Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Bruno Perroud


Anne-Marie Lazarini
“Probablement les Bahamas”, à l’Artistic Théâtre
Après Michel Vinaver, Jean Echenoz, Alain Pierremont..., la metteure en scène Anne-Marie Lazarini poursuit son exploration des écritures contemporaines avec "Probablement les Bahamas" de l'auteur anglais Martin Crimp. Un théâtre de la voix et de la parole qui porte un regard plein d'ironie sur le monde.
Qui sont Milly et Franck, les deux personnages centraux de "Probablement les Bahamas" ?
Ce sont deux personnes d'une soixantaine d'années qui vivent dans un petit cottage du sud de l'Angleterre. Face à eux, il y a un personnage un peu mystérieux, qui a la particularité de ne pas prendre la parole. Milly et Franck lui racontent leur vie, peignent le tableau idyllique d'une existence de rêve. Puis, peu à peu, les choses s'effritent.

C'est-à-dire ?
Tout se passe comme si une mer de glace, très lisse, douce, tranquille, sans le moindre danger, se mettait tout à coup à se fissurer. On entend des craquements. Les paroles de Milly et de Franck deviennent soudainement moins agréables, plus amères, moins sereines...

Sans qu'aucun événement extérieur ne vienne expliquer ce changement ?
Non. Rien de spécial ne se passe. Les choses dérivent d'elles-mêmes. C'est la magie de ce théâtre. Dans l'écriture de Martin Crimp, rien n'est jamais forcé, explicatif ou démonstratif.

Tout naît en fait de la parole...
C'est ça. Le théâtre de Crimp est un théâtre de la parole. C'est le langage qui agit, qui fait exister les personnages. Tout part de l'écriture. "Probablement les Bahamas" n'est pas ce que l'on pourrait appeler une pièce bien faite, bien construite, avec une exposition, un développement et une résolution... Des choses se disent, le temps passe, et des personnes pas très sympathiques finissent par montrer leur visage. Des personnes assez déplaisantes, mais qui se révèlent drôles.

A quoi tient cette drôlerie ?
Au regard ironique que Crimp porte sur le monde. Ce regard met à nu les choses et les gens avec un humour très anglais, un humour qui révèle beaucoup de grincements et, aussi, une forme de noirceur.

Comment vous êtes-vous appropriés, avec vos comédiennes et comédiens, ce théâtre de la voix?
En étant très modestes, comme il s'agit souvent de l'être au théâtre. Je crois qu'il faut écouter de très près l'écriture de Crimp. Nous n'avons jamais essayé de psychologiser quoi que ce soit, avons été très attentifs à ne pas poser des intentions sur le texte, mais plutôt à l'envisager de façon nette, droite. Ce qui revient finalement, pour les acteurs, à accepter d'être simplement là, sur le plateau, en essayant de porter le texte sans l'orienter à travers un jeu ou une interprétation appuyés. Il faut réussir, et c'est extrêmement difficile, à laisser les paroles agir toutes seules, à les laisser s'élever pour faire vivre la vérité de l'écriture.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 27/11/2017

-
Haut