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© Giovanni Cittadini Cesi


A vif
de Kery James, au Théâtre du Rond-Point
Ce fut l'un des succès de la saison dernière. Kery James reprend "A vif" au Théâtre du Rond-Point. Une pièce en forme de joute oratoire que le rappeur a écrite. Et qu'il interprète au côté de Yannik Landrein.
Vous êtes rappeur, auteur, comédien... Quel est votre rapport à la langue, aux mots ?
La réponse qui convient le mieux à cette question se trouve dans l'un de mes textes: « Si je ne pouvais écrire je serai muet, condamné à la violence dans la dictature du secret ». Je suis quelqu'un qui parle peu. L'écriture est pour moi un moyen d'exprimer ce que je n'exprime pas dans la vie courante. J'estime que les mots sont des armes qui peuvent se retourner contre nous quand on n'en a pas la maîtrise. Toute mon évolution sociale, je l'ai faite à travers la maîtrise des mots.

Et votre rapport à la scène ?
J'ai toujours attaché une attention particulière à la scène, travaillant mes shows comme de véritables spectacles, avec des introductions, des points culminants et des conclusions. Les véritables artistes se distinguent sur scène où, contrairement au studio, il n'y a plus de possibilité de tricher. Mais le théâtre est beaucoup plus dangereux que la scène musicale. Au théâtre, on est complètement à nu, sans parachute, sans artifice : tout s'entend, tout se voit.

Comment est née l'idée d'écrire cette pièce ?
"A vif", c'est l'aboutissement de vingt ans de carrière au cours desquels j'ai défendu les idées qui prennent corps dans cette pièce de théâtre : la dénonciation du dysfonctionnement de l'Etat et, en même temps, le refus de la victimisation et la défense de l'autodétermination. "A vif" est un condensé de trois de mes morceaux les plus importants : "Banlieusards", "Constat amer" et "Lettre à la République."

Qu'est-ce qui se joue dans le face-à-face qui met en relation les deux protagonistes du spectacle ?
Pour les personnages eux-mêmes, il y a un enjeu important. Ils veulent tous les deux remporter la finale d'un concours d'éloquence. Mais ce qui se joue pour moi en tant qu'auteur, c'est d'arriver à faire en sorte que les spectateurs se posent certaines questions et qu'ils remettent ainsi en cause les réponses toutes faites qu'on leur donne à entendre habituellement.

A travers ces deux personnages, quelles sont les deux France qui se font face dans "A vif" ?
La France des banlieues et la France que certains médias, ainsi que la classe politique, essaient de lui opposer.

Qu'est-ce qui peut, selon vous, permettre de les faire se rencontrer ?
La culture, le théâtre, le dialogue... C'est ce que nous accomplissons tous les soirs en faisant venir au théâtre, pour la première fois de leur vie, des gens de toutes origines et de toutes classes sociales.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 23/09/2017

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