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D.R.


Philippe Calvario :
“ Créer les conditions de la vie sur scène ”
Il fait partie de la nouvelle génération de metteurs en scène du théâtre subventionné. À 30 ans, après avoir assisté Patrice Chéreau pour son célèbre "Phèdre" aux Ateliers Berthier Odéon, Philippe Calvario donne le "la" à Myriam Boyer dans "Médée Kali", la dernière pièce de Laurent Gaudé. Au théâtre du Rond-Point.
Avant d'être metteur en scène, vous étiez comédien. Avez-vous définitivement abandonné les planches ?
En fait, je me sens poussé assez naturellement vers la mise en scène. Des propositions me viennent des théâtres, des acteurs... Une chose est sûre, si je devais arrêter l'une de ces deux activités, ce serait la comédie. De toute façon, j'ai fait en sorte d'être occupé par des mises en scène pendant encore plusieurs années.

Après un Shakespeare et un Tchekhov, vous montez aujourd'hui une pièce contemporaine.
Oui, j'essaie au maximum d'alterner. Je crois qu'une écriture nourrit l'autre, et inversement. Après La Mouette, j'avais envie de revenir à un auteur vivant. C'est pour cela que j'ai demandé à Laurent Gaudé d'écrire une pièce pour Myriam Boyer. Ses textes sont très forts, très sensuels, me parlent de façon très personnelle. Médée Kali mélange différents mythes : Kali, la déesse indienne de la Mort, la Gorgone, et puis Médée qui est poursuivie par un mystérieux cavalier.

Finalement, qu'est-ce qui vous donne réellement envie de travailler sur une pièce ?
Je crois qu'il faut que le texte laisse une grande place aux corps. Je ne suis pas sensible aux pièces qui ne reposeraient que sur une musicalité des mots. J'ai besoin d'une action narrative forte, qu'il existe une sorte de souffle, des images, des mouvements, qu'il y ait des chocs, des conflits, de grands élans. Je suis un peu comme les enfants, j'ai envie qu'on me raconte une histoire pour pouvoir la retranscrire, à ma façon, sur une scène de théâtre.

À propos de vos mises en scène, les termes "baroques", "clair-obscur", "contrastes" reviennent souvent. Vous sentez-vous à l'aise avec ces qualificatifs ?
Oui, je crois qu'ils sont assez justes. En fait, j'ai un esprit qui picore, qui capte dans toutes les directions. C'est peut-être cette dynamique-là qui se ressent dans mes spectacles. Et il est vrai que j'aime créer des contrastes, des chauds-froids.

Par des images ?
C'est ça, en utilisant les lumières, mais aussi par des ruptures de jeu, des changements brusques de tonalités chez les comédiens. Tout ça pour éviter que le spectateur soit en sommeil. Non pas pour le choquer, le déranger, juste pour le tenir en éveil. Il se trouve que, moi-même, je ne suis pas un très bon spectateur, y compris de mes spectacles. C'est-à-dire que je m'ennuie assez vite. Et lors des répétitions, quand je m'ennuie, j'essaie de faire en sorte que les acteurs me réveillent !

Quel a été le principal enseignement de votre collaboration avec Patrice Chéreau ?
Le travail avec les comédiens : être presque sous leur nez, leur parler pendant qu'ils répètent, les titiller constamment, leur fournir sans arrêt du combustible. Il faut être un vrai partenaire, créer les conditions de la vie sur scène.

Vous réalisez également des mises en scène d'opéras. Quels sont vos projets en ce domaine ?
En 2004, je vais mettre en scène L'Amour des trois oranges de Prokofiev au Festival d'Aix-en-Provence, puis au Théâtre du Châtelet, en novembre de la même année, la création mondiale d'Angels in America de Peter Eötvös, d'après la pièce de Tony Kushner.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/09/2003

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