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© Karine Burcke


Le Théâtre de La Reine Blanche
Des sciences à l’art dramatique
Dans son laboratoire, elle travaille sur les propriétés mécaniques de matériaux se situant à la limite de l'état liquide. Au Théâtre de la Reine Blanche, qu'elle dirige depuis avril 2014, Elisabeth Bouchaud fait se rejoindre sa passion pour la science et sa passion pour le théâtre. Interview d'une centralienne pas comme les autres.
Comment, lorsqu'on est physicienne, en vient-on à diriger un théâtre ?
Cela n'a pas été une volte-face brutale. Cela fait des années que je joue et que j'écris. En réalité, j'ai toujours eu envie de faire du théâtre, mais étant issue d'une famille modeste, c'était une question qui ne se posait pas. Lorsque je suis arrivée en troisième année de l'Ecole Centrale de Paris, ayant en quelque sorte accompli mon devoir, je me suis inscrite au conservatoire de Sceaux. Et le virus ne m'a jamais quittée.

Sans pour cela mettre un terme à votre parcours de physicienne...
En effet. Je travaille d'ailleurs toujours à L'Institut Pierre-Gilles de Gennes pour la microfluidique. Mais le jour où il m'a été possible, financièrement, de reprendre le bail d'un théâtre, je l'ai fait. Je ne voulais pas avoir de regrets. Le théâtre est quelque chose qui, depuis toujours, me fait vibrer profondément.

Qu'est-ce qui relie, chez vous, cette passion pour le théâtre et cette passion pour la physique ?
Longtemps, ce que je jouais et écrivais n'avait pas vraiment de lien avec la science. C'est lorsque je suis devenue directrice du Théâtre de La Reine Blanche que j'ai voulu que ces deux passions se rejoignent. L'acteur peut être le passeur de beaucoup de choses, y compris de la culture scientifique qui est, globalement, assez peu divulguée auprès du grand public.

Vous programmez des spectacles dont les thématiques touchent de près ou de loin aux sciences, mais aussi des conférences...
C'est ça. Il y a les spectacles proprement dits, au sein desquels la science n'est souvent qu'un élément de contexte. Il y a aussi des conférences théâtralisées, que l'on appelle les "Scènes de science", pour lesquelles le discours scientifique est central. Il y a également les "LabOrigins" qui sont des performances jouant sur l'affectif, sur la sensibilité des spectateurs. Durant ces performances, il peut y avoir des scientifiques qui parlent de ce qu'ils font, en développant une parole accessible à tous. Ou alors des artistes, qui s'emparent du discours scientifique en le rendant évocateur, en le convertissant en source d'inspiration.

Selon vous, qu'est-ce que ces rendez-vous peuvent changer dans le rapport qu'entretient le grand public avec les sciences ?
Lorsqu'ils sortent de La Reine Blanche, les spectateurs ont l'impression que, enfin, on leur a permis d'accéder à un monde duquel ils se sont longtemps sentis rejetés. Car on laisse souvent entendre aux gens qu'ils ne sont pas assez intelligents pour comprendre le monde des sciences. C'est contre cela que je veux lutter. Bien sûr, on ne devient pas un scientifique en assistant à une conférence ou un spectacle. Mais je crois vraiment que la culture scientifique peut se partager. La culture — quelle qu'elle soit — fait partie du plaisir d'être au monde et permet de le décrypter. Même si on n'acquiert qu'un peu de la culture scientifique, il me semble important d'avoir accès à ce savoir-là.
Interview par Manuel Piolat Soleymat
Paru le 22/01/2017

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