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D.R.


Portrait de famille :
Les “Groseilles” sur la scène du Poche-Montparnasse
Il y a quelque chose des personnages de "La vie est un long fleuve tranquille" chez cette famille populaire. L'argent manque cruellement, mais on se débrouille, on fait aller.
À coups de répliques corrosives, cette comédie sociale de Denise Bonal, mise en scène par Marion Bierry, balance entre rire et émotion.
C'est la fin des années 1970. Le décor : un appartement miteux que l'on imagine appartenir à l'univers d'une banlieue pas du tout dorée. La vie est faite d'épines, pèse de ses mille petites misères sur Louise (Chantal Neuwirth), mère tutélaire haute en couleur qui fait des ménages pour subvenir aux besoins de sa famille.

Car autour d'elle, cohabitant tant bien que mal, ses grands enfants, êtres imparfaits aux problèmes récurrents, sont encore accrochés au foyer familial. Un fils aîné, suicidaire et marginal (Roland Marchisio). Un second (Éric Verdin), ancien taulard qui s'est amouraché d'une jeune Beurette (Naidra Ayadi). Enfin, une fille (Marie Reache), enceinte - depuis toujours mal-aimée par sa mère -, imposant auprès des siens son amant (Benoît Giros), chômeur de son état et qui a bien l'intention de le rester.Sans oublier le voisin (Serge Noël), témoin de leurs tribulations, père de cinq enfants dont la femme est un jour partie acheter du sel - et n'est jamais revenue... Tout ce monde-là se heurte, s'oppose, se juge, se contrarie, la précarité des conditions de vie ne favorisant pas toujours la tolérance et l'ouverture d'esprit. Ainsi, lorsque le benjamin présente sa petite amie d'origine kabyle au reste de la famille et annonce, de surcroît, son intention de l'épouser, les esprits se raidissent. Les sourires se crispent. Les reproches fusent. Car tout de même, est-on à ce point pauvre que l'on ne puisse trouver à marier autre chose qu'une Arabe ?

Eh oui, ces hommes et ces femmes, qui avancent dans la vie debout au sein d'un wagon de troisième classe, flirtent souvent avec des propos qui feraient mal aux oreilles s'ils n'étaient finalement drôles et révélateurs d'une réalité sociale toujours d'actualité. Et c'est là que réside toute la profondeur de l'écriture de Denise Bonal : croquer ses personnages dans leur quotidienneté, parvenir à les rendre humains et attachants tout en portant un regard sans concession sur leurs travers.

Au centre de cette comédie mordante, Chantal Neuwirth étincelle de naturel et d'adresse. Sans jamais forcer le trait, blouse à fleurs au corps, traînant des pieds sur le linoléum, la comédienne compose une femme volubile et robuste, bourrée de préjugés, usée par la vie mais conservant au fond d'elle tendresse et générosité.
Zoom par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/05/2004

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