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D.R.


Sophie Desmarets
Sophie Desmarets : “J’ai eu une vie de rêve !”
Dans "Les Mémoires de Sophie"*, la célèbre interprète de "Fleur de cactus" revient sur son existence. Joies, peines, succès, rencontres..., Sophie Desmarets porte un regard sans concession sur les événements qui ont marqué sa vie. Elle répond à nos questions avec la même franchise.
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire une autobiographie ?
Le désespoir... En 1998, j'ai perdu mon mari, Jean de Baroncelli. Mon ami Pierre Barillet (ndlr : coauteur de Fleur de cactus) m'a alors dit : "Ce qui vous ferait du bien, c'est d'écrire vos souvenirs sur Jeannot." J'ai répondu "Non, sûrement pas, ça va au contraire remuer le couteau dans la plaie". Et puis il a beaucoup insisté, jusqu'à ce que je réalise que ça me ferait du bien. C'est comme ça que l'idée est venue.

Pourtant, vous n'aimez pas trop parler de vous...
C'est vrai, j'ai horreur de ça ! J'ai du mal à comprendre que ma vie puisse intéresser quelqu'un. Je suis toujours épatée par la gentillesse des gens à mon égard, quand ils me disent que je les ai fait rire, que je leur ai fait oublier leurs chagrins, le temps d'un spectacle... Quand je jouais, je n'avais pas conscience de ça. J'ai toujours eu l'impression de faire un métier d'andouille ! Mais si j'ai pu faire du bien aux gens qui sont venus me voir, je me dis que tout ça n'était finalement pas si bête.

Un métier d'andouille... ?
Je trouve que jouer la comédie est un métier comme un autre. Pas plus important qu'un autre, et même peut-être moins. Il faut quand même avouer qu'il y a des gens bien plus sérieux et plus essentiels que les comédiens : les médecins, par exemple, ou les chirurgiens, les architectes... Ce sont tout de même des métiers plus importants que d'aller faire le pitre tous les soirs à la même heure !

C'est vraiment la vision que vous avez de la comédie?
Vous savez, je ne suis jamais entrée sur scène en me disant : "Oh, mon art !. Les comédiens qui se donnent des airs d'importance me font rigoler ! Encore, quand on est au Français, qu'on passe de Marivaux à Molière et de Molière à Beaumarchais, je peux comprendre. Mais le reste du temps... Je trouve ridicules tous ces gens qui se prennent trop au sérieux.

Vous regrettez d'avoir fait du théâtre de boulevard ?
Ah, non ! Ça, c'est la seule chose dont je sois à peu près sûre. Parce que, comme je vous l'ai dit, quand j'entends la façon dont les gens me parlent, je sais, au moins, que je ne les ai pas barbés ! Je les ai divertis. Mais je regrette tout de même de ne pas avoir accepté d'entrer à la Comédie-Française quand on me l'a proposé, en 1950. Je ne pouvais pas, j'avais déjà signé des engagements. Ça m'aurait plu de pouvoir changer de répertoire.

Quelles sont les pièces qui ont le plus compté pour vous ?
Je parlerais d'abord du Soldat et la Sorcière d'Armand Salacrou. Je venais d'avoir un premier prix de comédie au Conservatoire lorsque Charles Dullin m'a proposé ce rôle, en 1945. J'ai joué sous sa direction aux côtés de Pierre Renoir, au Théâtre Sarah-Bernhardt (ndlr : actuel Théâtre de la Ville). C'est une expérience qui m'a beaucoup marquée. Autrement, j'ai également adoré jouer Fleur de cactus avec Jean Poiret, une pièce de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy. Au fil de ma carrière, une belle relation s'est installée avec ces deux auteurs. D'ailleurs, mon mari disait à leur propos : "Ces deux-là te connaissent bien, ils t'ont écrit Peau de vache et Fleur de cactus !"

Finalement, quel regard portez-vous sur votre existence ?
J'ai eu une vie de rêve ! D'abord, j'ai été mariée cinquante ans avec Jean, et l'on s'entendait merveilleusement, puis j'ai eu de magnifiques enfants... Je n'ai jamais souffert de problèmes d'argent... J'ai toujours été gâtée par le succès. Que demander de plus ? J'ai vraiment conscience d'avoir été extrêmement privilégiée.

Et pourtant, vous avez souvent avoué ne pas être, dans la vie, la femme pimpante et enjouée que vous étiez sur scène...
Oui, c'est vrai. C'est sans doute parce que je suis maladivement lucide. Je vois les choses comme elles sont. Le ridicule des gens, par exemple. C'est pour ça que je ne côtoie presque personne et que je sors très peu. D'ailleurs, ce n'est pas d'aujourd'hui, je n'ai jamais été une mondaine. Me trouver un verre à la main à côté de quelqu'un à qui je ne sais pas quoi dire, non merci ! J'aime mieux boire chez moi, tranquille, avec mon chat !

Vous achevez votre autobiographie sur la soirée organisée pour vos 80 ans,
en 2002. Contrairement à d'autres comédiennes, l'âge ne semble pas être, pour vous, un tabou...
Pourquoi le serait-il ? J'ai eu 80 ans, c'est la vérité ! Si je disais que j'ai 25 ans, ce serait ridicule ! Je ne crois pas que l'on puisse tricher. C'est comme le maquillage, moi je ne me maquille pas. Ce n'est pas en me mettant du maquillage que j'aurais l'air plus jeune. D'ailleurs, avant aussi j'avais du mal à le faire, même sur scène... Et ça désespérait Jean Poiret!
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 15/03/2003

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