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Faggiano Jérôme


Marie Laforêt :
“Le comédien est celui qui dit l’extrême vérité, pas celui qui sait mentir”
Ne l'appelez plus la "fille aux yeux d'or" mais la"grande Fernande" ! Car aujourd'hui, sur la scène de l'Espace Cardin, Marie Laforêt se change en prostituée et investit, dans "Jésus La Caille", l'univers gouailleur du Montmartre de l'entre-deux-guerres. L'occasion de lui poser quelques questions auxquelles elle donne la réplique avec le franc-parler et l'humour qu'on lui connaît.
Depuis quelques saisons, vous enchaînez les rôles au théâtre, alors qu'auparavant, vous montiez très rarement sur scène. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'avant on ne me le proposait pas ! Et je ne me vois pas appeler tel ou tel metteur en scène pour lui dire que j'ai envie de faire du théâtre, je ne sais pas faire ça. Puis un jour, on m'a demandé de faire la tournée de Master Class qui avait été montée à Paris par Polanski, avec Fanny Ardant. Reprendre une telle pièce, c'était pour moi extraordinaire. Il y a tellement de choses à faire avec ce texte-là. J'étais enthousiasmée que l'on me le propose, même à "Trifouilly-les-Oies" ! Où que ce soit, je m'en contrefichais, j'étais tellement heureuse sur scène !

Ensuite, vous avez repris la pièce à Paris, dans une mise en scène de Didier Long...

C'est ça. Je ne pouvais pas en rester là. J'avais pris tellement de plaisir à entrer dans ce personnage, à l'effleurer, à faire exactement ce que Maria Callas faisait en chantant, c'est-à-dire être entièrement, profondément authentique. Car elle n'a jamais chanté une seule note qu'elle ne sentait pas. De même que je ne dirais jamais un seul mot que je ne sens pas.

Dès lors, grâce à ce succès, le théâtre vous a fait les yeux doux ?

Beaucoup plus qu'avant, c'est vrai. Suite à Master Class, Laurent Ruquier m'a proposé de jouer dans La presse est unanime. Et une fois encore, qu'est-ce que j'ai pu apprendre dans cette pièce-là ! Sur les déclenchements du rire en particulier. C'est quelque chose d'incroyablement technique. Tout se joue sur un quart de seconde. C'est comme en musique : on est au fond du temps ou on ne l'est pas.

À présent, vous voilà dans "Jésus la Caille". Qu'est-ce qui vous a séduite dans ce projet ?

D'abord le roman de Francis Carco qui est un chef-d'œuvre absolu ! Et puis, lorsque vous savez que c'est Frédéric Dard qui l'a adapté... Cette langue est d'un juteux et d'une poésie incroyables ! Il s'agit d'un énorme mélodrame même si, dans le fond, on rigole du début à la fin. En outre, on est dans l'univers populaire de la chanson, un domaine que j'adore évidemment, où j'ai évolué toute ma vie.

Vous interprétez le rôle de Fernande. Que pouvez-vous nous dire à son propos ?

Que je l'aime ! Qu'elle est belle ! C'est une pute de Montmartre, un vrai personnage, aussi vrai que Callas. Elle a mille et une facettes, mille et un attendrissements, mille et une colères, et surtout mille et une façons d'exprimer tout ça !

Le choix de Jean-Edouard Lipa, du "Loft", pour jouer à vos côtés a dû en faire sourire plus d'un... Vous-même, aviez-vous un a priori à son sujet ?

Lorsqu'on m'a appris qu'après les repérages, le meilleur des jeunes comédiens pour le rôle de Jésus la Caille était celui qui avait fait le Loft, je me suis dit : "Mon œil, c'est tout simplement parce qu'il est déjà connu !" Franchement, je n'étais pas chaude, chaude, à propos du gamin, je l'avoue.

... Et vous avez changé d'avis ?

Ah oui ! C'est un vrai jeune premier, il est d'un naturel époustouflant. Je dois dire qu'il m'a vraiment bluffée !

Vous êtes devenue comédienne par hasard, en remplaçant votre sœur dans un concours de théâtre. Avant cela, l'idée d'exercer ce métier ne vous avait jamais traversé l'esprit ?

Pas un instant ! J'étais beaucoup trop timide pour envisager de faire un métier public. Moi, je voulais entrer au carmel, vous voyez, ça n'a rien à voir ! Et puis j'ai gagné ce concours organisé par Raymond Rouleau. Deux mois plus tard, je tournais dans Plein soleil, un an après, on me proposait de faire un disque. Et ça a continué ainsi.

Aujourd'hui, vous semblez privilégier le théâtre par rapport au cinéma. Pourquoi ?

Parce qu'en fait, je crois que je n'aime pas trop le cinéma. Je trouve ce métier peu sérieux. Par exemple, je ne comprends pas que l'on en soit encore à attendre deux heures pour installer des projecteurs. Du temps de Raimu, je veux bien, mais aujourd'hui ! Ce qui m'amuserait, en revanche, ce serait de tourner avec une caméra numérique. Ça, oui, j'aurais assez envie, et même alors de faire de la mise en scène... Mais dans le cinéma traditionnel, il y a bien trop de temps perdu ! Et puis, souvent, les acteurs sont très désinvoltes.

Ce qui n'est pas le cas au théâtre ?

Non, pas du tout. Au théâtre, vous avez deux heures pour sortir vos tripes. Donc, là, on ne peut pas rigoler, on ne peut pas tricher. Il faut être à la fois entièrement soi et entièrement le personnage.

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire qu'il ne faut pas jouer, pas faire semblant. Il faut vraiment être le personnage. Dans Jésus la Caille, c'est à la fois entièrement moi que l'on voit et entièrement Fernande. Pour ça, il faut simplifier son jeu au maximum, être au plus nu de ce que l'on peut être, au plus juste, se donner complètement, gommer tout ce qui est théâtralité dans la manière de jouer. Pour moi, le comédien est celui qui dit l'extrême vérité, pas celui qui sait mentir.

Il n'est pas rare d'entendre dire, ici ou là : "Marie Laforêt, elle a un petit grain !" Que vous inspirent ces réflexions ?

En tant que comédienne, je suis un peu comme une éponge. Et une éponge, c'est forcément quelqu'un d'un peu bizarre ! Moi, je me sens libre. C'est sans doute aussi ce qui explique que l'on me trouve parfois un peu étrange. Parce que je m'autorise des choses que d'autres comédiennes ne s'autorisent pas.

Par exemple, une certaine exubérance sur les plateaux de télévision ?

Oui, c'est ça. Mais je ne vais tout de même pas commencer à parler pointu parce que je suis à la télévision ! Ce serait tellement ridicule ! Si j'avais le moindre doute sur mon intelligence, ma
culture ou ma folie, je crois que je ferais plus attention. Mais comme ce n'est pas le cas, je peux rigoler autant que je veux !

Vous nous confirmez donc que vous êtes on ne peut plus normale...

Tout à fait, je vous le confirme ! Je suis incroyablement équilibrée, sans doute même plus que la moyenne ! Vraiment, je vous assure : je suis une femme anormalement normale !
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 06/06/2004

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