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© J. Stey
L’un de nous deux - Mandel/Blum
Petit Montparnasse
Un dialogue riche qui se déroule vers un dénouement historique entre Mandel et Blum. Deux hommes politiques d'un bord différent qui se respectent, est-ce encore possible en 2019 ? Cette pièce a plusieurs vertus et ce n'est pas l'une des moindres de remettre en lumière deux hommes politiques capables de s'engager. Georges Mandel est entré à 21 ans à L'Aurore, le journal de Georges Clemenceau qui a publié l'article "J'Accuse" d'Émile Zola. Il suivra ensuite son patron dans ses différents journaux. Léon Blum, quant à lui, fut une figure du socialisme, l'un des dirigeants de la SFIO. Il a marqué l'histoire politique française en tant que Président du Conseil en 1936 et en 1938. C'est l'affaire Dreyfus qui l'amène à la politique active. Il collabore à l'Humanité de Jean Jaurès.
Le pari avait déjà été tenté de représenter un homme politique dans un duo et c'est tout proche, au théâtre Montparnasse, que Claude Brasseur campait il y a quelques années, un Georges Clemenceau amoureux des arts face à Claude Monet dans "La Colère du Tigre". Mais, au théâtre du Petit Montparnasse, ce n'est pas tant l'amitié que l'engagement politique qui réside au cœur de la pièce. Deux fortes personnalités incarnent Georges Mandel et Leon Blum : Christophe Barbier, éditorialiste et ex-Directeur de l'Express, et Emmanuel Dechartre, fils du résistant et ancien ministre Philippe Dechartre.

Outre une mise en scène parfaite laissant voir le jeu des nazis au camp de Buchenwald sur un écran, comme à travers une fenêtre, le dialogue entre Mandel, l'homme de droite, et Blum, l'homme de gauche, prisonniers dans un camp, menacés de mort par les nazis, rebondit de diatribes en blagues en attendant que le sort ne soit jeté, la pièce permet de réviser ses connaissances historiques sur une période cruciale. Ecrite par un grand historien, Jean-Noël Jeanneney, elle rend grâce à des hommes qui ont transformé la France et avaient le sens de l'intérêt général, elle nous met en garde contre les bassesses. Comment qualifier autrement cet acte du Maréchal Pétain qui a livré Mandel à l'ennemi, l'Allemagne, ce qui ne s'était jamais produit dans l'histoire d'aucun peuple ?

A fleurets mouchetés et avec la bienveillance mutuelle qui s'impose à deux prisonniers livrés au même bourreau, Blum et Mandel se taquinent et remettent en cause leurs principes respectifs. "Jaurès ne s'est jamais confronté à la question des fins et des moyens, il n'a pas voulu du pouvoir" remarque justement Mandel. "L'autorité qui ne fait pas rêver, je n'y crois guère" déclare Blum. Deux styles, deux lignes s'affrontent en trompant l'attente avant la venue des SS et c'est l'apparition intermittente du gardien - joué par Simon Willame - qui crée des rebondissements au fur et à mesure que l'intrigue avance. Incarnation du Mal, simple exécutant ? Même sur la perception de ce soldat allemand, les deux responsables diffèrent : pour l'un, tout soutien d'Hitler fait partie de la machine de destruction qui aura provoqué le génocide le plus massif jamais perpétré, pour l'autre, c'est "le système qui est responsable".

"L'un de nous deux" donne lieu à de magnifiques développements sur la chose politique. Ils résonnent puissamment sur l'actualité : "La nation n'est grande qu'universelle" a écrit l'auteur mais, sur le caractère universel du système de retraite présenté par le gouvernement d'Edouard Philippe cette semaine, Christophe Barbier nuance hors scène "Oui, mais il ne s'agit pas de la même universalité. Avec la retraite, on est sur un dispositif très franco-français !". Débarrassé de son écharpe rouge habituelle, Christophe Barbier excelle à incarner un Mandel intransigeant et visionnaire, une très haute conscience morale l'habite, ce qui ne l'empêche pas de faire preuve d'un esprit caustique. Aussi à l'aise sur scène que la plume à la main ; Christophe Barbier se donne à danser, chanter et en dévoile bien plus que sur les plateaux de TV. De son côté, Emmanuel Dechartre ressemble si fort à Léon Blum qu'il fait oublier que ce dialogue est fictif.

Loin de se cantonner à une rhétorique politique, cette pièce, mise en scène par Jean-Claude Idée, restitue la différence de tempérament entre Mandel et Blum. La réussite des rÉformes dépend-elle du style des gouvernants ? Du reste, le portrait de Mandel, dont le sort funeste fut totalement injuste à l'aune de sa formidable contribution au service de l'Etat français ne gagnerait-il pas à être pris pour modèle ? Il avait le sens des responsabilités, il faut arrêter d'en avoir peur ! Rien ne justifie l'antisémitisme terrible auquel il a été exposé. Le mot "indulgence" fréquemment employé dans la pièce suggère-t-il que nos gouvernements devraient moins imposer et plus écouter ? Les tensions sociales du moment nous exhortent à trouver rapidement la réponse !
Zoom par Fabienne Lissak
Paru le 18/12/2019

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