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Xavier Mayard


Claude Jade
“J’essaie toujours de voir le côté positif des choses”
Enfance bourguignonne, premiers pas à Paris, tournages aux quatre coins du monde, cinéma, théâtre, télévision... : Claude Jade se raconte avec le sourire. Pas question, pour elle, de tirer sur qui que ce soit. Cet ouvrage doit être paisible ! Interview d'une comédienne qui, dans "Baisers envolés"*, rend un hommage particulier à François Truffaut avec lequel elle noua une fidèle amitié.
Vous commencez votre récit par une large description de votre enfance et de votre adolescence, périodes heureuses au sein d'une famille protestante assez puritaine. Que vous reste-t-il de cette éducation ?

J'ai eu la chance de vivre une enfance très préservée, ce qui ne m'a évidemment pas préparée à me battre pour réussir. On ne m'a jamais appris à avoir les dents qui rayent le parquet ! Ce n'était pas dans notre culture familiale. Et tant mieux ! Je crois que mes parents m'ont transmis une forme de rectitude et d'honnêteté intellectuelle.

Ce sont ces principes familiaux qui vous ont fait privilégier, dans ce livre, les amitiés aux inimitiés, les bons souvenirs aux mauvais ?

Sans doute. J'ai volontairement décidé de passer les ennuis sous silence. Je pense que ce sont des choses qui ont peu d'intérêt. J'ai également pris le parti de ne pas parler des gens que je n'aime pas. Je préfère les ignorer. Mais je vous rassure, il y a également beaucoup de personnes que j'aime et dont je n'ai pas parlé !

Cependant, vous évoquez un cadreur qui vous a longuement harcelée de lettres et d'appels téléphoniques anonymes...

C'est vrai, mais ça c'est autre chose. J'en parle car il s'agit d'un des risques du métier. Je parle également des deuils auxquels j'ai dû faire face. Mais le propos de Baisers envolés était bien de témoigner de la chance que j'ai eue, du conte de fées que j'ai vécu. Car je n'ai aucun compte à régler. Ce n'est pas dans ma nature. J'essaie toujours de voir le côté positif des choses, d'avoir du recul, un certain détachement...

Vous avez très tôt été attirée par le théâtre. À l'époque, que représentait pour vous le métier de comédienne ?

C'était un rêve ! Parce que j'aimais les mots, j'aimais jouer. Je n'étais pas du tout attirée par les paillettes. D'ailleurs au début, je ne voulais pas faire de cinéma. Je n'allais pas aux rendez-vous que me fixait mon agent. Mais ça n'a pas duré très longtemps : lorsque l'on m'a proposé de rencontrer Truffaut, j'y suis allée, bien sûr !

Après avoir goûté au cinéma, vous êtes rarement revenue sur scène. Pourquoi ?

Parce que si vous rencontrez un succès au théâtre, vous êtes bloqué pendant des mois. J'avais peur que cela m'empêche de tourner. Vous savez, quand on a eu la chance de travailler avec des réalisateurs aussi exceptionnels que Truffaut ou Hitchcock, on n'a qu'une seule envie : recommencer au plus vite.

Qu'a appris Truffaut à l'actrice débutante que vous étiez au premier jour du tournage de "Baisers volés" ?

À ne pas jouer, paradoxalement ! À laisser venir la caméra à moi, à être naturelle, à ne pas projeter trop fort les sentiments, les émotions. Car lorsqu'on est jeune comédien, on a souvent tendance à vouloir faire les choses avant de les ressentir.

Aujourd'hui, pensez-vous que vous auriez pu être heureuse avec lui, si votre projet de mariage avait abouti ?

Non ! J'aurais divorcé trois mois après ! J'étais vraiment trop jeune à l'époque. C'est lui qui avait raison. Le coup a été un peu dur à encaisser, mais nous avons réussi à conserver une relation formidable pendant plus de seize ans. Il est toujours resté très présent dans ma vie.

À la fin de "Baisers envolés", vous abordez le problème du déficit de rôles auquel doivent faire face les comédiennes, à partir d'un certain âge. Quand avez-vous pris conscience de cela ?

Je dirais vers 40 ans. Les rôles se raréfient et deviennent moins importants. Car la femme doit rester fraîche, lisse, désirable... Alors que l'homme peut se permettre d'afficher ses rides, ses tempes grisonnantes.

Comment avez-vous géré cette transition ?

Assez difficilement, au début. Et puis je m'y suis faite ! Je n'ai pas envie de tricher et de dire que je croule sous les propositions. Ce n'est pas vrai. Mais il me reste toujours le choix de dire non à ce que je n'ai pas envie d'interpréter. Car aujourd'hui, les rôles sont souvent conçus pour des projets formatés. Moi, ce que j'aimerais, c'est que l'on écrive encore pour moi ! En ce sens, Truffaut m'a donné de très mauvaises habitudes ! Peut-être que cela reviendra... Je reste confiante... Ou complètement inconsciente, justement !

Il s'agit d'un appel ?

Oui, absolument. Il s'agit d'un appel destiné aux auteurs de théâtre et aux cinéastes !

* "Baisers envolés", publié aux éditions Milan.


Claude Jade et François Truffaut

"J'aime Claude parce qu'elle est belle, simple, drôle, pure, vivante..." À peine le tournage de Baisers volés achevé, François Truffaut écrit à la mère de Claude Jade pour lui faire part de son intention d'épouser sa fille. Très vite, une date est fixée : la cérémonie aura lieu à Dijon, fin juin 1968. Mais contre toute attente, le cinéaste change d'avis quelques semaines avant le mariage. Il annonce à la jeune femme qu'il ne deviendra pas son époux. Une profonde amitié prend alors peu à peu la place de leur relation amoureuse, et perdure, comme en témoigne l'abondante correspondante reproduite tout au long de Baisers envolés, jusqu'à la disparition du cinéaste.

Sa carrière au... théâtre, cinéma et à la télévision (selection)
1967 : Henri IV de Pirandello (mise en scène : S. Pitoëff).
1968 : Baisers volés de F. Truffaut.
1969 : Topaz (L'Étau) d'A. Hitchcock.
1969 : Mon oncle Benjamin d'E. Molinaro.
1970 : Domicile conjugal de F. Truffaut.
1975 : Kita no misaki (Le Cap du Nord) de Kei Kumai.
1977 : Port-Royal d'H. de Montherlant (mise en scène : J. Meyer).
1978 : L'Amour en fuite de F. Truffaut.
1978 : Intermezzo de J. Giraudoux (mise en scène : J. Meyer).
1979 : L'Île aux trente cercueils de M. Cravenne (télévision).
1980 : Britannicus de J. Racine (mise en scène : J. Meyer).
1980 : Lénine à Paris de S. Youtkévitch.
1982 : L'Honneur d'un capitaine de P. Schoendoerffer.
1983 : Les Exilés de J. Joyce (mise en scène : J. Meyer).
1984 : Le Faiseur d'H. de Balzac (mise en scène : J. Meyer).
1987 : Le Radeau de la Méduse d'Iradj Azimi (sortie en 1998).
1988 : Regulus 93 de C. Decours (mise en scène : J.-L. Tardieu).
1992 : Dissident il va sans dire de M. Vinaver (mise en scène : J. Maisonnave).
1998-2000 : Cap des Pins de D. Masson (télévision).
2001 : Lorenzaccio, une conspiration en 1537
de G. Sand et A. de Musset (adaptation et mise en scène : H. Lazarini).
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 18/05/2004

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