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D.R.


Ladislas Chollat
Tandis que l'inspecteur Trotter traque l'assassin de Culver Street à La Pépinière, deux coquettes de Marivaux mettent à l'épreuve les sentiments de leurs chers et tendres à l'Édouard VII. Pour ses 30e et 31e créations, Ladislas Chollat fait le grand écart, jonglant entre un texte du XVIII e siècle replacé dans les années folles et la comédie policière d'Agatha Christie !
La Souricière

Un cottage isolé sous la neige. Un meurtre a été commis. La victime est une femme. Reste à chercher l'assassin parmi les autres : 8 personnalités singulières, 8 suspects ! Voilà pour le pitch de l'unique pièce d'Agatha Christie, écrite en 1952 pour les 80 ans de la reine Marie et qui totalise à ce jour plus de 27 000 représentations. "Quand La Pépinière m'a proposé de mettre en scène "La Souricière", l'idée de renouer avec Agatha Christie, dont les livres accompagnaient les nuits de mon adolescence, me tentait !", explique Ladislas Chollat. "On y trouve tous les ingrédients qui ont fait le succès de ses livres. Mais je dois avouer que je suis resté sur ma faim : les personnages se confient assez peu (car il y a finalement peu de psychologie chez Agatha Christie) et certaines questions soulevées restent sans réponse. C'est la raison pour laquelle - indépendamment du fait que j'aime la comédie musicale -, j'ai tenu à rajouter des chansons pour remplir ces vides, créer une tension et instaurer une connivence entre le spectateur et les personnages. Enfin, l'adaptation de Pierre-Alain Leleu apporte beaucoup à la version originale car ce n'est plus la vision des Anglais par eux-mêmes mais celle des Français sur les Anglais ! Nous avons esquissé, comme décor, un intérieur bourgeois d'époque avec un fauteuil, un escalier, un feu de cheminée, une grande fenêtre qui s'ouvre sur un paysage de neige. Le tout sur fond noir. Aussi voulais-je des costumes très colorés avec une couleur par personnage. J'ai été influencé par l'esthétique du film de François Ozon, "8 femmes." Au final, c'est un mélange des genres : on est tantôt chez Labiche, tantôt dans le mélodrame, l'enquête policière et la comédie musicale."

On pourrait également parler de conte de Noël tant l'atmosphère qui se dégage de ce spectacle est avant tout joyeuse. Les comédiens - bons sans exception - campent des personnalités à la fois intrigantes et attendrissantes. On sourit, on rit, on frémit au gré des multiples rebondissements de ce savoureux divertissement.

L'Heureux Stratagème


Il est aussi question de piège à souris dans cette pièce de Marivaux créée en 1733 : la très vaniteuse Comtesse délaisse son amoureux transi pour séduire un tout aussi orgueilleux Chevalier gascon dans le seul but de le soustraire à sa rivale, la Marquise, qui ne l'entend pas de cette oreille ! "C'est la pièce de Marivaux que je trouve la plus forte et je retrouve Sylvie Testud dans l'insolence, l'impertinence et la liberté de ton de la Comtesse : elle ose dire ce que tout le monde pense ! C'est un thriller sentimental - le piège va-t-il fonctionner ou pas ? -, une comédie cruelle en demi-teinte, noire, subtile dont les personnages vont ressortir changés - ce qui est important car une pièce doit être un carrefour de vie. J'ai voulu transposer l'action dans les années folles, comme le féminisme assumé des personnages féminins est assez révolutionnaires, et que, c'est dans les années 1920 qu'eut lieu la première révolution féministe ! Comme toujours, c'est parmi l'élite que tout a commencé : les femmes ont osé porter des pantalons, fumer, se coiffer à la garçonne, s'affirmer... (Heureusement pour moi, les valets existaient toujours dans le milieu bourgeois !) Esthétiquement, la série "Downton Abbey" et le film "Gatsby le magnifique" ont été des références. J'ai placé l'action aux abords d'une grande fête que l'on entend au loin. L'apéritif a été pris dans le jardin mais la fête s'est déplacée et le spectateur reste dans ce jardin où les intrigues se nouent. Marivaux a inventé le théâtre psychologique. Chez Molière, les obstacles nécessaires au théâtre sont extérieurs (un père veut marier sa fille à un homme qu'elle n'a pas choisi). Chez Marivaux, les obstacles ne sont qu'intérieurs : les personnages, par leurs changements d'avis, d'opinions, créent leurs propres barrières psychologiques. Pris par l'amour, ils essaient de définir, de comprendre les sentiments qui les étreignent."

Cette très élégante mise en scène et en décor pose néanmoins l'éternelle question de la recontextualisation d'un texte dont la langue et ses tournures sont viscéralement ancrées dans une époque. Une adaptation du texte à son nouveau contexte, comme l'avait fait Vadim pour ses "Liaisons dangereuses", aurait sans doute permis de mieux en apprécier encore l'intemporalité.
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 26/12/2019

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