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© Laurencine Lot
D.R.


Le rendez-vous de Marie-Céline avec Christophe Malavoy
Élégance et charme définissent Christophe Malavoy. Il aurait pu se cantonner au rôle de belle icône pour le cinéma, or il est avant tout un homme de théâtre.
C'est avec bonheur que nous le retrouvons sur la scène du théâtre Montparnasse dans "Le Jour du destin", l'excellente pièce politico-policière de Michel del Castillo.
Ce métier réserve toujours des surprises. Me voilà en plein mois de juin au bar du Lutétia, devant Christophe Malavoy afin de l'interroger sur une pièce qui ne sera à l'affiche que fin août, dont les répétitions n'ont pas encore commencé, pour un article qui ne sortira qu'en novembre. De quoi en perdre son latin ! Pourquoi si tôt, vous demandez-vous avec pertinence ? C'est une question de planification, vacances prochaines, rentrée chargée. L'attaché de presse a organisé pour le comédien une après-midi marathon. Les journalistes vont se suivre et les questions se ressembler. Coup de bol, je suis celle qui ouvre le bal. Et avec un artiste comme Malavoy, la danse promet d'être agréable.
Évoquons l'homme, histoire de faire brailler de jalousie les copines et les lectrices. Quel bel homme ! La classe ! Et un regard. Il est, tout comme son sourire et sa voix douce, un appel au calme. Bon, comme je ne vais pas passer les quelques minutes à le regarder sans dire un mot, on attaque l'interview. Et là, je démarre fort. Cela m'apprendra à lire trop vite un dossier de presse pourtant très clair. "Ce rôle est un véritable changement d'emploi." Christophe Malavoy me regarde, étonné et me répond : "Pas vraiment. Le rôle de l'anarchiste est..." Dans ma tête résonne (à mon unique attention) un "andouille !". J'avais inversé les rôles de Malavoy et d'Aumont. Histoire de sauver la face, je bafouille intelligemment un "oui mais comme même" qui ne veut rien dire. Christophe Malavoy remet gentiment les pendules à l'heure.

"Mourir pour des idées"

La pièce de Michel del Castillo, tirée d'un épisode de son roman La Nuit du décret, met face à face un policier et un anarchiste, dans l'Espagne franquiste des années 50. Pared, le policier, est un limier implacable. Il vient d'arrêter, après une longue et patiente traque, Puig, un universitaire qui traverse régulièrement la frontière franco-espagnole clandestinement. "Ce face-à-face est la confrontation de deux visions du monde, de la vie et du politique. Puig est plein de révolte et d'espérance. Il croit encore en l'homme, en l'idée que l'on peut encore construire pour l'homme et non contre lui. Pared va détruire cette espérance. La dimension politique de la pièce soulève cette question, toujours d'actualité : doit-on mourir pour des idées ?" À quoi je réponds très fière, "d'accord, mais de mort lente". Christophe Malavoy sourit et réplique : "Eh oui, Brassens était de cette culture anarchiste."

"L'avenir est entre les mains de certaines personnes"

Et il enchaîne sur la guerre d'Espagne, symbole de ce sacrifice au nom des idées. "C'était terrible, tout le monde voulait tuer tout le monde. C'était une guerre au nom d'une idée, chacun avait la sienne. Qu'est-ce qu'il en reste aujourd'hui ? L'argent a repris le pouvoir." En face de moi, j'ai un homme, non pas en colère, mais très agacé par ce qui se passe en France, dans le monde. Il observe et analyse. Il n'est pas de ceux qui balancent leurs idées uniquement dans le dessein d'être écouté, non, lui, il propose le débat. "L'avenir est entre les mains de certaines personnes. Les progrès de l'humanité ne se trouvent pas dans le politique. Des hommes comme Charles Gros, les frères Lumière, Edison et bien d'autres, font faire des progrès au monde." Ça c'est sûr, Hitler, Staline, Franco et autres l'ont plutôt fait reculer. "Aujourd'hui, il n'y a plus de débat. Un homme monte à la tribune, balance son discours et c'est terminé, on n'en parle plus. On se fiche de nous. C'est inquiétant pour l'avenir." Un silence s'installe, plongeant chacun dans une courte réflexion personnelle sur l'avenir.

