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Nathalie Mazeas
D.R.


Hypothèque
Le couple Maaike Jansen et Roland Giraud se retrouve sur la scène dans "Hypothèque". Pour illustrer ce spectacle, nous avons donné la parole à l'auteur Daniel Besse et à l'un des interprètes Stéphane Hillel.
Daniel Besse
lève l'hypothèque

En 2001, sa pièce " Les Directeurs " raflait le molière du meilleur auteur francophone et celui de la meilleure création. Sa nouvelle pièce, " Hypothèque ", se joue au théâtre de l'Œuvre.

Comment définissez-vous votre théâtre ?
J'aime la satire sociale, c'est pourquoi je construis des histoires avec des personnages intégrés reconnaissables. J'aime aussi piéger mes personnages dans des situations délicates pour les faire parler, les obliger à se débattre. Et je fais en sorte qu'ils se débattent. Au travers de cette dynamique, j'essaie d'épingler certaines contradictions contemporaines, mais toujours à partir de ce que j'observe chez moi ou chez les autres.

Comment bâtissez-vous une pièce ?
Je pars d'un noyau dur qui est souvent une injustice, avérée ou seulement ressentie. Cela génère des situations qui peuvent être tragiques, mais aussi très comiques. Ces situations où l'on se dit " pourvu que cela ne m'arrive jamais à moi ". Au fond, je rêve d'un monde harmonieux en sachant qu'il n'existe pas !

Comment le projet de " Hypothèque " s'est-il mis en route ?
Il y a un triangle d'or - metteur en scène, comédien, théâtre. On rassemble souvent deux éléments sur les trois, mais rarement les trois ! On avait donc déjà fait une lecture de cette pièce et le projet n'avait pas abouti. Cela s'est représenté autrement. Je suis heureux de l'association de Roland Giraud, Stéphane Hillel et Maaike Jansen au théâtre de l'Œuvre. Patrice Kerbrat, le metteur en scène, aime les écritures à plusieurs niveaux, avec beaucoup de non-dits. Il me semblait qu'à ce titre, Hypothèque pouvait l'intéresser. Il a eu tout de suite très envie de la monter.

Êtes-vous présent aux répétitions ?
Pour Les Directeurs, le metteur en scène, Étienne Bierry, souhaitait que je sois présent comme auteur et comme acteur. J'avais donc accompagné ce travail, nous étions très en harmonie. Il y a aussi des metteurs en scène qui souhaitent fonctionner seuls, ce qui est le cas de Patrice Kerbrat.

Qualifieriez-vous cette pièce de Boulevard ?
J'espère avoir écrit une pièce drôle. Même si je sais que le politiquement correct du théâtre est le non-boulevard, je trouve qu'il y a une formidable énergie dans le théâtre de Boulevard, qu'il n'y a pas toujours ailleurs. Malheureusement, on est obligé de dire aujourd'hui "le Boulevard supérieur", comme s'il y avait un Boulevard inférieur... Je n'aime pas les catégories ni les étiquettes au théâtre. En fait, il y a du bon et du mauvais théâtre. Mais s'il fallait qu'on me catalogue Boulevard, je voudrais surtout que ma pièce ne déshonore pas le théâtre de Boulevard.

Stéphane Hillel,
l'homme-orchestre

Acteur, metteur en scène et, depuis neuf mois, directeur du Théâtre de Paris, Stéphane Hillel pourtant consumé de travail piaffait d'impatience de commencer les répétitions de la nouvelle pièce de Daniel Besse. Un grand rendez-vous de la rentrée.
Vous enchaînez projet sur projet !
Oui, j'avais même failli assurer la mise en scène de cette pièce, il y a longtemps déjà. Un jour, Patrice Kerbrat est venu nous voir Roland Giraud et moi dans Impair et père, il avait ce projet pour nous. Je me retrouve donc à jouer une pièce que j'avais eue dans les mains pour une autre raison ! Il sera inattendu de voir Roland dans une salle plus petite interpréter ce registre de comédie de mœurs, moins vaudeville. C'est drôle de monter ensemble quelque chose de totalement différent, on va se voir jouer autrement.

Comment le nouveau directeur de théâtre que vous êtes perçoit-il les créations de pièces d'auteurs contemporains ?
Il y a beaucoup de pièces. Le problème c'est de trouver celles qui intéresseront les gens. Je reprocherais au théâtre de n'être pas suffisamment en prise avec le public. Depuis que Poiret est mort, nous n'avons pas en France d'auteurs qui écrivent pour des grandes salles. Il y a un théâtre intimiste dans les petites salles et les auteurs étrangers sont joués dans les salles plus importantes, parce qu'à l'étranger il y a encore des auteurs qui écrivent pour des grandes salles avec de grandes distributions. Je ne pense pas que l'on pourrait créer Hypothèque dans une grande salle, c'est très intimiste, c'est du théâtre où l'on regarde en nous-mêmes dans le trou de la serrure . Cela dit, les théâtres privés ont fait depuis les dix dernières années un progrès énorme dans leur programmation et dans la recherche des auteurs, on y voit des choses assez ambitieuses.

En recevant votre molière pour la mise en scène d'"Un petit jeu sans conséquences", vous avez parlé des autres scénographes en disant : "On ne boxe pas dans la même catégorie." Pourquoi ?
Il y a des metteurs en scène comme Chéreau, Brook, qui écrivent une œuvre au travers de la mise en scène. Ils sont avant tout metteurs en scène, il y a une évolution dans leurs choix, leurs exigences, ils ont un parcours. Moi je n'ai pas cette ambition-là, je suis un raconteur d'histoires, mon vrai métier préalable c'est de jouer la comédie. Je prends une histoire comme si je la racontais à un enfant le soir dans son lit avec de l'humour, du mystère. Je partage mon temps depuis dix ans entre comédie et mise en scène, mais pour moi aller jouer c'est une manière de prendre des vacances. Répéter c'est toujours recommencer à zéro : on ânonne, on ne sait pas son texte, ça remet en cause, ça bouleverse, c'est douloureux. Avec Patrice Kerbrat, j'y vais avec une confiance totale.
Interview par François Varlin
Paru le 15/09/2003

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