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© Bruno Perroud


Aida Asgharzadeh
La Main de Leïla
L'auteur, comédienne et metteur en scène Aida Asgharzadeh est à l'affiche de deux de ses créations cette rentrée : "La Main de Leïla", au théâtre des Béliers, et "Les Vibrants", au Studio des Champs-Élysées.
Vous placez souvent vos personnages dans des décors qui évoquent des peuples soumis au chaos. Pour quelles raisons le choix de tels cadres ?
Je suis, de manière générale, quelqu'un de très jovial et enthousiaste. Mais de temps en temps, je ressens comme un néant intérieur. Plus de joie, plus d'émotions. Tout me paraît futile et inutile. C'est comme si j'étais « hors de moi ». Et c'est là que j'ai besoin d'écrire pour quitter cette sensation de flou et aller vers quelque chose d'ordonné, de structuré. Comme si seul du chaos pouvait naître quelque chose de vraiment réel. À l'image de l'absurdité de la vie.

Qu'avez-vous souhaité conter aux spectateurs avec Kamel Isker dans "La Main de Leïla" ?
Kamel et moi nous sommes rencontrés en 2009. Ce qui ressort avant tout de notre amitié, c'est le rire. Une aisance totale. Cette alchimie vient de nos origines (l'Algérie pour Kamel, l'Iran pour moi) : des pays solaires, généreux, poétiques, meurtris, réprimés, pillés qui ont la même devise : « Rire toujours ». C'est cela qu'on a voulu raconter dans "La Main de Leïla", à travers une histoire d'amour.

Pourriez-vous nous présenter Samir et Leïla ?
Samir est un orphelin qui habite seul avec sa grand-mère. Il serait devenu un de ces nombreux hitistes (dont l'activité journalière est de tenir le mur) s'il n'avait pas rencontré le cinéma et n'avait pas le talent de retraduire divinement bien les plus grands baisers d'Hollywood. C'est un rêveur, un idéaliste, un poète. Leïla est la fille du puissant colonel Bensaada. Elle obéit à une éducation stricte, fait des études et a appris à tenir tête à ses trois frères. Malicieuse et terre-à-terre, sa curiosité va la pousser à découvrir le Haram Cinéma de Samir.

Dans quel cadre Régis Vallée a-t-il choisi de vous placer ?
Les deux amants se retrouvent la nuit, sur la terrasse de Leïla, quand tout le village s'est endormi. La terrasse est un lieu important du paysage algérien: elle surplombe le foyer, on y fait à manger, étend le linge, joue au foot, mais étrangement à l'écart, elle permet le secret. À partir de là, Régis a tout mis en œuvre (décor, lumières, musique, costumes) pour donner cette impression de joyeux bordel propre à l'Algérie. À partir de quatre cordes à linges et trois poignées de bus, le spectateur croit voir des milliers d'accessoires et rencontrer plein de personnages. Pourtant, nous ne sommes que trois comédiens !

Que souhaitiez-vous dire sur les Gueules cassées que l'on retrouve dans "Les Vibrants" ?
Je me pose beaucoup de questions sur la raison d'être du théâtre. Il faut qu'il soit utile. Alors il doit sauver quelqu'un qui a besoin d'une renaissance et d'une reconstruction identitaire. Donc qui est détruit. Intérieurement, cela aurait suffit. Mais quand cette destruction est aussi physique, son écho devient universel.
Interview par Alain Bugnard
Paru le 21/09/2017

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