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© JC. Hermaize


La Ronde
Jean-Paul Tribout & Marie-Christine Letort
Après "Vient de paraître" et "Le Mariage de Figaro", Jean-Paul Tribout propose son adaptation de "La Ronde" de l'Autrichien Arthur Schnitzler, au Théâtre 14 : une prostituée enrôle un militaire qui courtise ensuite une soubrette ayant comme amant le fils de ses patrons, etc. Copains, copines, tout le monde tambourine !
Jean-Paul Tribout, metteur en scène

« Je n'ai écrit qu'une suite de scènes parfaitement impubliables (...) mais elles risquent d'éclairer d'un jour particulier certains aspects de notre civilisation », écrit Schnitzler à propos de "La Ronde". Quels aspects selon vous ?
Je crois qu'elle souligne ce qu'il y a d'universel dans le phénomène du désir : cette quête joyeuse du plaisir qui anime les hommes et les femmes à travers les lieux et les époques. Elle décrit cette attirance des corps, modulée par les règles du jeu social, selon que l'on est aristocrate, bourgeois ou prolétaire, homme ou femme, libre ou pas.

Comment avez-vous choisi de les mettre en scène ?
La tentation de transposer, d'actualiser était grande, ces histoires de séduction, de rapports hommes/femmes étant éternelles. Mais j'ai conservé le contexte de cette période qui fit de Vienne ce lieu d'exception où se croisèrent Zweig, Klimt, Schiele, Freud, Strauss, Mahler... C'est la fin de l'Empire austro-hongrois, la Première Guerre mondiale se profile à l'horizon, on danse sur un volcan : aussi, je souhaite parcourir avec gaieté cette galerie de personnages en quête de volupté !

Le cinéma des années 1940, 50, 60 véhiculait majoritairement une image de l'amour dans sa dimension structurante. Il est aujourd'hui réduit à sa seule dimension sexuelle et la société semble perdue dans ce triste bordel. Assistons-nous aux conséquences de l'idéologie libérale-libertaire ressassée par les médias, couplée à la propagande transhumaniste véhiculée par les géants de l'Internet ?
À toutes les époques, les normes sociales ont tenté de réguler les pulsions sexuelles. Dans l'immédiat après-guerre, la société conservatrice triomphait : « amour toujours » était la norme. Puis « la révolution sexuelle » des années 1970 a renoué avec une ancienne tradition libertaire, avec le mouvement hippie notamment. L'irruption d'un féminisme égalitaire, l'accès à la contraception, l'acceptation sans jugement moral de toutes formes de sexualités ont donné lieu à des expériences de vie différentes. Ce que l'on peut regretter aujourd'hui, c'est la marchandisation de l'amour, les dérives féministes et surtout la montée de nouveaux obscurantismes conduits par des groupes de pression religieux, ethniques, politiques et genrés qui tentent d'imposer leurs visions du monde dans une concurrence d'indignations, de sophismes et d'anachronismes mémoriels.


Marie-Christine Letort, une Emma Bovary autrichienne

Pour quelles raisons avez-vous trouvé le nouveau projet de Jean-Paul intéressant ?
C'est le cinquième spectacle que nous faisons ensemble. J'ai toujours beaucoup aimé cette pièce, découverte avec le film de Max Ophuls. Jean-Paul a une conception joyeuse du théâtre qu'il sait communiquer à ses comédiens. L'éclairage qu'il porte sur cette Ronde est orienté sur la joie qu'apporte cette circulation du désir.

Quel rôle vous a-t-il confié ?
Je joue le rôle de la femme mariée : Emma, l'épouse de Charles. (On pense à Flaubert et Madame Bovary !) Emma est celle qui dit « Non ! Non ! Non ! », avant de tomber avec délice dans les bras de son jeune amant !

Comment vivez-vous ce changement de société où nous sommes passés de l'amour sacré à la consommation ?
C'est un vaste sujet ! L'institution du mariage a volé en éclats, le désir n'est plus marqué par le sceau du péché et les femmes ont gagné des droits indéniables. Mais les tyrannies se réorganisent très vite et autrement : aujourd'hui, il faut jouir à tout prix, modes d'emploi à l'appui ! Le corps est devenu une machine à baiser, sans sentiments. En fait, je trouve que l'on parle trop de sexe et d'amour. Il y a une banalisation du désir, un gavage même, alors qu'il doit conserver sa part de mystère !
Dossier par Alain Bugnard
Paru le 18/11/2018

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RONDE (LA)
THEATRE 14 JEAN-MARIE SERREAU
Jusqu'au lundi 31 décembre

TEXTES. Dix personnages, dix tableaux. À chaque tableau un couple se livre à un jeu de séduction qui se conclu par un rapport charnel, puis se sépare. Qu’est ce que cette attirance des corps qui les entraine tous ? Cette attirance qui, modulée par les règles du jeu social, selon qu’on est aristocrate ou ...


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