"L'aventure dure jusqu'à la dernière représentation"

Nous revenons à la pièce. Christophe Malavoy évoque avec passion ce qu'est l'aventure d'une création artistique. "L'aventure dure jusqu'à la dernière représentation." Il attend avec impatience les répétitions. "Moment de découverte, de doute. C'est le foyer de toutes les questions, sur la pièce, sur soi-même." Depuis cette rencontre, le temps a passé et j'ai vu la pièce. Christophe Malavoy fait une interprétation étonnante. Une jeune femme, assise à côté de moi au théâtre, a même murmuré à sa voisine : "Il a la tête de l'emploi."
Au début, il est un homme en pleine possession de ses pensées, de sa vie, de son corps. Après des mois de cachot, il est amaigri, faible, sa raison s'est perdue dans un long silence qui l'a obligé à sonder son âme. Il a procédé à un remarquable travail, arrivant à rendre palpables et crédibles ces mois d'enfermement qui vous font frôler la folie et trouver un sens presque mystique à l'existence.
En ce mois de juin, il avoue : "C'est pour moi excitant de jouer la pièce d'un jeune auteur." Si Michel del Castillo est un auteur de romans reconnu, il signe là sa première pièce. "C'est une langue brillante, charnelle." Il rassure aussi : "C'est une pièce ambitieuse et complexe, mais ce n'est pas un théâtre militant. L'auteur met en relief la tentation de manœuvrer, d'exploiter et de dominer les autres."

"Aumont est un de nos plus grands comédiens"

Il est entouré sur scène, de Michel Aumont, dans le rôle de Pared, de Loïc Corbery, dans celui du jeune flic qui perd ses illusions, de Christian Bouillette, le policier que plus rien n'étonne, de Laurent Laffite, la brute machiste, de Jamal Hadir, le gardien humain. Je lui demande - et je n'allais pas m'en priver -, ce que cela lui fait de travailler avec un monstre sacré comme Michel Aumont. "Je suis ravi. Pour moi Aumont est l'un de nos plus grands comédiens, comme Bouquet." Ils ont déjà travaillé ensemble. Malavoy l'a dirigé et lui a donné la réplique dans la version télévisée de la pièce d'Henry de Montherlant La ville dont le prince est un enfant. Mais c'est la première fois qu'ils se retrouvent sur une scène de théâtre. Nous évoquons les metteurs en scène, Jean-Marie-Besset et Gilbert Désveaux. Malavoy connaît bien Besset, il a joué une de ses pièces Ce qui arrive et ce qu'on attend. Il évoque leur complicité, l'estime et l'admiration qu'il a pour lui. "J'ai confiance en ses choix et ses goûts." Il poursuit : "Au théâtre, on se retrouve. On forme une équipe solidaire. C'est le capital humain qui compte. Ensemble nous allons défendre un auteur et non se servir de lui pour se mettre personnellement en valeur. Il n'y a pas d'individualité. C'est un tout."

"Le théâtre, c'est la base du comédien"

Parlant de théâtre, j'ai remarqué, en potassant son impressionnant CV, un grand trou. De 1974 à 1978, il est sur scène et il ne remonte sur les planches qu'en 1989. "Que s'est-il passé ?", ai-je demandé. "Le cinéma m'a mis le grappin dessus." Et il n'a plus eu de propositions au théâtre. "Or c'est la base de mon métier." Justement, pourquoi a-t-il voulu être comédien ? "Je suis un grand timide", déclare-t-il. Ah, c'est donc ça l'explication de ce magnifique sourire. "Le théâtre me donnait la possibilité de m'exprimer, de transmettre des émotions, des idées, de bouger avec mon corps d'une autre manière. Il y a des scènes au théâtre, comme au cinéma, qui sont de véritables thérapies. Elles permettent de s'extravertir, de se révolter. Ce qu'on ne peut pas toujours faire dans la vie." Il a une belle analyse du métier de comédien : "Trouver l'équilibre en cultivant le déséquilibre, c'est ce qui fait du métier de comédien un art usant. Faut être sacrément structuré pour jouer le déséquilibre."

"On ne trouve la vérité qu'en y renonçant"

Christophe Malavoy a commencé à faire du théâtre dans une troupe. Il avoue aimer cet esprit, ce travail de groupe. Lorsque la troupe a éclaté, il s'est mis à écrire. Il réalise son premier court-métrage. Il se voyait devenir réalisateur et c'est l'acteur qui est remarqué. "C'est quand on n'attend rien que l'on trouve." Et il cite cette phrase : "On ne trouve la vérité qu'en y renonçant." Le comédien avoue avoir plus de plaisir avec le théâtre, "on lit des choses écrites et qui ont un sens. Au cinéma, l'écriture s'appauvrit. Ce n'est pas pour rien que les comédiens passent de plus en plus à la réalisation. Il n'y a plus vraiment d'univers d'écriture majeur, comme celle de Buñuel, Fellini, Tati ou Carné. La dimension poétique a disparu au cinéma." Pourtant, il croit en l'avenir. "Je reviens au cinéma mais en passant par la réalisation. Ce que je voulais faire au début." Son prochain film est tiré d'un de ses romans, parmi tant d'autres, car il écrit aussi. Ceux qui aiment ne meurent jamais, produit par Nelka film, devrait passer prochainement sur Arte.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 15/11/2003

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