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D.R.


Le rendez-vous de Marie-Céline: Pascal Légitimus
Pascal Légitimus reprend le rôle de Francis Huster dans "Nuit d'ivresse", auprès de Michèle Bernier.
Éh oui ! Ce célèbre "Inconnu" fait ses vrais débuts... sur les planches. Portrait d'un artiste haut en couleur, généreux et talentueux.
"C'est un vieux roman,
c'est une vieille histoire"

Vous connaissez la chanson de Bruel ? "On s'était dit rendez-vous dans dix ans..." Éh bien, prendre rendez-vous avec Pascal Légitimus, c'est donner rendez-vous à un vieux pote de lycée. Bon. Clarifions les choses, pas de vain calcul, Pascal avait son bac en poche depuis un petit moment, j'ai dit petit. Il profitait encore de la salle de spectacles de Claude-Bernard, illustre lycée à côté du Parc des Princes. Quant à moi, j'usais mon vieux jean dans ladite salle de spectacles avec la tribu des cousins Légitimus et quelques autres camarades. Et si cela fait un bail, cela reste un excellent souvenir.
Je dois beaucoup à Pascal Légitimus. À le voir travailler, j'ai appris ce que signifiait talent, inventivité, créativité et gentillesse. Alors pour cela, Merci ! C'était un message personnel. Mais, vingt ans après, comme le dirait Dumas, il fallait l'exprimer. Durant deux ans, une bande de gamins dont j'étais le seul membre féminin (vive la parité !) a servi de cobayes à des fous furieux : Pascal Légitimus, Éric Civanyan (le metteur en scène, lui-même), Seymour Brussel. C'était passionnant d'assister à la naissance de quelque chose, d'un style, d'une mouvance. On a même été très fiers de retrouver les bons vieux sketches revus et corrigés lorsque le Petit Théâtre et même Les Inconnus ont démarré. Tout cela pour expliquer que Pascal Légitimus baigne dans l'artistique depuis longtemps. Bien sûr, il vient d'une famille de comédiens, Darling, la grand-mère (Rue Case-Nègre), Théo, le papa. Il a ça dans le sang, le spectacle.

"Il était temps que tu joues
dans une pièce !"
Pour une fois, le rendez-vous n'a pas lieu au théâtre, ni dans un café, mais chez lui. Et c'est beau, plein de couleurs, chaleureux, à son image. Des petits mots sont accrochés aux fenêtres, aux portes rappelant qu'il faut faire "Attention au chat". J'attaque bille en tête. "Il était temps que tu joues dans une pièce !" Il sourit. "Cela faisait deux-trois ans que j'avais envie de faire du théâtre." Il a même joué La Demande en mariage de Tchekhov dans une mise en scène de Raphaëlle Cambray lors d'un festival à Rouen. "C'était ma première véritable expérience." Irina Brook, Marion Bierry, Didier Long font partie de ceux qui aimeraient travailler avec lui. Des metteurs en scène loin de l'univers des Inconnus. Je lui apprends qu'un de mes rêves est justement de le voir dans un classique, dans le Scapin. "Torreton a été un excellent Scapin", souligne-t-il avec admiration. Il n'empêche, Légitimus peut être aussi un excellent Scapin. Nous évoquons Philippe Torreton, un vieil ami avec qui il aimerait travailler. Je leur trouve même une sacrée ressemblance, dans la voix, les intonations et dans la manière de voir les choses, le monde du spectacle. Cela fait rire Pascal.

C'est par une "Nuit d'ivresse"

Et comment est venue l'idée qu'il joue dans Nuit d'ivresse ? "D'un heureux hasard." Lors d'un dîner caritatif, il se retrouve à la même table que Josiane Balasko. "Salut, qu'est-ce que tu fais en ce moment ?" Pascal lui répond qu'il écrit une pièce parce qu'il a envie de monter sur scène, de faire autre chose. À bon entendeur, salut ! Un mois après, Balasko le rappelle et lui propose de reprendre le rôle d'Huster dans Nuit d'ivresse. Pascal va voir la pièce et accepte. Et ce, pour les mêmes raisons qui ont poussé Philippe Torreton à reprendre Le limier : "J'ai dit oui, parce qu'il y avait encore des choses à faire." Et puis, "c'était la pièce qu'il me fallait. C'est une histoire de famille". La famille c'est Balasko, le Splendid (la référence), et Michèle Bernier, vieille complice du Théâtre de Bouvard. Il souligne que dès le moment où il a pris la décision de le faire, tout le monde l'a soutenu en s'écriant : "Mais, c'est génial comme idée !" Comme j'ai vu la pièce l'automne dernier, je mets tout de suite l'accent sur le talent de Michèle Bernier. "Et dire qu'il a fallu tout ce temps pour comprendre que c'était une sacrée comédienne !" Pascal sourit, "nous, nous le savions depuis l'époque du Théâtre de Bouvard, cela se voyait. Tout comme pour Bourdon, Campan... c'est terrible les étiquettes". Éh oui, ça colle fort. Il s'est amusé à décoller la sienne avec le rôle du travesti dans le film, Le Pharmacien de garde de Jean Veber. "Ce qui me plaît aussi dans la pièce de Balasko, ce sont les faiblesses de mon personnage, ses blessures, ses dérapages." Pascal attend les premières répétitions avec une belle sérénité.

