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Bruno Perroud
D.R.
Marie-Paule Belle
De l’Ecluse à la Nouvelle Eve, un parcours si riche...
En 2020, Marie-Paule Belle fête ses cinquante ans de carrière à la Nouvelle Eve. Elle sort également un nouvel album "Juste une mélancolie". En février parait le livre "Comme si tu étais toujours là" qui raconte sa belle histoire avec l'auteur Françoise Mallet Joris. L'artiste nous parle chaleureusement de son itinéraire.
Marie-Paule, dans votre vie, l'année 1969 est une année pivot, que s'est il passé à ce moment-là ?
En juin 1969, j'ai perdu ma mère. Dans la tradition familiale corse, matriarcale et catholique, je devais prendre le relais de l'éducation de mon petit frère qui avait neuf ans. Je venais d'obtenir ma licence en psychologie. Parallèlement, suite à un pari, je gagnais le télé crochet "Chapeau" organisé par Télé Monte Carlo. A la suite de ce succès, je n'avais qu'une envie, chanter et quitter Nice. Pour déjouer la tradition, j'ai annoncé à ma famille que je devais faire ma maitrise de psycho à Paris. J'ai été très égoïste et j'ai culpabilisé pendant des années, mais en septembre je m'installais dans le Marais chez la fille d'une amie de maman qui faisait ses études de médecine.

A Paris très vite vous rencontrez Françoise Mallet-Joris, comment s'est réalisée votre rencontre ?
A Nice, j'avais toute une bande d'amis auteurs compositeurs avec qui je chantais. Parmi eux, il y avait Mariem qui avait été repérée par Boris Bergman. Un jour, je regardais la vitrine du célèbre cabaret parisien "L'Echelle de Jacob" pour voir qui y passait. Mariem est arrivée, étonnée de me voir. Elle habitait juste en face chez Françoise et me la présenta dans la foulée. L'appartement était immense, Françoise y habitait avec sa famille et hébergeait des artistes, chacun avait sa chambre; il y avait un photographe, un danseur, Mariem... Françoise adorait les vieilles chansons, elle m'a parlé des spectacles qu'elle écrivait pour sa famille pour Noël. Elle m'a alors proposé d'écrire des musiques et c'est ainsi qu'est née «La Parisienne», un air entrainant façon Offenbach, que j'allais enregistrer quelques années plus tard. En janvier, j'ai été engagée à l'Ecluse. Nous sommes tombées amoureuses l'une de l'autre et j'ai rapatrié mon piano et intégré une chambre dans son appartement.

Comment est née la collaboration fructueuse entre Michel Grisolia, Françoise et vous?
Michel était un ami d'enfance et, dès l'âge de dix ans, nous composions et écrivions des chansons ensemble. Je l'ai retrouvé à Paris et l'ai présenté à Françoise. C'étaient deux auteurs aux personnalités brillantes mais totalement opposées. Pendant toutes nos années de collaboration, nous avions fait un deal. Tout ce que nous réalisions serait signé par nous 3 à part égale. Et ça a marché. Plus tard, Michel a écrit des scénarios pour le cinéma et j'ai continué avec Françoise.

En mars 1973, il y a la fameuse émission «Samedi soir» de Philippe Bouvard où tout s'est accéléré...
A ce moment là, je passais dans un cabaret de Pigalle. Un soir, le bras droit du directeur de Bobino me propose, suite à une défection, d'assurer la première partie de Jean Constantin. Le soir de la première, Georges Folgoas qui filme la soirée et réalise les émissions de Philippe Bouvard me décroche une audition auprès de ce dernier.
Lors du rendez-vous, il écoute plusieurs titres mais le concept est clair, vedette ou jeune espoir, l'artiste ne chante qu'un seul titre.
Le lendemain, je reçois un coup de fil car je suis programmée pour le soir même car Michel Delpech a refusé de ne chanter qu'une chanson. Finalement, Philippe Bouvard m'en fait chanter deux "Nosferatu" et "Wolfgang et moi". C'est une première.

Que se passe t'il après cette émission?
La presse s'est emparée de l'affaire et on me réclame un album, il sortira quelques mois plus tard. Le disque est couronné par le prix Charles Cros. Mon second album est soutenu par France inter. Début 1976, sort mon premier disque chez Polydor avec "La Parisienne". Je suis soutenue par RTL grâce à Monique le Marcis qui vient me voir à Bobino en première partie de Marcel Amont.

Comment vivez-vous le succès fulgurant de «La Parisienne» et de l'album qui s'écoule à plus de 200 000 exemplaires ?
A ce moment là, je ne sais pas ce qui m'arrive, Avec Françoise, nous sommes demandées partout. J'enregistre plusieurs émissions des Carpentiers, je fais une grande tournée avec Serge Lama, l'un de mes plus fidèles amis dans le métier. Je l'avais rencontré en 1973, sur une émission en hommage à l'Ecluse où il était passé. Il m'avait ensuite invitée à son Grand Échiquier en septembre 1973.
J'ai tourné pendant 25 ans avec des musiciens puis, seule au piano, et enregistré beaucoup d'albums. Mais j'ai toujours pensé être une artiste de scène, pas une vendeuse de disques.

Puisque vous évoquez la scène, Comment-vivez vous ce grand retour à la Nouvelle Eve ?
J'ai énormément le trac car je n'ai pas fait de scènes depuis un an. Je reprends des cours de chant avec Richard Cross. Pour ce spectacle, je renoue et retrouve l'ambiance des cabarets de mes débuts. Sur scène, je fais des choses que je ne fais jamais dans la vie. Je me sens beaucoup plus libre. Je m'adapte aux réactions des auditeurs.

Dans vos amis de cœur, il y a Serge Lama, Isabelle Mayereau, William Sheller et une immense artiste Barbara... Pouvez vous nous dire un mot sur cette dernière ?
A Nice, quand j'étais étudiante, j'ai eu deux chocs artistiques. Jacques Brel et Barbara. Barbara jouait du piano, composait, parlait d'amour. Elle concrétisait mon rêve en le rendant possible.
Je l'ai rencontrée grâce à Roland Romanelli qui m'a emmenée la voir à l'Olympia en 1978. Quand elle m'a vue, elle s'est jetée dans mes bras, en me disant qu'elle adorait mes chansons. J'en rougissais car j'étais venue pour la complimenter, La même année, je faisais mon premier Olympia.
Trois jours avant sa mort je l'ai appelée, je n'avais pas d'inspiration, j'étais désespérée. Elle m'a réconfortée "Si le piano te boude, laisse le bouder". Je n'avais pas de maison de disques. "Comment! Toi tu n'en n'a pas! Ce n'est pas possible, je vais m'occuper de toi".
Le lundi, Barbara nous quittait. Dans la semaine, je signais dans le même label qu'elle.
Interview par Bruno Perroud
Paru le 10/03/2020

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