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F. Boucheraux
D.R.


Béatrice Agenin
Rien que la vérité !
La comédienne met en scène son troisième spectacle et s'attaque, après le contemporain Lee Blessing et le classique Molière, à l'un des principaux auteurs du siècle des Lumières : Marivaux. Un diptyque constitué des "Sincères" et de "L'Épreuve" qu'elle interprète aux côtés de Maxime Leroux du 16 septembre au 1er novembre au Théâtre 14.
Les Sincères est un projet qui vous tient à cœur depuis longtemps...
C'est une pièce qui me passionne depuis très longtemps. Non seulement en tant que comédienne pour le rôle de la marquise, mais avant tout pour ce que Les Sincères représentent en profondeur. À savoir : peut-on dire la vérité ? Bien sûr que non ! Et pourquoi ne peut-on pas la dire, pourquoi cela est-il douloureux, et pourquoi ne trouve-t-on pas les mots pour la dire ? C'est une petite pièce, plus thématique que d'action. L'intrigue est simple : dès la première scène, les valets critiquent leurs maîtres et finissent par affirmer "détruisons-les". Ce qui signifie dérangeons-les, tâchons de les toucher, car ils sont insupportables. Et ils y parviendront. Et les maîtres, parce qu'ils ont tout, parce qu'ils s'ennuient dans leur monde où l'apparence prime, sont, eux aussi en quête de vérité. Mais ils ne savent comment y aller. Ce que la marquise remet en cause, c'est la politesse, les manières convenues, ces mots comme "charmant" ou "adorable" qu'elle entend à longueur de journée et qui commencent à l'ennuyer. Elle veut du nouveau, mais elle n'a pas les armes pour cela. Et dès qu'on lui dit quelque chose qu'elle n'attend pas, elle n'est pas prête et renonce.

On est loin de l'image toute faite du théâtre de Marivaux...
On parle souvent du marivaudage, de la liberté des corps. Je pense exactement le contraire. Ses personnages sont enfermés dans un monde où l'apparence est importante et les niveaux sociaux extrêmement hiérarchisés. Marivaux décrit un monde qui voudrait se déplacer, mais qui finalement découvre que c'est trop violent. En revanche, il existe chez lui une liberté mentale. L'histoire de travestissement que l'on retrouve souvent dans ses œuvres et qui est à l'origine de L'Épreuve n'est pas seulement une histoire de déguisement. Cela signifie déjà que "je est un autre". C'est-à-dire que ce qui change l'un de l'autre, c'est le costume. Dans cette pièce, Lucidor donne un habit de maître à son valet et le fait passer pour l'un de ses amis. On sait bien que c'est plus compliqué que cela. Marivaux s'en amuse, mais c'est aussi bien plus profond. Car si un valet peut devenir maître et inversement, cela remet en cause le social. C'est que les êtres humains sont plus importants que le costume qu'ils revêtent. Et si l'on monte encore ses pièces aujourd'hui, c'est pour leur vérité. Parce que son langage et ses textes dépassent largement le registre de la simple comédie.
Interview par Xavier Leherpeur
Paru le 15/09/2003

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