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D.R.


Le Testament de Vanda: l'horreur résumée dans un cocon de douceur
Aux Déchargeurs
L'on pourrait s'attendre à une ambiance glaçante, compte tenu du sujet abordé par "Le testament de Vanda", mis en scène par Michel Bruzat : la vie dans un centre de rétention. Pas du tout, c'est le sourire et le regard clair de Delphine Valeille, une comédienne intense, que l'on retient.
Ayant décidé d'alerter les autres comme son prochain, elle se saisit de ce texte fort comme si elle prenait le public par la main. Chaque soir, des personnes assises en face d'elles se sentent partie prenante de ce dialogue, bref mais profond, qui retrace toute la vie de Vanda. Et pourtant, qu'il est difficile d'assumer l'existence de cette réfugiée d'on ne sait où, si ce n'est que l'on sait que c'est un pays en guerre, dont l'amant a été tué sauvagement. Et c'est ce drame au quotidien qu'elle raconte : viol, humiliation, déshumanisation... Mais tout cela passe presque comme une poésie dite vite et fort. Le ton n'est pas larmoyant mais dégage une énergie impressionnante.

Le statut d'une jeune femme à qui l'on manque de respect, à qui tout a été pris, ne pèse pas grand-chose et cette prise de conscience de cette faute vis-à-vis de ces immigrés, qui ont fait confiance à la France et sont mal accueillis, est d'autant plus brutale que Vanda fait mine de ne pas s'en offusquer, de ne rien revendiquer comme s'il suffisait de se targuer d'être le pays des droits de l'homme pour l'être vraiment.

Catapultant un texte ni inquisiteur, ni culpabilisant, Vanda se raconte : les fois où elle a dû baisser les yeux, les questions déplacées - "une question, c'est parfois pire qu'une main sous la robe" - la tentation de voler car cela fait moins peur que d'être volé ! Habituée aux gifles, Vanda, jouée magnifiquement par cette jeune comédienne brillante, Delphine Valeille, qui connait les affres de la réalité sociale dans sa vraie vie pour l'explorer aussi avec un regard de journaliste, lance des petites phrases qui portent comme une épée dans nos démocraties faussement parées du label "Terres d'accueil". "C'est une question de place et d'odeur" sonne comme un résumé percutant du phénomène d'immigration. Mais Vanda laisse un bébé et c'est à lui qu'elle s'adresse tout au long de ce monologue. Preuve que son existence misérable n'a été qu'une succession de coups et de dépossessions, Vanda se réjouit de laisser un caillou à "sa belette". Le caillou a de la valeur car il les a accompagnées partout et avant de commettre l'irréparable, Vanda lègue ses souvenirs heureux : "On a bu la soupe","Il y a eu un jour pour nous car un visage, une fois, t'a regardé" et l'on réalise que, dans notre société de surconsommation, d'opulence, pour ceux qui connaissent le dénuement, un sourire peut tout sauver. "Le Parisien est d'une brutalité molle" entend-on à un moment. Montrez-lui que vous avez un cœur : allez au Théâtre des Déchargeurs !
Zoom par Fabienne Lissak
Paru le 19/09/2019

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