"En France, on a le culte
de l'apparence et non du talent"
Le théâtre, pour le jeune homme, c'était plus qu'un rêve, une nécessité presque. Il s'est présenté trois fois au Conservatoire. Trois échecs. Non pas parce qu'il avait été mauvais, non, sa prestation dans Les Fourberies de Scapin avait été remarquable. Vous comprenez pourquoi je rêve de le voir dans ce Molière. Mais, le couperet tombe : "Désolés, mais il n'y a pas d'emploi pour vous au théâtre." Même réponse au cours Florent, lorsqu'il tente d'entrer dans le sérail à l'époque de "la classe libre de Francis Huster". Je rappelle à Pascal que lorsque Kenneth Branagh, dans Beaucoup de bruit pour rien, fait jouer à Denzel Washington le prince de Naples, la couleur de la peau se fait vite oublier. "Éh oui, mais on est en France. Et en France, on a le culte de l'apparence et non du talent." Ne rêvons pas vingt ans après, les choses ont juste un peu évolué. Mais elles ont évolué. Avec Smaïn, il a essuyé les plâtres. "À l'époque, il n'y avait qu'une vedette noire, Henri Salvador, et pas de Beur." Toutefois, après l'examen du Conservatoire, Jacques Sereys le réconforta d'un "ne vous en faites pas. Vous, vous jouerez". Et même s'il n'a pu faire la classe libre de Francis Huster, ce dernier l'a toujours soutenu et encouragé. "C'est drôle, aujourd'hui, je reprends son rôle, c'est comme une boucle que l'on ferme." Tu as raison Pascal, la boucle se ferme, celle de la bêtise, de l'ignorance et des préjugés. Et comme il le souligne, "on est entouré non pas de gens compétents, mais de "con péteux"". Et lorsque Irina Brook fait appel à lui, "c'est parce qu'elle voit en moi un acteur, pas une couleur". Il est confiant pour l'avenir.

"La scène, c'est la noce"

Pascal Légitimus n'est pas uniquement un acteur et surtout un des membres des Inconnus. Il est aussi metteur en scène. La mise en scène, c'est important pour lui, car "la scène, c'est la noce". Il a mis en scène entre autres Pierre Palmade, Laurent Ruquier... En ce moment, il signe la mise en scène de Cyrano 2, une joyeuse galéjade autour de la pièce d'Edmond Rostand, écrite par Cédric Clodic et Michel Vignaud. II m'explique comment il a conçu son travail avec cette troupe de jeunes et talentueux comédiens : Izabelle Laporte, Thomas Neitzer, Vincent Azé, Benjamin Zeitoun, Sébastien Chartier, Cédric Clodic. Il a mis à leur service son expérience pour le texte, gommant quelques redondances ou facilités. Il a coagulé les énergies de cette troupe. "Leur grande force est qu'ils forment une véritable troupe. Ils m'ont fait songer à l'esprit des Branquignols, du Café de la Gare, du Splendid et des Robin des Bois." C'est dans cette énergie qu'il les a fait travailler. Le résultat est plus que concluant.

"Je sème pour récolter"

Pascal Légitimus porte aussi la casquette de producteur. "J'aurais aimé que l'on m'aide lorsque j'ai démarré." Il essaye d'être un producteur totalement investi. "Lorsque je m'occupe d'un artiste, je m'en occupe... Je ne fais pas que mettre de l'argent. Je coache." Il demande à chacun : "Qu'est-ce que tu veux devenir ? Pourquoi tu veux faire ça ?" Et en fonction des réponses, des doutes, il fait avancer le spectacle. "Je sème pour récolter. Et dans le "sème", on entend aussi s'aime." Il est fier de Clair, sa nouvelle recrue. Et il a de quoi. Pour avoir vu débuter cette jeune artiste, je sais qu'elle a un talent fou. C'est une comique, certes, mais elle peut aller beaucoup plus loin. Il me prévient : "Tu vas voir, on n'a jamais vu ça." Il la fait travailler dur. "C'est une B.D. ambulante !" Elle devrait être sur une scène en janvier.

Il est temps de nous quitter. On se dit à bientôt, au hasard des sorties théâtre. On s'amuse en songeant à tout ce chemin parcouru. "Finalement, on a réussi à faire ce que l'on voulait !", dit-il. Oui, vivre de notre passion.
Portrait par Marie-Céline Nivière
Paru le 15/09/2003

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