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© Michèle Sartre
D.R.


Annie Girardot
“Mme Marguerite” : dernier jour de classe… à l’Olympia !
Alors qu'elle s'apprête à faire ses adieux irrévocables au rôle de "Mme Marguerite", elle signe un livre de confessions :
"Partir, revenir, les passions vives"*. À cette double occasion, Annie Girardot nous ouvre sa mémoire et son cœur...
"Mme Marguerite" : un succès qui faillit bien être un échec
"Au début, ça ne marchait pas très bien !" C'était en 1974, sous la direction de Jorge Lavelli, Annie Girardot créait le texte du Brésilien Roberto Athayde (adapté en français par Jean-Loup Dabadie) au Théâtre Montparnasse. "On a même été sur le point d'arrêter ! Et puis un soir, une collectivité d'enfants est arrivée au théâtre. Il n'y avait plus assez de places pour tout le monde. On a mis les mômes partout : par terre, sur le plateau... Et ça a été un triomphe ! C'est comme ça qu'a débuté le bouche-à-oreille. Quinze jours après, la salle ne désemplissait plus jusqu'à la fin des représentations ! Ensuite, on est allé en Belgique, en Russie, un peu partout en Europe..."
Mme Marguerite, c'est à la fois une maîtresse d'école, une confidente, une amie, mais aussi une rebelle. Entre deux impertinences, elle remet en cause l'enseignement traditionnel pour favoriser l'apprentissage de la vie. Sa principale leçon ? Elle la martèle avec fougue : "Cherchez toujours à faire le bien, c'est votre seule chance, du moins si le bonheur vous intéresse. Cherchez toujours à faire le bien." C'est peut-être ces valeurs-là qui ont immédiatement plu à la comédienne. "Je m'identifie totalement à Mme Marguerite. Je l'ai créée, je me la suis faite mienne ! Toutes les deux, on a la même énergie, la même impétuosité. Ce personnage m'a tout de suite collé aux tripes. Et puis vous savez, Mme Marguerite c'est aussi ma chère maman, qui, malheureusement, n'est plus là. C'est maman et moi en même temps, car nous étions des jumelles. Alors tous les soirs, quand je rentre sur scène, c'est aussi un peu ma mère que je retrouve en interprétant ce rôle."
Si Annie Girardot a décidé de reprendre cette pièce en 2001, c'est pour "montrer Mme Marguerite aux jeunes". Et le succès est à nouveau au rendez-vous. Elle obtient même le molière de la meilleure comédienne 2002 pour ce rôle. "Ça a été une telle joie pour moi de retrouver Mme Marguerite, comme une bouffée d'air pur ! Et puis, vous savez, ce que j'enseignais au public en 1974, je le dis avec encore plus de force aujourd'hui car, depuis, j'ai vécu. Je suis passée par les souffrances et les blessures de la vie."

Un très sérieux poisson d'avril

"J'ai eu la chance d'avoir une mère qui a toujours su que j'étais faite pour être comédienne ! C'est elle qui m'a inscrite au centre de la rue Blanche." Annie Girardot y fait son entrée le 1er avril 1949, à l'âge de 17 ans. Puis elle intègre le Conservatoire dont elle sort en 1954 avec un premier prix de comédie classique et moderne. Deux mois plus tard, la Comédie-Française lui ouvre grand ses portes. Son destin se met en marche. En 1956, Jean Cocteau la choisit pour monter La Machine à écrire à l'Odéon, aux côtés de Robert Hirsch. "Je suis née au théâtre avec Cocteau. C'est lui qui m'a faite, qui m'a transformée. À partir de lui, les choses se sont enchaînées assez naturellement : Luchino Visconti, ma rencontre avec Renato..." (ndlr : Renato Salvatori qu'elle épouse en 1962, père de sa fille Giulia.)
Tout en jouant la pièce de Cocteau, Annie Girardot tourne avec Pierre Fresnay dans L'Homme aux clefs d'or de Léo Joannon. Car le cinéma commence aussi à lui faire les yeux doux, chose qui déplaît fortement au Français. "Quand la Comédie-Française a vu que je commençais à faire du cinéma, ils ont voulu que je devienne sociétaire. Alors là, j'ai dit non ! Non, moi, je veux être libre ! Mais ils ont insisté, m'ont clairement dit que c'était signer ou partir. J'ai donc décidé de m'en aller. C'était en 1958. Vous savez, moi, on ne peut pas m'attacher, je suis un oiseau ! C'est de famille, ma mère était pareille, et mon frère aussi..."

L'amour du 7e art

Enfin redevenue libre, Annie Girardot est contactée par Luchino Visconti pour jouer aux côtés de Jean Marais dans Deux sur la balançoire de William Gibson. Une nouvelle rencontre décisive. Après ce succès théâtral, le metteur en scène lui demande de partager l'affiche de Rocco et ses frères avec Alain Delon et Renato Salvatori. C'est en 1960. Elle fait la connaissance de l'homme de sa vie pour lequel elle va se partager entre Rome et Paris durant de nombreuses années. Sa carrière internationale est définitivement lancée. Après avoir conquis son indépendance, cette boulimique de travail s'en donne à cœur joie, tourne dans plus de 100 films et côtoie les plus grands noms du cinéma européen.
Aujourd'hui encore, alors qu'elle trimballe son tableau de maîtresse d'école à travers l'Europe, Annie Girardot proclame son amour pour le grand écran. Car si elle aime la scène, elle aime tout autant le cinéma. "La caméra, c'est magique ! Vous pouvez tout faire devant la caméra, vous êtes libre ! Moi, j'adore ça. Je voudrais en faire davantage. Je ne tourne plus assez : le cinéma me manque !"

Pas semblant

Si Annie Girardot occupe une place si particulière dans le cœur du public, c'est sans doute parce qu'elle ne fait pas semblant. Pas semblant d'aimer ceux qui ont partagé son destin (Piaf - "C'était ma sœur, j'ai l'impression de la connaître jusqu'au bout des ongles" -, Callas, Barbara, Brel, Ferreri, Audiard, de Funès et tant d'autres...). Pas semblant de ne pas avoir souffert de l'absence du cinéma dans sa vie lorsqu'on lui remet un césar en 1996. Voilà une femme qui ne s'économise pas, ne fait tout simplement pas semblant de vivre. Lorsqu'elle parle, elle vous regarde droit dans les yeux, intensément, vous prend le bras pour appuyer son propos, à moins que ce ne soit pour s'assurer que vous êtes bien là, avec elle, dans son monde, intégralement.

* Partir, revenir, les passions vives, Le Cherche Midi, 240 p., 17 euros.




Portrait par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/11/2003

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