vous êtes mis très en avant, n'est-elle pas un peu paradoxale pour quelqu'un qui répand partout qu'il ne supporte pas son image...
La télé aide à s'apprivoiser. Quand on voit qu'on peut plaire à un public, on commence à s'aimer, et vice versa. Ça ne m'empêche pas de demander aux cameramen de France 2 d'éviter le plus possible de me filmer de profil... Je n'ai pas de bon profil.
Interview par Didier Roth-Bettoni
Paru le 01/11/2004

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